mardi 28 septembre 2010

Quelques peintures réalisées cet été par moi-même (Catherine Lambre) Titre de l'exposition: entre Grèce et Normandie



























































































































ARCHEOLOGIE
Depuis quelques jours je suis en train de lire un roman sur la culture anasazi de l'Amérique du Sud. Je le trouve très intéressant: c'est "Tonnerre sur la Cité perdue" de D. Preaston et de L. Child. Dans les Remerciements de l'auteur, Lincoln Child rend hommage à l'inspiratrice qu'a été pour lui sa grand-mère Nora Kubie. Artiste, romancière, archéologue, esprit indépendant, biographe de l'inventeur de Ninive, Austen Henry Layard lui a communiqué dès son plus jeune âge les passions jumelles de l'écriture et de l'archéologie. L'archéologie de ce récit est parfois spéculative, écrivent les auteurs. Elle repose toutefois sur des faits. L'histoire des Anasazis, le mystère de l'effondrement du Chaco et l'abandon du plateau du Colorado, les preuves longtemps cherchées d'un lien méso-américain, l'utilisation de radars pour la localisation de routes préhistoriques comme les pratiques de cannibalisme et de sorcellerie décrites ici se fondent sur des résultats de recherches. En, outre, Douglas Preaston a vécu chez les Indiens du Sud-Ouest, comme il le raconte dans son essai Talking to the Ground. Je me suis intéressée plus particulièrement à ce récit romancé car il y est question de rites cultuels Aztèques et Anasazis où entrait la symbolique de la spirale gravée sur des pierres ou sur des disques. C'était par rapport à l'adoration des dieux de la Pluie et du Soleil, pour faire venir la pluie et l'abondance considérant que la spirale symbolise un cycle, le cycle des saisons, de la pluie et du soleil, de la fertilisation de la terre, des céréales et donc de l'abondance. Le centre de la spirale était souvent occupé par une figuration stylisée du soleil: la même qu'au centre de la spirale du disque de Phaistos qui comporte plusieurs symboles similaires aux symboles trouvés dans les spirales des Kivas Anasazis ou Aztèques. Les Kivas étaient toujours jumelées: il y avait la Kiva de la Pluie et la Kiva du Soleil. Une kiva était une structure circulaire enfouie. Pour les Hopis y entrer c'était changer de temps. Il s'agissait de salles circulaires qui servaient aussi de réserves de céréales. Ouvrir le sipaapu, un petit trou bouché par une pièce de bois que l'on ouvrait durant les rituels, c'était communiquer avec ceux du dessous, ceux qui sont morts ou qui ne sont pas encore nés. Lorsque quelqu'un dans le village tombait malade, les Anasazis pratiquaient une cérémonie rituelle pour obtenir sa guérison. Ils priaient aussi pour qu'il pleuve ou pour que la chasse et les récoltes soient bonnes.
On trouvait souvent sur les sites archéologiques de l'Amérique du Sud des pictogrammes dont des spirales qui pouvaient être inversées. Dans l'iconographie anasazi, tout ce qui est dans le sens inverse des aiguilles d'une montre est généralement associé à des forces surnaturelles négatives. On considérait le sens des aiguilles d'une montre ou "du soleil" comme le sens du déplacement du soleil dans le ciel. Le sens contraire était donc regardé comme une perversion de la nature, une inversion de l'équilibre naturel.
Il semble que le motif du pied indique la marche, et les points la distance. Chaque point représente un trajet à pied d'environ seize minutes, soit un Km 200. Un animal symbolisait l'animal même. Il ne s'agissait pas d'une écriture au sens auquel nous sommes habitués. Ces signes n'étaient ni phonétiques, ni syllabiques, ni idéographiques. Il devait s'agir, plutôt, d'une utilisation entièrement différente des symboles. Mais cela ne veut pas dire qu'il s'agisse d'écriture. Le soleil est le symbole de la divinité suprême, la lune, le symbole de l'avenir, et l'étoile, un symbole de vérité. L'ensemble indiquait probablement la proximité d'un oracle, une sorte de Delphes.
Le disque de Phaistos doit avoir une symbolique et une fonction similaires, il y a beaucoup d'éléments similaires. En outre, la date présumée de sa fabrication, 1700 av. J. Christ correspond à la tranche historique, l'Age de bronze, durant lequel on commence à faire entrer la symbolique abstraite des spirales et d'autres formes géométriques dans la décoration à des fins symboliques et religieux. Ce qui est gravé tout au long de la spirale du Disque de Phaistos peut symboliser tout simplement une procession dans une spirale symbolique du Prêtre tenant un bâton ressemblant étrangement au moindre détail près aux bâtons de prière des Anasazis. Par ailleurs, les têtes coiffées de plumes ressemblent aux plumes qui ornent la tête des prêtres Anasazis durant ces rituels.
Ce qui peut sembler intéressant lors de l'observation de cette similitude de rituels durant la même tranche historique, l'Âge de Bronze, c'est que celle-ci fut l'époque de l'exploitation des mines de bronze, bien évidemment, et qu'ayant pris la suite du développement de l'agriculture, de la sédentarisation des peuplades et de leur organisation en sociétés, se différencia des autres époques antérieures à celle-ci par le début de prise de conscience de la hiérarchie sociale et de la différence des castes constituant les différentes strates sociales. Si ces rituels sont fondés sur l'adoration de l'agriculture, ils sont marqués par la violence des sacrifices humains et la pratique de la sorcellerie. L'homme ayant abandonné la chasse comme seul moyen de survie et ayant connu la vie sociale et la propriété terrienne y prit plaisir et utilisa les armes qu'il fabriquait avec les métaux non plus contre des animaux mais contre d'autres êtres humains. La période des guerres commença en même temps que la quête du pouvoir sur l'autre par tout moyen possible pour l'acquisition de la richesse et des territoires. Cette période atteignit son sommum durant l'Age de Fer pour ne plus jamais s'arrêter.
Ces observations viennent en quelque sorte en complément d'une discussion sur Lincedln avec Rita Chin qui a eu l'amabilité de me présenter un article de Bertrand Russell portant sur la compétition, la rivalité, la soif du pouvoir, le "m'as-tu-vu" et la bêtise de la majorité des gens. J'ai été d'accord mais pour la totalité, non la majorité des gens et j'ai objecté que la compétition étant innée chez l'homme, en référence au très connu "Papa, Maman, regardez-moi" de l'enfant, au lieu d'être source de guerres et de violence, bien canalisée peut devenir source de progrès et motivation de dépassement pacifique et pacifiste de soi. Donc source de progrès social pacifique. Les Anciens ont bien pris note de cette motivation et créèrent les Jeux Olympiques lesquels, curieusement, de champ de lutte et de rivalité pacifiques deviennent le Symbole actuel de la Paix dans le Monde. A condition que cette compétition pacifiste soit réglée et régentée par une tierce instance impartiale et juste qui arbitre selon des règles communément reconnues, admises et établies à l'avance par les deux parties adverses et par l'arbitre. Très bien. Jusqu'à ce point nous sommes tombées d'accord.
Vous avez peut-être observé la coïncidence historique entre la hiérarchisation dans la société, en d'autres termes la création de castes sociales les unes considérées comme hiérarchiquement supérieures par rapport aux autres dès la naissance des sociétés humaines, au sens moderne du terme. Cette hiérarchisation coïncide chronologiquement avec la création des Mythes lesquels constituèrent un substrat idéologique de justification de cette hiérarchie et donc l'absence de partage égal du pouvoir dans tous les membres d'une société organisée. Durant l'Âge de Bronze ce fut le Mythe religieux qui justifia le meurtre, le sacrifice humain et donc la violence exercée par le Pouvoir humain sur d'autres humains. Quel est le rapport avec Bloomsbury Group dont je fais mention et avec Bertrand Russell. J'avais expliqué que ce groupe, comme le Cercle de Vienne, avait repris le flambeau des esprits forts du Siècle des Lumières qui préparèrent la Révolution française. Par quelle voie? Par la voie de justification idéologique de l'abolition du pouvoir royaliste bien sûr. Et de quelle façon? Par le biais de l'Encyclopédie. Les Encyclopédistes ont soutenu l'idée que l'homme est capable de réfléchir par ses propres moyens et d'établir une vérité objective scientifique fondée sur la seule observation sensitive du monde matériel qui nous entoure et des véritables lois qui le régissent fondées non sur des préjugés, -entre autres religieux-, mais à une capacité commune à tout le genre humain de l'entendement de par ses propres moyens.
Ainsi fut né le néo-positivisme. L'idée que les sens humains sont la seule garantie d'objectivité dans l'entendement, ensuite l'idée simpliste dans sa conception que l'objet de notre pensée n'est qu'un objet matériel: ainsi fut né le matérialisme.
Le matérialisme est une philosophie, l'idée était donc de substituer à la religion la philosophie, -scientifiquement prouvée-, comme justification de la prise du pouvoir non pas par tous les membres d'une société mais par une seule caste, les seuls détenteurs du pouvoir.
Nous constatons donc que le véritable but est et reste inavouable: il est toujours justifié par la sacralisation destinée à justifier tous les moyens utilisés, entre autres très violents ou contraires à ce qui est établi comme beau et comme moral.
Prenons un très simple exemple: la révolution russe et la prise du pouvoir par les communistes.
Et comparons leur attitude respective par rapport à l'idéologie nazi.
Les nazis inculpèrent les juifs de la crise économique et de tout autre malheur du genre humain. Ceci fut considéré comme mauvais par rapport à une philosophie qui condamne la discrimination sociale et raciale car ce furent là un critère de justification de l'abolition d'un pouvoir monarchique et/ou non démocratique.
D'autre part, le nazisme n'était pas fondé sur une religion ni par conséquent à des principes moraux, tels que la prise en considération du bien et du mal comme seuls critères et justification de la prise d'un pouvoir.
Donc, par rapport au premier critère, certains, je ne dis pas tous, mais certains, des anciens combattants russes blancs, utilisèrent les nazis comme moyen de reprise du pouvoir en Russie car ils combattaient les juifs qui étaient les méchants, qui avaient crucifié le Christ, qui avaient donné naissance à la révolution russe et qui combattirent l'église chrétienne. Très bien.
D'autre part, par rapport aux deux autres critères, comme ils n'avaient pas à s'en justifier, et sous prétexte qu'ils agissent en tant que philosophes et hommes supérieurs à de telles cosnidérations d'ordre moral, puisqu'ils ne croient pas en Dieu, les communistes utilisèrent encore la Wermacht pour pénétrer en Pologne et la conquérir aux côté des armées hitlériennes. C'est cette attaque qui déclencha la Seconde Guerre Mondiale. De combien de déportations de juifs, d'exécutions de simples paysans paisibles polonais ou polonais- juifs se rendirent-ils coupable, mis à part leur contribution du déclenchement de le Seconde guerre mondiale eux qui disaient qu'ils luttent pour la Paix?
Or, si l'on considère bien les choses, cette philosophie qui justifia un pouvoir oligarchique qui ne tienne pas en compte même pas les critères moraux les plus basiques de la structure psychologique d'un être humain considéré comme normal, s'avère encore un mythe, une autre religion, aussi illogique et sans fondement que la religion des Aztèques ou de n'importe quel autre clan fanatique. Car c'est encore un leurre, nos travaux ont clairement montré que l'objet dont nous parlons et que nous apercevons est en lui-même une pure abstraction sans essence matérielle possible. Comment pouvons-nous en déduire qu'il n'y pas d'âme ni d'esprit, qu'il n'existe aucun Dieu?
La discussion est donc repartie sur de nouvelles bases. Que penser des droits des femmes et des classes défavorisées.
Je repartirai pour présenter ma réflexion dans son ensemble sur la base des différents systèmes de légalisation et de justification d'un pouvoir mis en place depuis la création des premières sociétés jusqu'à cette date.
Nous sommes bien d'accord que les premières sociétés parues et la première hiérarchisation sociale liée à une sacralisation du pouvoir tirent leur origine commune à la naissance de l'agriculture et de la possession de terrains autour desquels se formèrent les premières sociétés organisées. Ces sociétés furent patriarcales. Ce dernier point est très intéressant. Nous allons voir pourquoi. Qui n'a pas entendu parler des grands patriarches bibliques qui prospérèrent autour de leur troupeau. L'idée même de patriarche biblique et de troupeau (de brebis) sont presque inextricablement mêlées. Le peuple juif fut un peuple sédentarisé après de longues luttes contre des pirates et des pilleurs de tout gabarit sur une terre fertile où il s'occupa d'élevage, d'agriculture et d'extraction de l'huile d'olive comme la plupart des peuples méditerranéens. Or, ceci est de la plus grande importance dans le développement de la hiérarchie selon un ordre patriarcal et non matriarcal. J'expliquerai pourquoi.
Lors de mes différents voyages de par le monde, j'ai observé le même phénomène qui régit les lois de la succession dans les régions essentiellement agricoles. Ainsi, par exemple, au Péloponnèse, en Grèce, riche d'oliveraies où l'on pratique depuis la nuit des temps la culture des oliviers et l'extraction d'huile d'olive, de même que dans les régions d'élevage bovin en Allemagne, le terrain cultivé de même que le bétail ne sont transmis, en règle générale, qu'au fils aîné, ni aux plus jeunes garçons ni aux filles, même si celles-ci sont aînées au premier garçon né. Qu'est-ce qui a donné naissance au droit d'aînesse de père en fils? Le fait que ce travail exige un effort quotidien et un dur labeur qui exigent en même temps de la force physique, de l'endurance, de la disponibilité et un long apprentissage. En même temps, ni l'économie familiale, ni l'économie régionale ne permettent le partage de ces biens à l'infini car ils deviennent en fin de compte improductifs. Or, ces régions vivent de cette richesse là. Il semble donc évident que les femmes qui enfantaient et qui restaient donc indisponibles durant de longues périodes n'étaient pas les personnes idéales pour effectuer ce travail. Elles furent donc exclues de l'héritage paternel comprenant le bétail et les terres cultivables et le restent dans ces régions jusqu'à nos jours. En revanche, de nos jours elles en ont gagné en culture générale car les familles les encouragent actuellement beaucoup plus que l'héritier légitime aux études et à l'apprentissage d'un métier pour leur autonomie financière. Ce ne fut pas toujours le cas. Dans ces premières sociétés, où l'agriculture était le seul travail possible, les femmes, dépossédées de tout bien matériel, obligées de se marier assez tôt pour trouver un "bon parti" de préférence un fils aîné et héritier, furent assez vite considérées comme des quantités négligeables du point de vue juridique, presque des fardeaux comme les enfants mineurs vu qu'elles étaient entretenues soit par la famille paternelle soit par l'époux. Elles furent donc astreintes, comme les enfants à l'obéissance au pouvoir patriarcal.
Maintenant, nous reprendrons notre réflexion du départ, en d'autres termes ce qui rend légitime un pouvoir et pour quel motif rechercher un fondement de justification et de légalisation du pouvoir?
Dans la Grèce antique, laquelle servit de modèle de civilisation et de progrès dans la démocratie au siècle des Lumières, les trois mots suivants: le beau, le bien et l'utile étaient synonymes: to kalon.
Si l'on part donc sur une base de critères moraux, depuis la nuit des temps jusqu'à nos jours, ce qui est perçu comme utile pour une société, en est perçu également comme bien d'un point de vue moral. Ainsi, dans ces sociétés patriarcales que nous avons décrites, ce qui était utile, autrement dit l'effacement des filles et des enfants mineurs au profit des garçons majeurs, des patriarches, en fut considéré comme bien d'un point de vue moral aussi, ce qui donna à mon avis naissance à la tradition d' Eve et d'Adam chassés du Paradis. Le plus vraisemblable semble être à mes yeux l'assimilation de l'époque qui précéda l'époque de l'agriculture, donc la période de chasse et de pêche, comme l'Age d'Or perdu à cause de la convoitise,- (la gourmandise d'Eve)-, qui fut la première fautive et qui perdit par la même voie le Paradis entraînant dans sa chute l'homme et que depuis, frappée par la malédiction divine, se transforma en esclave de l'homme et en son inférieure tandis que avant, au "Paradis" elle était son égale. Le terme Age d'Or vient du grec et de la légende mythologique qui se rapporte à la première d'une séquence de quatre ou cinq Ages de l'Homme, dans laquelle l'âge d'Or est d'abord, puis viennent dans l'ordre, celle d'argent, de Bronze et l'Age du Fer, puis à l'heure actuelle une période de déclin.
Il y a des concepts analogues dans les traditions religieuses et philosophiques du Continent Central Asiatique.Par exemple, dans la culture védique des anciens hindous où l'on voyait la culture comme cyclique composée par une alternance de noir et d'Age de l'Or.
Dans la mythologie classique, l'Age d'Or a été présidée par la déesse Astrée qui a été identifiée avec la Justice. Elle a vécu avec les hommes jusqu'à la fin de l'Age d'argent, mais à l'âge d'airain, où les hommes sont devenus violents et cupides, elle a fui vers les étoiles, où elle apparaît comme la constellation de la Vierge, tenant la balance de Justice ou la Balance.
Dans la pastorale européenne et dans l'iconographique tradition littéraire sont souvent représentées des nymphes et des bergers comme vivant une vie d'innocence et de simplicité rustique, non corrompue par la corruption de la civilisation.
Le mythe européen de l'Age d'Or apparaît d'abord dans la fin du VI e et au début du 7ème siècle avant notre ère dans les Travaux et les Jours du poète Hésiode(109-126). Hésiode identifie l'Age d'Or, l'Age d'argent, L'Age du Bronze, l'Age Héroïque, et l'Age du fer. A l'exception de l'âge héroïque, chaque siècle suivant a été pire que celui qui l'a précédé. Hésiode affirme que pendant l'Age d'Or, avant l'invention des arts et de la propriété privée, le communisme primitif a prévalu, et la terre produisit la nourriture en abondance telle qu'il n'y avait pas besoin d'agriculture.
L'idéologie "sacralisée" sur laquelle le pouvoir était fondé et qui servait à le légitimer aux yeux de cette société là en particulier, ne pouvait contraindre cette nécessité sociale d'infériorisation des femmes après l'invention des arts et de la propriété privée. Il n'est pas exclu que les femmes ayant contribué à l'invention des arts qui permirent l'agriculture et la propriété privée aient été inculpées de leur propre "chute" et puis de celle des hommes de cet "état de grâce" que fut cet âge primitif de l'homme.
En revanche, un sentiment de contestation naît lors des périodes d'effacement des régions agraires au profit des grandes cités. Par exemple, durant la période des XVIIe et XVIIIe siècles avec la centralisation du pouvoir et la plus grande importance des paysages urbains, avec l'abolition des privilèges et des grands domaines de la noblesse qui se réunit autour de la cour royale. Nous observons en ce moment même une exigence de la part des femmes de l'instruire, phénomène social qui fut tourné en dérision par Molière (dans Les Femmes Savantes).
De même qu'au cours du XIXe siècle qui fut témoin des grands développements urbains avec l'absorption de la population agraire par les grandes usines de la ville. Ce fut encore un terrain de fermentation d'idées de contestation des lois écrites ou pas établies par un ancien système de pensée fondé sur des utilités considérées comme périmées.
Maintenant, reconsidérons les bases de légitimation d'un système politique. Le bien et l'utile sont-ils toujours indissociables ou encore, selon quels critères fonder les notions de bien et d'utile?Et notamment utile pour qui? Ainsi, l'idéologie nazi, par exemple, fut fondée sur la promotion de ce qui était considéré -ou prétendu être considéré-comme utile pour les nazi. Par exemple, la notion d'eugénisme était un prétexte d'utilité sociale et donc publique destinée à justifier, à légaliser aux yeux du large public les crimes les plus atroces contre l'humanité. Ce fut considéré comme le Bien selon l'idée que Niestche s'en faisait, liée au mythe du surhomme.
Quand le monde sera prêt à transformer l'amour de la puissance en puissance de l'amour l' Age d'Or renaîtra peut-être.



[Petite parenthèse

Membre de International Women's Media Foundation et de Faire Revivre Blumsburry Group


Redirection vers le débat philosophique sur la légitimation d'un pouvoir mis en place:
il y a trois possibilités à l'heure actuelle:

1) pouvoir légitimé par la volonté divine:
facile à dire. Il n'a pas marché pour Marie-Antoinette. A titre personnel, bien que n'ayant rien contre la volonté divine j'aurais beaucoup à redire sur les églises.
2) pouvoir légitimé par la loi du "bien social":
très dangereux, toutes sortes de déviations sont possibles et l'angle d'approche de cette question par Nietzsche est à l'origine de bien de tristes prétendants Surhommes.
3) pouvoir légitimé par la volonté du peuple, ce que nous appelons aujourd'hui la démocratie:
ce serait bien une démocratie si le peuple exprimait bien sa volonté par le vote. Or, pour qu'il exprime sa volonté, encore faudrait-il qu'il ait le choix. L'a-t-il vraiment? Si l'on vous pose la question" préférez-vous que l'on vous crève les yeux ou que l'on vous ampute d'une jambe?" je pense que nombreuses seraient les personnes qui répondraient" M'amputer d'une jambe".Est-ce pourtant là l'expression d'une volonté au sens strict du terme? C'est à cela que ressemble notre démocratie aujourd'hui.
















mercredi 26 mai 2010

Les signes qui figurent sur le disque de Phaistos:


Tableau signes disque &~~SPECIAL_REMOVE!#~~lt;span class=Phaistos" src="http://phaistos.owebi.fr/images/signes/tableau_signes_moyen.jpg" title="Tableau signes disque Phaistos" height="530" width="404"&~~SPECIAL_REMOVE!#~~gt;

Le signe (18) lu de droite à gauche est identique à la transcription étrusque de la lettre protosinaïque guimel (chameau) qui représente la bosse du chameau et est utilisée devant las lettres E et I. Ceci signifie en suivant cette hypothèse qu'il s'agirait d'une écriture étrusque archaïque que la lettre qui se trouve à gauche de ce signe, autrement dit le signe (17) est une de ces lettres.
Le E est la cinquième lettre de l'alphabet et dérive directement de la cinquième lettre de l'alphabet protosinaïque: le hé. Les différentes variantes de ce pictogramme représentent un homme en prière, debout, assis ou marchant, les bras levés vers le ciel. Prière qui se traduit par une invocation dont la mélodie se coule dans la sonorité naturelle du souffle et de la respiration: hé...L'évolution de la lettre hé suit les mécanismes suivants: "réduction iconique", basculement et inversion de l'écriture. La partie inférieure du corps n'est plus marquée.
Quand nous lisons aujourd'hui un mot qui contient un E cette lettre nous fait voyager vers l'homme en prière dont les bras invoquant ne sont plus tournés vers le haut mais vers le côté, passage de la verticalité à l'horizontalité d'une transcendance tournée vers le divin orientée vers le visage de l'autre homme. Découverte de l'altérité d'autrui. Une autre variante qui est probablement celle de notre texte, traduit l'humilité devant la grandeur d'autrui qui se traduit par une "prosternation".
Le signe (8) semble apparenté au son "théta" comme le "th" dans le mot anglais Thames selon deux indices:
le dessin de la main seule existe aussi pour représenter une variante du Yod. Il se prononce tot et offre le son "t" ou "d" ou un sont intermédiaire. Cette dernière information est importante car elle expliquerait peut-être l'origine du têt (et du théta) qui vient juste avant le yod (comme dans l'alphabet grec). Par la suite en égyptien, le son t aurait été supporté par un autre signe représentant un bouclier tenu au bout de la main.
Cette main de notre texte ressemble beaucoup à un autre signe égyptien plus stylisé qui figure le son yod et qui évoque un bouquet de papyrus. Pour distinguer le yod-main du yod-papyrus les auteurs parlent de yod I et yod II.

Le signe (26) évoque la lettre de l'alphabet protosinaïque lamed. La forme originaire de cette lettre dans l'écriture protosinaïque représente un "aiguillon de bœuf". Le signe (26) ressemble beaucoup à la représentation du son lamed sur le célèbre sphinx qui a permis de découvrir les premières inscriptions protosinaïques, où deux lamed sont visibles dans l'inscription "Dédicace pour Baalat" Yihoud Lebaalat.



&~~SPECIAL_REMOVE!#~~lt;span class=Old Negev Alphabet With Corresponding Hebrew Words" id="Image11_img" src="http://3.bp.blogspot.com/_RCLB5VzpoR0/STNwishXlmI/AAAAAAAAATw/l70_v7CwwMM/S760/negev-hebrew%5B1%5D.gif" height="548" width="385"&~~SPECIAL_REMOVE!#~~gt;

Les signes qui figurent sur le disque de Phaistos évoquent l'écriture protosinaïque d'autant plus que les signe (45) évoque la callligraphie de Lalou El (double lamed) qui signifie "le nom de Dieu".
Le signe (24) peut correspondre à la lettre H hét qui signifie un enclos, une barrière, une clôture qui empêche le bétail de passer.
Le signe (3) semble évoquer une bouche mis en évidence sans souci de réalisme dans la représentation et la lettre P. Le poisson figure la lettre N. Le signe (23), une masse c'est la lettre Q, le clou, porte nuque (oreiller), signe (19) serait la représentation du son F ou Waw, etc.

Dans les régions écrivant l'akkadien cunéiforme au cours du IIè millénaire, on trouve des noms de personnes et des mentions de 'El, Ilu(m) en akkadien. Le terme est en fait écrit par l'idéogramme DINGIR, servant de déterminatif pour la divinité. Quand on a un nom amorrite, on lit 'El, comme dans toutes les langues sémitiques occidentales. Avant ces attestations, qui datent du début du IIè millénaire av. J.-C., on est peut-être déjà en présence d'une forme ancienne du terme El dans les textes de la bibliothèque Royale d'Ebla archéologique de Tell Mardikh, en Syrie) du XXIVè siècle av. J.-C., où on trouve un dieu Ilu (lecture incertaine), assimilé au dieu sumérien Enlil. Ce nom se trouve à la tête d'une liste de dieux, comme ancêtre des dieux ou père de tous les dieux


On ne sait pas vraiment ce qui se trouve derrière ces mentions d'un "dieu". Peut-être s'agit-il d'une référence au concept de divinité en général, à une divinité personnelle ou familiale (ilu(m) désignant aussi en akkadien une divinité protectrice) , ou bien à une divinité particulière, Adou Dagon.




Il n'est pas exclu que les signes qui figurent sur le disque de Phaistos soient l'écritude du peuple hatti disparu depuis la conquête de leur pays par les hittites. Les hittites ont conservé certains de leurs rituels religieux mais ils les ont transcrits dans leur langue et en utilisant leur propre écriture cunéiforme pour mieux les comprendre.

Ils sont considérés comme les ancêtres du peuple hébreu. Ces peuples protosinaïtiques sont communément nommés les peuples édenistes selon la cosmologie des dogons.


RELIGION DES HATTIS :

Comme les asianiques Mureybétiens, les Hattis adoraient la grosse déesse de la fertilité (Wurushemu) ainsi que le dieu-taureau de la nature (Taru).
Comme les Dravidiens Nemrikiens du Zagros, adorateurs des vautours, des lions et des serpents, ils vénéraient ces animaux comme compagnons de la grande déesse. Celle-ci devint alors la divinité de la vie (fertilité) et de la mort (bêtes sauvages). On remarquera que les villages de Cayönu, Göbekli et Nevali-çori possédaient chacun un temple (placé à l'est) contenant des statues d'animaux.


Plus tard, les Indo-Européens et les Sémites entrérent en contact avec les Hattis dont ils adoptèrent en partie les croyances. voici sous quels noms ils connurent la grande déesse aux lions :
-Hépat chez les Hittites
-Kubele chez les Lydiens
-Kubaba chez les Phrygiens
-Cybèle chez les Grecs
-Anahita chez les Perses
-Atargatis/Anat/Ishtar chez les Sémites
-Hathor/Sekhmet chez les Egyptiens
Les Hittites identifièrent également le dieu-taureau avec Tarhunt, leur maître des orages .

La provenance hattienne du disque de Phaistos semble corroborer la découverte de son pendant,- qui a mystérieusement disparu-, le disque de Vladikavkaz en ancienne Ossétie du Caucase. En effet, les Hatti était un peuple ayant vécu en Anatolie du IIIème au IIème millénaire avant notre ère qui venait du Caucase. C'est au contact des ces divers peuples anatoliens que l'industrie métallique crétoise prit son essor, les armes et outillages retrouvés en donnant la preuve. Ainsi, On qualifie de Minoen Ancien la periode couvrant les débuts de l'industrie crétoise jusqu'au début de l'époque protopalatiale débutant en 2000 avant J.-C.



Culture religieuse: Mise en parallèle de la Sainte Vierge et de l'Arche d'Alliance

Ancien Testament, Exode, 34, 1: Renouvellement de l'Alliance. Les tables de la Loi.
Yahvé ordonne de poser les deux pierres sur lesquelles il avait écrit les dix commandements dans l'Arche de l'Alliance plaquée d'or pur sur laquelle veillent les deux archanges.
Dans Le Livre de Josué, II Le passage du Jourdain, 3, 14
Or quand le peuple quitta ses tentes pour traverser le Jourdain, les prêtres portaient l'arche de l'Alliance en tête du peuple. Dès que les porteurs de l'arche furent arrivés au Jourdain, et que les pieds des prêtres porteurs de l'arche touchèrent les eaux-[...] les eaux d'amont s'arrêtèrent et se dressèrent en une seule masse [...]. Le peuple traversa vis-à-vis de Jéricho. Les prêtres qui portaient l'arche de l'Alliance de Yahvé se tinrent au sec, immobiles au milieu du Jourdain, tandis que tout Israël traversait à sec, jusqu'à ce que toute la nation eût achevé de traverser le Jourdain.

4, 1 Les douze pierres commémoratives.

"Lorsque toute la nation eut achevé de traverser le Jourdain, Yahvé parla à Josué et lui dit: "Choisissez-vous douze hommes parmi le peuple, un homme par tribu, et donnez-leur cet ordre: "Enlevez d'ici, du milieu du Jourdain, là où se sont posés les pieds des prêtres, douze pierres que vous ferez traverser avec vous et déposerez au bivouac où vous passerez la nuit".

Or, c'est dans le Jourdain que Jésus Christ fut baptisé ayant choisi parmi le peuple douze "pierres" de la foi. Au moment de son baptême les douze pierres datant de la prise de Jéricho devaient se trouver encore au même endroit. Le symbolisme me paraît d'autant plsu calir que Jésus Christ symbolise le renouvellement de l'Alliance par la prescription de la nouvelle loi qui n'abolissant pas la première, celle qui était conservée dans l'Arche de l'Alliance, l'amende pour autant. Comme la nouvelle loi amendée naît avec Jésus Christ en tant qu'homme et Dieu et que c'est la Sainte Vierge qui ayant enfantée Jésus Christ porta et mit au monde la nouvelle loi amendée, le symbolisme de l'Arche de l'Alliance par la Sainte Vierge et inversement me paraît indéniable. Si Jésus Christ est le seul médiateur entre les hommes et Dieu le Père quel est donc son rôle exact dans la culture chrétienne?

Dans Isaïe 66, 5 et suite il y a une claire allusion prophétique à l'incarnation de Dieu le Fils et au rôle exact de la Sainte Vierge:

"Avant d'être en travail elle a enfanté, avant que viennent les douleurs elle a accouché d'un garçon. Qui a jamais entendu rien de tel? Qui a jamais vu chose pareille? Peut-on mettre au monde un pays en un jour? Enfante-on une nation en une fois? A peine était-elle en travail que Sion a enfanté ses fils".

La Sainte Vierge est Sion et elle enfante en même temps que Jésus Christ tout un peuple: le baptême qui symbolise cet enfantement et cette naissance qui furent ceux du Christ symbolise l'enfantement simultané de tout le peuple de la Nouvelle Jérusalem, de la Nouvelle Sion. Le baptisé naît une deuxième fois de par son baptême chrétien; il renaît en Sion.
Il me semble donc que l'interprétation protestante de l'Évangile,- non éclairée par cette lecture-, qui "méprise" le rôle de la Sainte Vierge dans cette médiation en s'appuyant sur le texte de la Evangile où le Christ explique à ses disciples que tout ce qui leur vient de Dieu le Père leur vient par son biais, est erronée. Car il ne peut y avoir de médiation christique sans la naissance de l'homme en tant que chrétien en Sion la spirituelle par le biais du baptême où le rôle de la Sainte Vierge est rendu explicite grâce à cette lecture rétroactive de l'Ancien Testament.

D'autre part, les musulmans s'appuient sur un autre point non éclairé de l'Ancien et du Nouveau Testament pour avancer la thèse de la nature uniquement humaine du Christ: nous avons l'habitude d'assimiler Dieu le Fils à la Sagesse qui est la Raison , en d'autres termes le Verbe (Évangile de Saint-Jean). Or, ceci ne constitue qu'une mise en parallèle et non une identification des parties comparées car la Sagesse est une création de Dieu, une créature. En revanche, Jésus Christ est Dieu et en tant que tel il fut né et non créé:

Prov. 8 (la sagesse parle)

22L'Éternel m'a créée la première de ses oeuvres, Avant ses oeuvres les plus anciennes. 23J'ai été établie depuis l'éternité, Dès le commencement, avant l'origine de la terre. 24Je fus enfantée quand il n'y avait point d'abîmes, Point de sources chargées d'eaux; 25Avant que les montagnes soient affermies, Avant que les collines existent, je fus enfantée.

Or, la Sagesse partage le trône de Dieu:


Sagesse de Salomon, 9, 1:


"Dieu des Pères et Seigneur de miséricorde,
toi qui par ta parole as fait l'univers,
toi qui, par ta Sagesse, as formé l'homme
pour dominer sur les créatures que tu as faites,
pour régir le monde en sainteté et justice
et exercer le jugement en droiture d'âme,
donne-moi celle qui partage ton trône, la Sagesse,
et ne me rejette pas du nombre de tes enfants"

Sans la Sagesse l'homme ne peut être considéré comme un Fils de Dieu. Elle ne peut être non plus identifiée à l'Esprit Saint qui est également Dieu et non créé. En Byzance, on en avait fait une Sainte à part, la Sainte Sagesse de Dieu non définie de manière précise. Il s'agit de la Sainte Sofia (Sofia=Sagesse) qui n'est pas une femme sanctifiée mais la Sainte Sagesse de Dieu à qui l'on avait dédié à Constantinople l'église byzantine nommée Sainte Sofia.














Un prêtre catholique irlandais de 77 ans condamné en 1999 à 36 ans de prison pour pédophilie a été libéré samedi de la prison de Curragh pour aller s'établir dans une résidence tenue secrète.

Sa peine avait été réduite en appel, mais on ne savait que faire du religieux. Connu sous le nom de frère Ambroise au sein de l'ordre de la Charité (Brothers of Charity Order), le prêtre avait été condamné le 23 novembre 1999 par la cour de justice criminelle de Cork à la plus lourde peine jamais prononcée en Irlande pour ce type de crime.

Il avait plaidé coupable d'agressions sexuelles sur trois jeunes garçons, âgés de 8 à 18 ans au moment des faits, il y a plus de 40 ans. Frère Ambroise avait aussi été condamné plus tard à deux autres peines plus courtes pour des faits similaires et a été reconnu coupable d'actes pédophiles en Grande-Bretagne. Il est soupçonné d'avoir commis plus de 75 abus sexuels sur des jeunes garçons.

Sa peine avait dans un premier temps été réduite à la condition qu'il soit placé en lieu sûr à l'extérieur du territoire irlandais. Mais un tribunal avait ensuite jugé que ce n'était pas possible tout en maintenant la réduction de la peine, puisque la Grande-Bretagne et la Belgique refusait de l'accueillir. Il a été convenu entre les trois pays qu'il séjournerait désormais dans un lieu tenu secret.


L'ordre de la Charité a notamment noué des liens dans son "action" avec des psychologues et des psychiatres spécialisés dans le mise sous tutelle et la gestion des biens et des héritages des "malades mentaux" en même temps qu'il avait habilité (et jusqu'à nos jours de façon détournée comme cité plus haut) à les déclarer comme tels (le plus souvent de façon très abusive).

Mental Health care

The Brothers of Charity have been involved in the care for the mentally ill in Belgium since 1815. They were guided by Dr J. Guislain, the first Belgian psychiatrist and doctor-in-chief of the two existing mental hospitals in Ghent. A brand new psychiatric institute began in 1857 and is still working nowadays. Dr J. Guislain Museum was inaugurated within the walls of this institute: it offers a survey of the evolution in mental health care and highlights the figures of Dr J. Guislain and Canon P.J. Triest. From 1820 on the Brothers took over or erected psychiatric institutes in many countries. Around 2000 the Brothers of Charity were caring for 5000 patients with 5100 staff in 13 institutes in Belgium. Congo, Rwanda and Burundi have each a psychiatric center. More recently, projects have been set up in India, The Ivory Coast, South Africa, Romania and Tanzania.

Ils sont repertoriés comme catholiques mais rien ne préconise leur appartenance confessionale, encore moins eux-mêmes:


Bienvenue sur notre site! I invite you to look over these pages in order to get to know us. Je vous invite à regarder ces pages afin d'apprendre à nous connaître. To begin, I'd like to give you an overview of the Ecumenical Order of Charity. Pour commencer, je voudrais vous donner un aperçu de l'Ordre œcuménique de la Charité. Our Order is an intentional religious community. Notre Ordre est une communauté intentionnelle religieuses. Our charism is ecumenism which we describe as the response to the all-inclusive call and love of Christ. Notre charisme est l'œcuménisme que nous décrivons comme la réponse à l'appel global, et l'amour du Christ. We live this out as an ecumenical Christian community whose members follow either the historical/scriptural Jesus or the Cosmic Christ. Nous vivons ce comme une communauté œcuménique chrétienne dont les membres suivent soit l'historique / Jésus scripturale ou le Christ cosmique. We do not strive for uniformity, but rather, for unity. Nous ne nous efforçons pas de l'uniformité, mais plutôt, pour l'unité.

Our Order is self-governing and has no denominational ties except as they pertain to each individual member. Notre Ordre est autonome et n'a aucun lien confessionnel, sauf que ce qui a trait à chacun des membres individuels. There is room for both the traditions of the past and the life of today and we try to blend the two. Il ya place pour les traditions du passé et la vie d'aujourd'hui et nous essayons de mélanger les deux. Our task is made easier by the fact that each Companion is free to choose the style of religious life which best suits him/her. Notre tâche est rendue plus facile par le fait que chaque associé est libre de choisir le style de vie religieuse qui s'adapte le mieux à lui. We are diverse and offer each person the right, support and encouragement to serve God in the Works of Charity. Nous sommes différents et offrent à chaque personne le droit, le soutien et l'encouragement à servir Dieu dans les œuvres de charité. The Order must be judged by how the entire community (all the Houses and Companions) live the religious life. Le décret doit être jugée par la façon dont toute la communauté (toutes les maisons et aux Compagnons) vivre la vie religieuse.

Le lien entre l'ordre de la Charité et l'association cultuelle de Saint Serge de Radonège de Colombelles (Calvados) c'est que les deux se disent Oeucuméniques. Que signifie pour eux ce terme? Voici:


The Ecumenical Order of the Charity was founded by an old catholic bishop at Oxford, England... After moving to the US in the 1960 they work for the peace and justice.

"For the Sake of the Kingdom" "Pour l'Amour du Royaume" is their motto. It is the end towward they work.


Pour comprendre ce que le mot d'ordre de cet ordre signifie il nous faudra expliquer les thèses d'un Swendenborg dont le mot d'ordre étant le même se traduit de la façon suivante: "De l'amour-propre à l'amour de Dieu". C'est un mystique et il a des visions de l'au-delà. Suite à la rédaction de ses "Arcanes Célestes" le Consistoire de Gothenburg formule des accusations d'hérésie à son encontre et l'accuse de Socianisme te de Mahométisme.

Le socianisme est un courant chrétien remontant à Faust Socin (Sozzini ou Socini) qui refuse la doctrine chrétienne de la Sainte Trinité et se présente comme libéral.

Au XVIe s. avec Lélio et surtout son neveu Fausto (1539-1604) naît l'unitarisme (il convient d'éviter la confusion entre unitaristes et uniates: il ne s'agit pas du tout du même dogme). Ils appartiennent à la première et à la seconde génération de réformateurs. Initiée par Martin Luther en 1517 la Réforme s'attaquait au pouvoir politique et magistériel du pape. Le socianisme aura mis en avant (avant la foi chrétienne) la tolérance et la charité. Les unitaristes qui considèrent que "Dieu est un", dénient la divinité du Christ. Ainsi, faire le signe de la croix est considéré comme un péché et un blasphème par les unitaristes. Ceci explique pourquoi Mme Susbielle pierrette membre de la communauté de l'Ordre de la Charité en France réagit violemment lorsqu'elle me vit faire le signe de la croix chez elle. Elle frappa des mains et me cria "Non, pas de croix ni de prière chez- moi. Je n'y croit pas; je suis religieuse" ce qui peut paraître contradictoire et a fait rire plus d'une de mes connaissances lorsque je racontai cet épisode après. Or, elle voulait dire qu'elle était religieuse unitariste et qu'elle ne croyait pas en la divinité du Christ. Ce qui va bien plus loin que la réforme d'un Luther. On est dans l'antichristianisme pur et dur.

Faust exilé rejoignit en Pologne l'Église protestante antitrinitaire des Frères polonais, fondée en 1562: c'est probablement ce courant que reprit pour le propager en France le juif-polonais Bergson dont l'esprit traduisit Charles Péguy plus tard. Voici ce que lis du socinianisme dans le site de l'"Ordre Maçonnique du Rite Ancien et Primitif de Memphis":


Le Rite de Misraïm

Ce Rite apparaît (ou plutôt réapparaît) à Venise en 1788. Il est donc l’un des plus anciens en France.

Un groupe de Sociniens (secte protestante anti-trinitaire) reçut de Cagliostro
une patente de Constitution. Il leur conféra les trois
premiers grades de la Franc-Maçonnerie qu’il détenait lui-même régulièrement de la Grande Loge Unie d’Angleterre. Il leur conféra également les Hauts Grades de la Maçonnerie templière Allemande, qu’il détenait d’ailleurs tout aussi régulièrement.



Le Rite essaima rapidement en Italie et apparut en France avec les frères Bédarride qui, de 1810 à 1813, développent ce Rite avec succès, quasiment sous la protection du Rite Ecossais.
Le Rite de Misraïm nourrit des liens étroits avec les Carbonarii dont il devient une pépinière et le refuge.
Une cinquantaine de Loges sont créées aux Pays-Bas, en France, en Suisse.

En 1818, publication à Bruxelles des Statuts Généraux de l’Ordre de Misraïm pour les Pays-Bas. Il existait déjà alors des loges, notamment à Anvers, Mons, Courtrai et Bruxelles.

En 1829, le Rite est introduit en Ecosse et en Irlande.

En 1822, il fut dénoncé à la police comme «Ennemi de I’Etat, de l’Autel et du Trône”, mais la police n’arrive pas à l’interdire.

Le 18 janvier 1823, un perquisition chez le Frère Vehrnes, à Montpellier, permet cependant de découvrir des documents violemment anti-cléricaux et le Rite est interdit.

Il reprendra ses activités en 1838. lisera à nouveau interdit 1841 et, enfin, restauré en 1848.

Ceci dit ce ne sont que de vulgaires sorciers. Ou alors de simples franc-maçons. Par ailleurs qu'est-ce quelle est la différence entre le discours tenu par les franc-maçons et le discours tenu par l'église catholique ou même orthodoxe de nos jours? Jugez par vous-mêmes. Les églises sont-elles gouvernées aujourd'hui, comme toute autre institution par ailleurs, par la franc-maçonnerie?

Art Royal
Unitarisme et Œcumenisme de la Maçonnerie

Avant-propos

L’essence même de notre Ordre, c’est la conciliation et la plus accueillante tolérance de toutes les croyances sincères. Cette tolérance ne résulte pas d’un défaut de discernement et encore bien moins d’une indifférence qui serait en l’espèce coupable.

C’est tout simplement que les Initiés de notre Ordre sont enfin parvenus à ce point de leur évolution où ils peuvent discerner en toute vérité les lois de l’évolution spirituelle.

Aux termes de ces lois, toutes les différences apparemment irréductibles entre les diverses conceptions de la Déité ne sont plus que de simples points de vue correspondant à un degré d’évolution différent de la mentalité humaine.

Il n’y a pas plus de différence essentielle entre les diverses conceptions des différentes Religions qu’il n’y en a dans l’identité d’un même homme pris dans son enfance, dans son adolescence, puis à 1’âge de raison.






Hactenus de situ et miraculis terrae aquarumque et siderum ac ratione universitatis atque mensura. Nunc de partibus, quamquam infinitum id quoque existimatur nec temere sine aliqua reprehensione tractatum, haut ullo in genere venia iustiore, si modo minime mirum est hominel genitum non omnia humana novisse. Quapropter auctorem neminem unum sequar, sed ut eos quisque diligentissime situs diceret, in quibus ipse prodebat.

[III, 1] Pline l'Ancien, Histoire naturelle (L'Europe dans le monde)

Vocabulaire



Hactenus &~~SPECIAL_REMOVE!#~~lt; hac+tenus: voilà

situs, us, m. : situation, disposition

miraculum, i, n. (&~~SPECIAL_REMOVE!#~~lt; gigno, genui, genitum, ere: engendrer

humanus, a, um

humanae res: les choses humaine

humana (pluriel neutre): les choses humaines, les événements humains

nosco, novi, notum, ere (&~~SPECIAL_REMOVE!#~~lt; gnosco du gr. gignosco) prf: novi, novisse, nosse: connaître, savoir

quapropter: parce que

auctor, oris (&~~SPECIAL_REMOVE!#~~lt; ne+hemo, hemo=homo): personne, aucun

sequor, secutus (sequitus) sum, sequi: suivre quelqu'un

quemque(
Traduction


Voilà en ce qui concerne la disposition et la situation de même que les prodiges de la terre, des eaux et des astres
















LES GRANDS THEMES DU ROMANTISME

Une analyse comparée de trois auteurs

ALAIN-FOURNIER « Le Grand Meaulnes »

CHARLES NODIER « La Neuvaine de la Chandeleur » et

GERARD DE NERVAL « Les filles du feu, les Chimères, Sylvie »

Nous retrouvons des réminiscences de la Neuvaine de la Chandeleur et de Sylvie dans Le Grand Meaulnes. L’intrigue comporte de nombreux éléments similaires à l’histoire racontée dans Sylvie et dans la Neuvaine de la Chandeleur.

Proposer la lecture de passages choisis des trois œuvres pour les mettre en parallèle.

En faire ressortir quelques grands thèmes du romantisme à l’appui d’exemples tirés de ces lectures :

Le romantisme traduit un malaise de l'individu qui ne parvient pas à vivre dans la société. L’idéal romantique se révolte contre la société moderne et l’avidité bourgeoise.

Le romantisme exprime un profond malaise des hommes victimes d'un monde économique où il devient impossible de vivre dignement. Il dénonce ainsi le matérialisme bourgeois. Les progrès intellectuels apportés par les Lumières s'accompagnent en effet d'un vide spirituel, d'un ennui profond qui pousse au suicide ou à la démence.

Gérard de Nerval écrit dans "Sylvie ou Souvenirs du Valois"" (Les filles du Feu Les Chimères éditions Garnier-Flammarion 1965, page 110 :

Nous vivions alors une époque étrange, comme celles qui d'ordinaire succèdent aux révolutions ou aux abaissements des grands règnes [...] L'ambition n'était cependant pas de notre âge, et l'avide curée qui se faisait alors des positions et des honneurs nous éloignait des sphères d'activité possibles. Il ne nous restait pour asile que cette tour d'ivoire des poètes, où nous montions toujours plus haut pour nous isoler de la foule.[...] Amour, hélas! des formes vagues, des teintes roses et bleues, des fantômes métaphysiques. Vue de près, la femme réelle révoltait notre ingénuité; il fallait qu'elle apparût reine ou déesse, et surtout n'en pas approcher.

page 111

C'est une image que je poursuis, rien de plus.

Un exemple tiré de la Neuvaine de la Chandeleur de Charles Nodier

Les esprits froids, qui ne comprennent pas le charme de la dévotion pratique, m’ont toujours beaucoup étonné ; le dédain des œuvres pieuses me paraît encore plus incompréhensible dans ces âmes vives et passionnées pour lesquelles la vie positive n’a pas de sensations assez fortes, et qui sont obligées d’en demander incessamment de nouvelles à l’imagination et au sentiment. Que sont, grand Dieu ! les hypothèses de la philosophie et des sciences, le prestige des arts et les inventions de la poésie, auprès de cette poésie du cœur qui s’éveille aux inspirations de la religion, et qui transporte la pensée dans une région d’idées sublimes où tout st prodige, et où cependant tout est vérité ! il faut croire, sans doute ; mais ce qu’il faut croire est mille fois plus probable, mille fois plus facile à croire, s’il est permis de comparer des choses si étrangères, que tout ce qui est nécessaire de croire dans les rapports communs de la vie sociale, pour la supporter sans amertume et sans dégoût. Examinons, au bout de quelques années, les sensations dont nous avons joui avec le plus d’ivresse, et nous n’en trouverons peut-être pas une qui ne soit une erreur et un mensonge ; les illusions que nous avons goûtées, tout en les prenant pour des illusions, n’étaient pas plus fausses, hélas ! que celles que nous avons prises pour des réalités. Et nous dédaignons la religion, si féconde en joies ineffables, en consolations, en espérances, la religion qui serait encore le bonheur le plus pur et le plus complet de l’humanité, si ele n’était qu’une illusion ! Celle-là au moins n’aurait pas les angoisses du désabusement et du regret. On n’en est pas détrompé sur la terre !

Certes, à l’instar de Rousseau, Nodier trouve la province plus propice à l’épanouissement de la sensibilité poétique et même du bonheur :

« La vie intime de la province a un charme dont on ne conçoit aucune idée à Paris, et qui se fait sentir surtout dans les premières années de la vie. On peut aimer le séjour de Paris dans l’âge de l’activité, des passions, du besoin des émotions et des succès ; mais c’est en province qu’il faut être enfant, qu’il faut être adolescent, […] »

« Ce sont les passions qui marquent cette différence, et l’enfant n’en a point. L’abandon familier des premiers rapports de la vie se prolonge sans danger jusqu’au delà de cet âge où le moindre abandon devient dangereux, où la moindre familiarité devient suspecte entre les jeunes filles et les jeunes garçons des grandes villes. […] Plus il apprend sur la funeste science des passions, plus il se rend attentif à protéger la douce et timide créature dans laquelle il met son bonheur ou ses espérances. Il ne se contente pas de la défendre contre les inspirations étrangères, il la défend contre lui-même, dans l’intérêt d’un avenir qui leur sera commun. Il la respecte, il la craint. »

Cependant, durant la conversation des jeunes enfants le soir où doit commencer la Neuvaine de la Chandeleur est assez révélatrice de l’influence de la société sur leurs valeurs morales qui commencent à s’en ressentir.

« Vraiment, dit Emilie en relevant de côté ses lèvres pincées, il ferait beau voir un jeune homme raisonnable, qui recherche la société des gens éclairés, et dont le père était l’ami de M. de Voltaire, donner, comme Claire, comme un enfant honnête, mais sans instruction, dans ces honteuses folies ! »

Et Marianne qui raconte comment et pour quel motif Claire, la cousine de l’auteur, allait commencer ce soir même la Neuvaine de la Chandeleur pour connaître par avance quel mari lui était destiné :

« Vous sentez bien que je ne le crois pas, continua-telle, et, si je le croyais, je ne m’en soucierais pas davantage. Que m’importe, à moi, le mari que j’aurai, pourvu qu’il soit honnête homme, qu’il soit aristocrate et qu’il soit riche ? Mes parents ne m’en donneront pas un autre. Beau ou laid, jeune ou vieux, aimable ou bourru d’ailleurs, il ne pourra pas se dispenser de me conduire dans les sociétés, dans les bals, dans les spectacles, et de fournir, selon ma fortune, aux dépenses de ma toilette. Le mariage, c’est cela, j’imagine ? Et puis, je ne m’en inquiète pas de si loin. »

Le père du narrateur essaye de deviner celle dont son fils s’était épris :

« Ce n’était pas Thérèse ; elle est trop légère et d’un esprit trop superficiel pour t’occuper. Ce n’était pas Marianne, dont le babillage t’amuse, mais qui n’a ni solidité dans l’esprit, ni tendresse réfléchie dans l’âme, et qui n’est bonne que par instinct. Ce n’était pas Emilie, qui est froide, pincée, raisonneuse, et qui a appris à lire dans le baron d’Holbach. Ce ne pouvait être que ta cousine Claire, qui est jolie, qui est simple, qui est modeste, et dont l’exaltation naïve s’accorde assez bien avec le tour de ton esprit. Crois-tu que je m’entende si mal à deviner ? »

Une fois que le héros a connu l’initiation au véritable amour il se détache de la société des autres jeunes de la province où il grandit et s’isole :

« J’abandonnai tout à fait ce monde innocent et doux dans lequel s’étaient renfermés jusque là mes habitudes et mes plaisirs ; je cherchai la solitude, parce que la solitude était la seule manière d’être où je pusse m’entretenir librement avec moi-même de mes vœux et de mes espérances »

Il se sent renfermé et à l’étroit dans cet univers doux et innocent.

Il a connu l’amour romantique, désintéressé, pur et noble : Cécile Savernier qui est l’objet de cet amour est une jeune fille noble mais ruinée. La noblesse du cœur va souvent de pair avec la noblesse du sang chez les auteurs romantiques. Il la rencontre dans le château de son père alors que déguisée sous un masque et un costume d’antan que seules les dames et demoiselles de l’ancienne aristocratie portaient encore lors de fêtes traditionnelles portaient encore. * (1) Le déguisement et la fête traditionnelle locale évoquant celles des temps anciens et révolus pour l’aristocratie qui se déroulent dans des domaines presque peuplés de fantômes (car Cécile a tous les traits caractéristiques d’une apparition, d’un fantôme presque depuis le début et même après sa mort), la pauvreté de la noble demoiselle et son dévouement à son père, donc à sa famille et aux valeurs aristocratiques sont, par ailleurs, des thèmes repris chez Gérard de Nerval et chez Alain-Fournier.

L’histoire véhicule une forte espérance dans la continuation de la vie en un au-delà où l’amour peut être satisfait, le bonheur retrouvé

L'amour romantique ne se réduit pas au cliché habituel. Il existe incontestablement une idéalisation de l'amour : « La réduction de l'univers à un seul être, la dilatation d'un seul être jusqu'à Dieu, voilà l'amour » (Hugo, Les Misérables)

La Neuvaine de la Chandeleur :

« Il me semblait, dans mon délire, qu’une circonstance prochaine, presque aussi imprévue que celle qui m’avait montré ma fiancée imaginaire, ne tarderait pas à la ramener sous mes yeux ; je l’attendais, je croyais la rencontrer dans toutes les femmes inconnues que le hasard me faisait apercevoir de loin, et partout elle m’échappait comme dans le rêve où je l’avais vue. Cette succession perpétuelle d’illusions et de désabusements finit par prendre un ascendant funeste sur mon esprit »

« Mon illusion prenait un corps , ma chimère devenait une réalité ».

Si à l’origine de la conception du Grand Meaulnes semble avoir été un amour déçu d' Alain-Fournier, son amour pour Yvonne Brochet de Quiévrecourt qu’il rencontra à Paris, celle qui lui dit qu’elle s’appelait Yvonne de Galet comme l’héroïne de son roman, néanmoins, Alain-Fournier, quelques années avant de la rencontrer et après avoir fréquenté le cercle littéraire Symboliste en même temps que Fromentin, Gide, Claudel, Barrès, Laforgue, Jammes et Régnier, avait déjà conçu le dessein d’écrire un roman dont il modifia à plusieurs reprises le titre « Il était une bergère », « Les gens du domaine », « Le Pays sans nom », « Le Jour des Noces » pour retenir finalement le titre définitif du roman,- (peut-être après cette rencontre fatale avec Yvonne de Quiévrecourt)-, »Le Grand Meaulnes ». Chez cet auteur aussi l’idéal et le modèle féminin préexistèrent à son « incarnation » recherchée sûrement avec une ardeur tout à fait romantique. A l’époque de la parution du roman le romantisme connaissait un renouveau.

*(1) l'importance du masque, de la représentation évoque sûrement une représentation ou une procession soit tirée de l'antiquité classique soit médiévale (une sorte de Mystère lorsqu'il s'agit de thèmes religieux):

Gérard de Nerval, Sylvie "Un voyage à Cythère"( Les filles du feu Les chimères, éditions Garnier-Flammarion Paris 1965, (page 115)) :

Des jeunes gens appartenant aux vieilles familles qui possèdent encore là plusieurs de ces châteaux perdus dans les forêts, qui ont plus souffert du temps que des révolutions, avaient organisé la fête. De Chantilly, de Compiègne et de Senlis accouraient de joyeuse cavalcades qui prenaient place dans le cortège rustique des compagnies de l'arc. Après la longue promenade à travers les villages et les bourgs, après la messe à l'église, les luttes d'adresse et les distributions de prix, les vainqueurs avaient été conviés à un repas qui se donnait dans une île ombragée de peupliers et de tilleuls, au milieu de l'un des étangs alimentés par la Nonette et la Thève. Des barques pavoisées nous conduisirent à l'île, -dont le choix avait été déterminé par l'existence d'un temple ovale à colonnes qui devait servir de salle pour le festin. Là, comme à Ermenonville, le pays est semé de ces édifices légers de la fin du XVIIe siècle, où des millionnaires philosophes se sont inspirés dans leurs plans du goût dominant d'alors. Je crois bien que ce temple avait dû être primitivement dédié à Uranie. Trois colonnes avaient succombé emportant dans leur chute une partie de l'architrave; mais on avait déblayé l'intérieur de la salle, suspendu des guirlandes entre les colonnes, on avait rajeuni cette ruine moderne,- qui appartenait au paganisme de Boufflers et de Chaulieu plutôt qu'à celui d'Horace.

La traversée du lac avait été imaginée peut-être pour rappeler le Voyage à Cythère de Watteau. Nos costumes modernes dérangeaient seuls l'illusion. L'immense bouquet de la fête, enlevé du char qui le portait, avait été placé sur une grande barque; le cortège des jeunes filles vêtues de blanc qui l'accompagnent selon l'usage avait pris place sur les bancs, et cette gracieuse théorie renouvelée des jours antiques se reflétait dans les eaux calmes de l'étang qui la séparait du bord de l'île[...].

[...] Une surprise avait été organisée par les ordonnateurs de la fête. A la fin du repas, on vit s'envoler du fond de la vaste corbeille un cygne sauvage, jusque là captif sous les fleurs, qui, de ses fortes ailes, soulevant des lacis de guirlandes et de couronnes, finit par les disperser de tous côtés. Pendant qu'il s'élançait joyeux vers les dernières lueurs du soleil, nous rattrapions au hasard les couronnes dont chacun parait aussitôt le front de sa voisine. J'eus le bonheur de saisir une des plus belles (guirlandes), et Sylvie souriante se laissa embrasser cette fois plus tendrement que l'autre. Je compris que j'effaçais ainsi le souvenir d'un autre temps. Je l'admirai cette fois sans partage, elle était devenue si belle! Ce n'était plus cette petite fille de village que j'avais dédaignée pour une plus grande et plus faite aux grâces du monde. Tout en elle avait gagné: le charme de ses yeux noirs, si séduisants dès son enfance, était devenu irrésistible; sous l'orbite arquée de ses sourcils, sons sourire, éclairant tout à coup des traits réguliers et placides, avait quelque chose d'athénien.

Sylvie est une nymphe antique (Sylvie un prénom d'origine latine évoque les nymphes des arbres et des forêts)

Page 126

Aucune, Sylvie, qui ait votre regard et les traits purs de votre visage. Vous êtes une nymphe antique que vous ignorez.

Sylvie est une fille d'une beauté charnelle contrairement à Adrienne qui est une sirène, une fée ou un ange :

page 138

Ermenonville! pays où fleurissait encore l'idylle antique,-traduite une seconde fois d'après Gessner!tu as perdu ta seule étoile, qui chatoyait pour moi d'un double éclat. Tour à tour bleue et rose comme l'astre trompeur d'Aldebaran, c'était Adrienne ou Sylvie,- c'étaient les deux moitiés

d'un seul amour. L'une était l'idéal sublime, l'autre la douce réalité.[...] je souris parfois en lisant sur le flanc des granits certains vers de Roucher, qui m'avaient paru sublimes,- ou des maximes de bienfaisance au-dessus d'une fontaine ou d'une grotte consacrée à Pan.

Sulvie est la fileuse, la dentellière, celle qui tisse, qui attend patiemment Ulysse. Or, le narrateur, cet Ulysse là, a entendu le chant des sirènes et ne retrouve plu le chemin vers son Ithaque.


Page 106:

Réflexions

"Et puis..." (C'est ainsi que Diderot commençait un conte, me dira-t-on.)
-Allez toujours!
-Vous avez imité Diderot lui-même.
-Qui avait imité Sterne...
-Qui avait imité Swift.
-Qui avait imité Rabelais.
-Lequel avait imité Merlin Coccaïe...
-Qui avait imité Petrone...
-Lequel avait imité Lucien. Et Lucien en avait imité bien d'autres...Quand ce ne serait que l'auteur de l'Odyssée, qui faisait promener son héros pendant dix ans autour de la Méditerranée, pour l'amener enfin à cette fabuleuse Ithaque, dont la reine, entourée d'une cinquantaine de prétendants, défaisait chaque nuit ce qu'elle avait tissé le jour.
-Mais Ulysse a fini par retrouver Ithaque.

Adrienne est Mélusine la fée, elle en descend selon la légende d'après laquelle certains membres de la noblesse française descendent de la fée Mélusine épouse de Raymondin de Lusignan, lui-même fils du rois des Bretons et héritier des comtes de Poitou. Mais elle aussi s'ignore.

Elle a du sang de Valois dans son sang.

En effet, les sirènes sont d’abord citées par Homère dans l’Odysée.

Animaux fabuleux à corps de femme et queue de poisson, les Sirènes vivaient sur une île à proximité de Charybde et Scylla, un autre des nombreux dangers qu’Ulysse a dû affronter lors de son retour de Troie vers Ithaque, son domicile. Elles avaient la particularité de chanter d’une voix très attirante et irrésistible, amenant les marins qui les entendaient et qui tenaient à s’en approcher vers les écueils entourant leur île et conduisant les premiers à une mort certaine, une fois leur bateau fracassé sur les récifs.

Il n’y a pas toujours mortel péril à céder au chant d’une sirène. Jadis, bien avant le temps de Hugues 1er de Lusignan, qui vivait au monde vers l’an 900 de l’Incarnation, un jeune seigneur issu des comtes de Forez, qui avait nom Raymondin, rencontra près de la fontaine de Soif la fée Mélusine, qui sans vous mentir était une sirène ailée, son corps de femme étant pourvu d’ailes et d’une queue de poisson. Par son art de magie, Mélusine se présenta devant Raymondin sous le semblant d’une femme ordinaire, sans ailes d’oiseau ni queue de poisson. A peine l’eut –il vue que le jeune homme s’éprit d’elle follement. Or donc ils se marièrent, furent heureux et engendrèrenet dix fils dont plusieurs, mais pas tous, avaient eu au corps quelque laideur ou singularité. Cependant, toute fée qu’elle fût, Mélusine ne pouvait

Gérard de Nerval

Les Chimères

El Desdichado

Je suis le Ténébreux,-le veuf,-l’inconsolé,

Le prince d’Aquitaine à la tour abolie :

Ma seule étoile est morte,-et mon luth constellé

Porte le Soleil noir de la Mélancolie.

Dans la nuit du tombeau, toi qui m’as consolé,

Rends-moi le Pausilippe et la mer d’Italie,

La fleur qui plaisait tant à mon cœur désolé,

Et la treille où le pampre à la rose s’allie.

Suis-je Amour ou Phébus ?...Lusignan ou Biron ?

Mon front est rouge encore du baiser de la reine ;

J’ai rêvé dans la grotte où nage la sirène…

Et j’ai deux fois vainqueur traversé l’Achéron :

Modulant tour à tour sur la lyre d’Orphée

Les soupirs de la sainte et les cris de la fée.



Page 112:

Mon regard parcourait vaguement le journal que je tenais encore, et j'y lus ces deux lignes: "Fête du Bouquet provincial.-Demain, les archers de Senlis doivent rendre le bouquet à ceux de Loisy." Ces mots, fort simples, réveillèrent en moi toute une nouvelle série d'impressions: c'était un souvenir de la province depuis longtemps oubliée, un écho lointain des fêtes naïves de la jeunesse.- Le cor et les bois; les jeunes filles tressaient des guirlandes et assortissaient, en chantant, des bouquets ornés de rubans.-Un lourd chariot, traîné par des boeufs, recevait ces présents sur son passage, et nous, enfants de ces contrées, nous formions le cortège avec nos arcs et nos flèches, nous décorant du titre de chevaliers,- sans savoir alors que nous ne faisions que répéter d'âge en âge une fête druidique survivant aux monarchies et aux religions nouvelles.

Adrienne


Je regagnai mon lit et je ne pus y trouver le repos. Plongé dans une demi-somnolence, toute ma jeunesse repassait en mes souvenirs. [...]

Je me représentais un château du temps de Henri IV avec ses toits pointus couverts d'ardoises et sa face rougeâtre aux encoignures dentelées de pierres jaunies, une grande place verte encadrée d'ormes et de tilleuls, dont le soleil couchant perçait le feuillage de ses traits enflammés. Des jeunes filles dansaient en rond sur la pelouse en chantant de vieux airs transmis par leurs mères, et d'un français si naturellement pur que l'on se sentait bien exister dans ce vieux pays du Valois, où, pendant plus de mille ans, a battu le coeur de la France.
J'étais le seul garçon dans la ronde, où j'avais amené ma compagne toute jeune encore, Sylvie, une petite fille du hameau voisin, si vive et si fraîche, avec ses yeux noirs, son profil régulier et sa peau légèrement hâlée!...Je n'aimais qu'elle, je ne voyais qu'elle,-jusque- là! A peine avais-je remarqué, dans la ronde où nous dansions, une blonde, grande et belle, qu'on appelait Adrienne. Tout d'un coup, suivant les règles de la danse, Adrienne se trouva placée seule avec moi au milieu du cercle. Nos tailles étaient pareilles. On nous dit de nous embrasser , et la danse et le choeur tournaient plus vivement que jamais. En lui donnant ce baiser, je ne pus m'empêcher de lui presser la main. Les longs anneaux roulés de ses cheveux d'or effleuraient mes joues. De ce moment, un trouble inconnu s'empara de moi.- La belle devait chanter pour avoir le droit de rentrer dans la danse. On s'assit autour d'elle, et aussitôt, d'une voix fraîche et pénétrante, légèrement voilée, comme celle des filles de ce pays brumeux, elle chanta une de ces anciennes romances pleines de mélancolie te d'amour, qui racontent toujours les malheurs d'une princesse enfermée dans sa tour par la volonté d'un père qui la punit d'avoir aimé. la mélodie se terminait à chaque stance par ces trilles chevrotants que font valoir si bien les voix jeunes, quand elles imitent par un frisson modulé la voix tremblante des aïeules.

A mesure qu'elle chantait, l'ombre descendait des grands arbres, et le clair de lune naissant tombait sur elle seule, isolée de notre coeur attentif.-Elle se tut, et personne n'osa rompre le silence. La pelouse était couverte de faibles vapeurs condensées, qui déroulaient leurs blancs flocons sur les pointes des herbes. Nous pensions être en paradis.- Je me levai enfin, courant au parterre du château, où se trouvaient les lauriers, plantés dans de grands vases de faïence peints en camaïeu. Je rapportai deux branches, qui furent tressées en couronne et nouées d'un ruban. Je posai sur la tête d'Adrienne cet ornement, dont les feuilles lustrées éclataient sur ses cheveux blonds aux rayons pâles de la lune. Elle ressemblait à la Béatrice de Dante qui sourit au poète errant sur la lisière des saintes demeures.
Adrienne se leva. développant sa taille élancée, elle nous fit un salut gracieux, et rentra en courant dans le château.- C'était, nous dit-on, la petite-fille de l'un des descendants d'une famille alliée aux anciens rois de France; le sang des Valois coulait dans ses veines. Pour ce jour de fête, on lui avait permis de se mêler à nos jeux; nous ne devions plus la revoir, car le lendemain elle repartit pour un couvent où elle était pensionnaire.
Quand je revins près de Sylvie, je m'aperçus qu'elle pleurait. La couronne donnée par mes mains à la belle chanteuse était le sujet de ses larmes. Je lui offris d'en aller cueillir une autre, mais elle dit qu'elle n'y tenait nullement, ne la méritant pas. Je voulus en vain me défendre, elle ne me dit plus un seul mot pendant que je la reconduisais chez ses parents.

[...]

La figure d'Adrienne resta triomphante,-mirage de la gloire et de la beauté, adoucissant ou partageant les heures des sévères études. Aux vacances de l'année suivante, j'appris que cette belle à peine entrevue était consacrée par sa famille à la vie religieuse.

Lors d'une autre fête qui a lieu dans l'abbaye de Châalis il assiste à un spectacle, une représentation des mystères dans "anciens temps" où figure à nouveau parmi d'autres pensionnaires d'un couvent voisin Adrienne. Page 124:

Nous étions des intrus, le frère de Sylvie et moi, dans la fête particulière qui avait lieu cette nuit-là. Une personne de très illustre naissance, qui possédait alors ce domaine, avait eu l'idée d'inviter quelques familles du pays à une sorte de représentation allégorique où devaient figurer quelques pensionnaires d'un couvent voisin. Ce n'était pas une réminiscence des tragédies de Saint-Cyr, cela remontait aux premiers essais lyriques importées en France du temps des Valois. Ce que je vis jouer était comme un mystère des anciens temps. Les costumes, composés de longues robes, n'étaient variés que par les couleurs de l'azur, de l'hyacinthe ou de l'aurore. La scène se passait entre les anges, sur les débris du monde détruit. Chaque voix chantait une des splendeurs de ce globe éteint, et l'ange de la mort définissait les causes de sa destruction. Un esprit montait de l'abîme, tenant en main l'épée flamboyante, et convoquait les autres à venir admirer la gloire du Christ vainqueur des enfers. Cet esprit c'était Adrienne transfigurée par son costume, comme elle l'était déjà par sa vocation. le nimbe de carton doré qui ceignait sa tête angélique nous paraissait bien naturellement un cercle de lumière; sa voix avait gagné en force et en étendue, et les fioritures infinies du chant italien brodaient de leurs gazouillements d'oiseau les phrases sévères d'un récitatif pompeux.


Page 141 "Chansons et légendes du Valois"
La belle y est tantôt un vampire tantôt une femme-poisson ou une femme sirène ou les deux à la fois: page 145

Le beau Lautrec, l'amant de cette noble fille, revient de Palestine au moment où on la portait en terre. In rencontre l'escorte sur le chemin de Saint-Denis. Sa colère met en fuite prêtres et archers, et le cercueil reste en son pouvoir. "Donnez-moi, dit-il à sa suite, donnez-moi mon couteau d'or fin, que je découse ce drap de lin!" Aussitôt délivrée de son linceul, la belle revient à la vie. Son amant l'enlève et l'emmène dans son château au fond des forêts. Vous croyez qu'ils vécurent heureux et que tout se termina là; mais une fois plongé dans les douceurs de la vie conjugale, le beau Lautrec n'est plus qu'un mari vulgaire, il passe tout son temps à pêcher au bord de son lac, si bien qu'un jour sa fière épouse vient doucement derrière lui et le pousse résolument dans l'eau noire, en lui criant:

Va t'en vilain pêche-poissons,- Quand ils seront bons -Nous en mangerons.

Propos mystérieux dignes d'Arcabonne et de Mélusine.
[...] Il y a dans cette conclusion bizarre quelque chose qui frappe involontairement l'esprit, et qui laisse douter si le poète a voulu finir par un trait de satire, ou si cette belle morte que Lautrec a tirée de son linceul n'était pas une sorte de femme vampire, comme les légendes nous en présentent souvent.

Page 148

La reine des poissons

[...]

Le lendemain d'un de ces jours-là, le petit bûcheron dit à la pêcheuse: "te souviens-tu qu'hier je t'ai vue passer là-bas dans les eaux de Challepont avec tous les poissons qui te faisaient cortège...jusqu'aux carpes et aux brochets; et tu étais toi-même un beau poisson rouge avec les côtés tout reluisants d'écailles en or."
-Je m'en souviens bien, dit la petite fille, puisque je t'ai vu, toi qui étais sur le bord de l'eau, et que tu ressemblais à un beau chêne vert, dont les branches d'en haut étaient d'or..., et que tous les arbres du bois se courbaient jusqu'à terre en te saluant."

[...]

Nous nous arrêtons dans ces citations si incomplètes, si difficiles à faire comprendre sans la musique et sans la poésie des lieux et des hasards, qui font que tel ou tel de ces chants populaires se grave ineffaçablement dans l'esprit. [...] Malheureusement on les entend répéter plus souvent aujourd'hui les romances à la mode, platement spirituelles, ou même franchement incolores, variées sur trois ou quatre thèmes éternels. Il serait à désirer que de bons poètes modernes missent à profit l'inspiration naïve de nos pères, et nous rendissent, comme l'ont fait les poètes d'autres pays, une foule de petits chefs-d'oeuvre qui se perdent de jour en jour avec la mémoire et la vie des bonnes gens du temps passé.


Malgré les références à une antiquité classiques les références à l'art et aux croyances gothiques et celtes sont omniprésentes dans cet ouvrage:

page 112

et nous, enfants de ces contrées, nous formions le cortège avec nos arcs et nos flèches, nous décorant du titre de chevaliers,- sans savoir alors que nous ne faisions que répéter d'âge en âge une fête druidique survivant aux monarchies et aux religions nouvelles.

page 118

La lune se cachait de temps à autre sous les nuages, éclairant à peine les roches de grès sombre et les bryères qui se multipliaient sous mes pas. A droite et à gauche, des lisières de forêts sans routes tracées, et toujours devant moi ces roches druidiques de la contrée qui gardent le souvenir des fils d'Armen exterminés par les Romains!

Page 119

Au-delà, le manoir gothique de Pontarmé, entouré d'eau comme autrefois, refléta bientôt les premiers feux du jour, tandis qu'on voyait se dresser au midi le haut donjon de la Tournelle et les quatre tours de Bertrand-Fosse sur les premiers coteaux de Montméliant.

Le thème de la nuit et de la lumière lunaire, le mystère aussi, sont associés à Adrienne et aux références au gothique tandis que les références à Sylvie et à l'antiquité grecque sont assorties à la lumière du jour, à la naïveté, à la joie liée aux activités ordinaires et diurnes des habitants des hameaux avoisinants.

Ulysse a fini par retrouver Ithaque mais le héros romantique ne cherche pas à retrouver son Ithaque même si le bon sens lui indique que c'est là le véritable bonheur pour lui. Or, il ne cherche pas le bonheur, il ne cherche que le voyage, le périple aussi périlleux puisse-t-il être sans craindre de tomber sous le charme ensorcelant des différentes sirènes qu'il risque de rencontrer sur son passage, bien au contraire c'est ce qu'il recherche.

Page 139:

Le sourire athénien de Sylvie illumine ses traits charmés. Je me dis: "Là était le bonheur peut-être; cependant..."
Je l'appelle quelquefois Lolotte, et elle me trouve un peu de ressemblance avec Werther, moins les pistolets, qui ne sont plus de mode.

Les références à la soif mélancolique de l'idéel allemande et à Goethe ne manquent pas dans ce recueil par ailleurs:
page 143-4:

Est-ce donc la vraie poésie , est-ce la soif mélancolique de l'idéal qui manque à ce peuple pour comprendre et produire des chants dignes d'être comparés à ceux de l'Allemagne et de l'Angleterre? Non, certes; mais il est arrivé qu'en France la littérature n'est jamais descendue au niveau de la grande foule; les poètes académiques du XVIIe et du XVIIe siècle n'auraient pas plus compris de telles inspirations que les paysans n'eussent admiré leurs odes, leurs épîtres et leurs poésies fugitives, si incolores, si gourmées. Pourtant comparons encore la chanson que je vais citer à tous ces bouquets à Chloris qui faisaient vers ce temps l'admiration des belles compagnies.

Quand Jean Renaud de la guerre revint, -Il en revint triste et chagrin;-Bonjour, ma mère.-Bonjour, mon fils!- Ta femme est accouchée d'un petit.
Allez, ma mère, allez devant, -Faites-moi dresser un beau lit bas- Que ma femme ne l'entende pas!

Et quand ce fut vers le minuit,- Jean Renaud a rendu l'esprit.


Ici la scène de la ballade change et se transporte dans la chambre de l'accouchée:

Ah! dites, ma mère, ma mie,- ce que j'entends pleurer ici? - Ma fille, ce sont les enfants- Qui se plaignent du mal de dents.
Ah! Dites, ma mère, ma mie, - Ce que j'entends clouer ici?-Ma fille, c'est le charpentier,-Qui raccommode le plancher!

Mais dites, ma mère, ma mie, - Ce que j'entends chanter ici? - Ma fille c'est la procession- Qui fait le tour de la maison!

Mais dites, ma mère, ma mie, -Pourquoi donc pleurez-vous ainsi? - hélas! je ne puis le cacher;-C'est Jean Renaud qui est décédé.

Ma mère! dites au fossoyeux- Qu'il fasse la fosse pour deux,- Et que l'espace y soit si grand, -Qu'on y renferme aussi mon enfant!

Ceci ne le cède en rien aux plus touchantes ballades allemandes, il n'y manque qu'une certaine exécution de détail qui manquait aussi à la légende primitive de Léonore et à celle du roi des Aulnes, avant Goethe et Bürger.

Cependant, le romantisme ne semble pas nier le retour au classicisme; en réalité il y a une assez savante combinaison des deux arts, de l'art gothique et de l'art antique classique pour créer un nouvel art, l'art romantique. Ce fut le cas également durant l'époque de la Renaissance où notamment l'on remarque ce savant mélange qui sait se faire style à part dans l'architecture.


Le voyage de Goethe en Italie est considéré comme la naissance du classicisme allemand. Sa rencontre avec l'art antique est pour Goethe une expérience décisive. Mais ce qui se cache derrière cela est typique de la pensée allemande: le renouvellement de la culture à l'ère moderne doit naître de l'esprit de l'Antiquité. Nous retrouvons cette idée chez Nietzsche aussi. Goethe est à la recherche d'une synthèse de l'Antiquité et de l'ère moderne. Jusqu'alors, la "Querelle des anciens et des modernes" n'avait pas encore connu cette dialectique. Nous avons donc affaire à une compréhension dynamique du classicisme. Pour Goethe, la "beauté» est la plus haute présence, elle est immédiate et donc une forme de vie puissante. La "beauté» est un principe vital, elle accentue l'existence de l'homme, elle le stimule et ancre l'homme en son for intérieur. On comprend donc l'importance de la rencontre entre le célèbre personnage de Goethe, Faust, et l'antique Hélène. Car Hélène est l'essence même de la beauté.

Le but du classicisme allemand est l'homme pleinement accompli. Le classicisme tente d'unir les idéaux de la raison et de la clarté de l'Aufklärung aux idéaux de naturel, de vie et d'intuition du Sturm und Drang. Le classicisme veut harmoniser, réconcilier les sphères séparées dans lesquelles nous pensons et existons. Il s'agit donc de la réconciliation d'antagonismes tels qu'individu et société, liberté et nécessité, tradition et progression, art et nature, intellect et sensualité. Cette union réussie apparaît plus particulièrement dans les Élégies, que Goethe composa à son retour de Rome.

Goethe, Élegie V

Sur le sol classique, je me sens joyeux et inspiré. Le présent, le passé me tiennent un langage plus clair et plus séduisant. Je prends un plaisir toujours croissant à feuilleter au long des jours, d'une main assidue, les oeuvres des Anciens. Mais l'Amour au cours des nuits m'impose d'autres travaux: j'y gagne de n'être instruit qu'à demi, mais doublement heureux. Et n'est-ce pas m'instruire que de suivre les contours d'un sein charmant, de promener ma main sur les rondeurs des hanches? Alors seulement je comprends les marbres; je réfléchis et je compare; des yeux je palpe les reliefs, de la main je vois les contours. La bien-aimée me dérobe, il est vrai, quelques heures du jour, mais elle me donne en revanche les heures de la nuit. Et puis, on ne s'embrasse pas toujours, on échange aussi des paroles sensées. Quand elle cède au sommeil, couché près d'elle je suis le cours de mes pensées. Souvent aussi j'ai dans ses bras composé des poèmes, et sur son épaule j'ai scandé d'un doigt léger les rythmes de l'hexamétre.

Goethe a travaillé pendant soixante ans à son Faust. Ainsi, on ne peut pas le qualifier d'oeuvre du classicisme allemand car Goethe a commencé à concevoir Faust lors de sa phase Sturm und Drang et a terminé la deuxième partie du drame seulement un an avant sa mort. Faust est un savant qui a étudié toutes les sciences imaginables mais qui cependant demeure insatisfait de ses études. Le rationalisme aride n'étanche pas sa soif de connaissance. Il conclut un pacte avec le diable Méphistophélès, qui en retour s'engage à lui faire découvrir le monde. Méphistophélès a parié avec Dieu qu'il réussira à s'approprier Faust.

Dans Sylvie entre Adrienne et Sylvie qui se complètent absolument comme la clarté de la beauté du classicisme antique complète le concept gothique de Sturm und Drang une troisième femme, une comédienne que le narrateur prend au début pour Adrienne, Aurélie.

page 109

Nuit perdue

Je sortais d'un théâtre où tous les soirs je paraissais aux avant-scènes en grande tenue de soupirant. [...] Indifférent au spectacle de la salle, celui du théâtre ne m'arrêtait guère,- excepté lorsqu'à la seconde ou à la troisième scène d'un maussade chef-d'oeuvre d'alors, une apparition bien connue illuminait l'espace vide, rendant la vie d'un souffle et d'un mot à ces vaines figures qui m'entouraient.
Je me sentais vivre en elle, et elle vivait pour moi seul. Son sourire me remplissait d'une béatitude infinie; la vibration de sa voix si douce et cependant fortement timbrée me faisait tressaillir de joie et d'amour. Elle avait pour moi toutes les perfections, elle répondait à tous mes enthousiasmes, à tous mes caprices,-belle comme le jour aux feux de la rampe qui l'éclairait d'en bas, pâle comme la nuit, quand la rampe baissée la laissait éclairée d'en haut sous les rayons du lustre et la montrait plus naturelle, brillant dans l'ombre de sa seule beauté, comme les Heures divines qui se découpent, avec une étoile au front, sur les fonds bruns des fresques d'Herculanum!

Toujours le même thème de la représentation, du jeu théâtral qui revient jusqu'à devenir un but en soi. La représentation pour la représentation, le jeu théâtral pour le plaisir du jeu théâtral.

Page 137 Aurélie dit au narrateur:

-Vous ne m'aimez pas! Vous attendez que je vous dise: La comédienne est la même que la religieuse; vous cherchez un drame, voilà tout, et le dénouement vous échappe. Allez, je ne vous crois plus!

Encore dans Les filles du Feu, Isis, Gérard de Nerval défend l’idée de l’universalité des grands concepts religieux, la mythologie antique concernant les mystères d’Eleusis autour du mythe de la déesse Déméter et de sa fille qui meurt et se ressuscite à chaque nouveau printemps mais comme un préambule dans un monde pas encore prêt à accepter l’accomplissement de ces concepts et leur apogée dans le génie du christianisme.

Page 197

Est-ce l’Iacchus_Jésus des Mystères d’Eleusis, plus grand déjà, et s’élançant des bras de Déméter, la déesse panthée ? ou plutôt n’est-il pas vrai qu’il faut réunir tous ces modes divers d’une même idée, et que ce fut toujours une admirable pensée théogonique de présenter à l’adoration des hommes une Mère céleste dont l’enfant est l’espoir du monde ?

[…]

Voilà le culte oriental, primitif et postérieur à la fois aux fables de la Grèce, qui avait fini par envahir et absorber peu à peu le domaine des dieux d’Homère. Le ciel mythologique rayonnait d’un trop pur éclat, il était d’une beauté trop précise et trop nette, il respirait trop le bonheur, l’abondance et la sérénité, il était, en un mot, trop bien conçu au point de vue des gens heureux, des peuples riches et vainqueurs, pour s’imposer longtemps au monde agité et souffrant.-Les Grecs l’avaient fait triompher par la victoire dans cette lutte presque cosmogonique qu’Homère a chanté, et depuis encore la force et la gloire des dieux s’étaient incarnées dans les destinées de Rome ; -mais la douleur et l’esprit de vengeance agissaient sur le reste du monde, qui ne voulait plus s’abandonner qu’aux religions du désespoir.- La philosophie accomplissait d’autre part un travail d’assimilation et d’unité morale ; la chose attendue dans les esprits se réalisa dans l’ordre des faits. Cette Mère divine, ce Sauveur, qu’une sorte de mirage prophétique avait annoncés çà et là d’un bout à l’autre du monde, apparurent enfin comme le grand jour qui succède aux vagues clartés de l’aurore.

Or, Adrienne plus assortie au génie du christianisme que Sylvie qui incarne davantage les valeurs esthétiques et morales de l’antiquité grecque est tour à tour comédienne, religieuse, sirène et sorcière. Le lecteur ne peut l’associer exactement aux valeurs d’une Sainte Vierge.

Il semble que ce qui attira le plus le poète que fut Gérard de Nerval dans le génie du christianisme c’est plus l’inspiration pleine de verve qui lui vient de la mythologie développée au Moyen Age autour des thèmes religieux que la religion en elle-même. Le génie du christianisme c’est l’inspiration poétique débridée beaucoup plus riche et torturée beaucoup moins placide , pondérée, raisonnable, « ouvrière » et nette de la mythologie antique. Attribue-t-il une sorte d’inspiration divine au génie du christianisme ? La muse « chrétienne » semble revêtue de bien plus d’attraits surnaturels que les nymphes bien plus « humaines » des bosquets et des forêts grecs. Or, seule l’association des deux inspirations poétiques peut mener à la pure beauté selon Gérard de Nerval. Le travail « ouvragé » du poète prend son envol grâce à l’imagination fertile et débridée de la mythologie moyenâgeuse.

Gérard de Nerval grandit dans le château de Mortefontaine près d'Ermenonville dans le Valois: un long bâtiment flanqué d'une tourelle où une pièce d'eau servait de miroir au ciel.Ses rêveries commencèrent là; replié sur l'imaginaire dès qu'il comprendra qu'il ne reverra jamais sa mère morte en Silésie. Il pensera que cette fièvre qu'elle avait prise en traversant un pont chargé de cadavres est cette même fièvre qui s'empare de son esprit à intervalles périodiques.

C'est à Mortefontaine que Sophie Dawes, la baronne de Feuchères lui apparaîtra. Il s'agit d'Adrienne de ses récits.

Plus tard, lorsqu'il ira danser aux fêtes de la St-Bathélemy au bal de Loisy, c'est avec une certaine Sylvie dont il parlera dans ses récits en prose.

"Le rêve est une seconde vie" écrit-il.

En 1830, au côté de Théophile Gaitier et d'autres, dont Petrus Borel l'écrivain républicain surnommé Le Lycanthrope, il assiste à la bataille d'Hernani et boit du punch dans des têtes de mort. Ils admirent Hugo et ses souviennent de Napoléon fiévreusement. C'est l'effervescence gothique, la gaieté putride. On va aux catacombes, on se promène au Père Lachaise, on voit sous la parure des femmes le squelette.

Avec Gautier, il a sans doute en commun cette idéalité de la femme et de la mort, le goût de l'onirisme, voir de l'ésotérisme, du théâtre et celui des voyages. Gautier tombe amoureux de la danseuse Carlotta Grisi et esquisse pour elle le thème du ballet "Gisèle"; Nerval s'éprend d'une cantatrice. Amis leur vie durant, ils écriront, solidaires, des chapitres du feuilleton de la presse, se relayant l'un l'autre.

Gérard court les théâtres et s'enflamme pour Jenny Colon, cantatrice aux variétés. Jenny devient Aurélia dans ses rêves. Elle mettra de nombreux enfants au monde une fois devenue l'épouse du flûtiste Leplus mais elle meurt épuisée des maternités et de ses tournées successives en 1842. Transformée en héroïne romantique, il l'aima, l'imagina surtout, mais cette liaison où il demeurera impuissant servira de point d'appui à sa mythologie, sera le lien et la chaîne de ses souvenirs chimériques.

Il libère son esprit de l'asservissement au quotidien et de la réalité brute à laquelle il se plie dans la fréquentation des illuminés: initiation à la franc-maçonnerie, plongée dans la culture ésotérique. Démarches, quêtes d'un perpétuel adolescent dans le monde moderne. Sa culture est immense.

Son versant noir, nocturne, romantique, ésotérique est tout aussi important. Lumière et ombre, grandeur tragique de Dante, voie allemande du côté d'Hoffman. Il passe vite pour un illuminé dont la raison s'est égarée en Allemagne, dans les sociétés secrètes et les symboles orientaux.

En 1834, il retrouve Alexandre Dumas en Allemagne, qui écrira parlant de lui "qu'il était un esprit charmant, distingué, chez lequel de temps en temps un certain phénomène se produisait qui par bonheur (ils l'espéraient tous) n'était pas inquiétant. Tantôt il est roi d'Orient il a retrouvé le sceau qui invoque les esprits, il attend la reine de Saba, et alors, il n'est nul conte qui vaille ce qu'il raconte à ses amis...qui ne savent s'il doivent le plaindre ou l'envier. Un jour, il se croit fou et raconte comment il l'est devenu et avec un si joyeux entrain, que chacun désire le devenir pour suivre ce guide...tantôt c'est la mélancolie qui devient sa muse, alors retenez vos larmes, si vous pouvez, car jamais Werther, jamais René, jamais Anthony n'ont eu plaintes plus poignantes, sanglots plus douloureux, paroles plus tendres, cris plus prophétiques..."

En 1840, il revoit Jenny Colon;femme d'un autre, elle est toujours Aurélia.

En Belgique, un jour de Noël alors qu'elle interprète le rôle d'Isabelle dans "Robert le Diable" de Meyerber, cette représentation l'impressionne par son côté spectral; des nonnes sortent de leur tombe et errent des flambeaux à la main. Il puisera là encore des thèmes qui lui sont chers.

Son monde intérieur est théâtre. le symbole alchimique est comme le double spirituel d'une opération. C'est cela qui a attiré Nerval. Son livre de chevet, un ouvrage du religieux Bénédictin Dom Pernety présente le théâtre alchimique à travers les couleurs.

Cette correspondance d'une couleur pour chaque divinité de la mythologie egypto-grecque séduit l'imagination de Nerval. En lisant Pernety, Nerval se rencontre lui-même.

El Desdichado et Artemis écrits à l'encre rouge, furent adressés à Alexandre Dumas le 14 novembre 1853. Le poète, ici est alchimiste. Le 15 novembre, il recopie à l'encre rouge le poème "A Victor Hugo qui m'avait donné son livre du Rhin".

Nerval lecteur de Pernety savait que le rouge correspond au stade ultime de l'oeuvre, celui de la fixation. Il écrit également à l'encre rouge, une lettre au docteur Emile Blanche..." mes épreuves sont terminées, et pour parler comme les initiés: j'ai déposé les clefs d'Osiris sur l'hôtel de la sagesse".

A ce moment, il semble vouloir indiquer qu'il a atteint son but, que sa carrière, son oeuvre, sont achevés. Il a à sa manière accompli le grand oeuvre.

Antonin Artaud note que les anciens écrivains alchimiques nourrissaient pour les termes de théâtre une affection particulière. Le symbole est théâtral. Nerval est fasciné par le théâtre.

Gérard de Nerval a beaucoup admiré Goethe. En 1826-1827 il traduit le Faust. Cette traduction lui vaut une renommée immédiate: présenté à Hugo, lié à Célestin Nanteuil et Pétrus Borel.

Or, l'oeuvre de Goethe s'était alignée sur le modèle esthétique de Nietzsche. Nietzsche avait beaucoup cru en la culture grecque; il avait cru en la regénérescence culturelle sur le modèle de la tragédie grecque, de la douleur. Nietzsche parla surtout de puissance mais non de pouvoir qui est une forme de puissance exercée sur les autres. Il fut très influencé par la musique qui exprime quelque chose du monde sans avoir besoin de recourir au langage, aux mots. Il la considérait comme l'expression d'une vérité intense et immatérielle. Un remède contre un symptôme pathologique d'après lui,- (car il voyait dans toute manifestations de la sensibilité et du monde psychique des symptômes d'une pathologie générale)-,destiné à tous ceux que la répétition d'un jour après l'autre avait épuisés.

Nous retrouvons cette fascination pour le chant et la musique et l'aversion d'une façon d'utiliser le langage qu'il nommait "phraser" chez Gérard de Nerval:

"Nous sommes tous d'anciens perroquets prétendait-il et les perroquets étaient des hommes enchantés"

L'influence d'Hoffman


La vision des Encyclopédistes du siècle des Lumières est une vision purement technique. Le corps est conçu comme un mécanisme extrêmement simple: la pensée se construit à partir de choses que l'on connaît. Or, c'est à partir du XVIIe siècle que l'horloge devient un objet extrêmement commun. Elle est bien réglée, réglable, perfectible; le temps est un temps mesurable grâce aux mathématiques.

Grâce aux mathématiques l'on mesure ce qui peut être connu.

Le monde est comparable à une horloge tandis que l'homme lui-même est une machine. Le monde ets donc conçu sous cet angle comme quelque chose de réglé, de réglable, de mesurable, de perfectible et ceci sans limitation possible.

Voltaire dit que Dieu est un grand horloger.

on voit à ses débuts la circulation du sang, on compare le coeur à une horloge. Tout se conçoit à partir d'images connues. En même temps l'Univers devient un immense mécanisme.

Les instants du Temps se valent. L'approche de la Temporalité est quantifiée. L'Univers devient un modèle vivant de cette immense horloge cosmique. D'où la nécessité de désacraliser le Cosmos pour en découvrir les mécanismes et les rouages.

Tout ce qui est "archaïque" (du mot grec "archi" début, commencement ou pouvoir, que l'on retrouve dans le mot Monarque, monarchie) n'est plus déterminent, il devient une entrave au progrès.

Les Encyclopédistes se tournent contre l'attachement au Passé, aux Traditions, aux "superstitions".

Or, le but de ce progrès n'en est pas défini. Comment donc peut-on définir qu'il y a progrès (par rapport à quoi?) si le but n'en est pas défini?

Indéterminisme du discours de la liberté et de l'autonomie, accélération de la libération des entraves vers cette marche effrénée vers l'avant.

Idée profondément utopique.

Le bourgeois ne veut plus rien savoir d'un monde où il continue à être considéré comme pécheur, misérable et impuissant, contraint par la grâce d'un homme de Dieu. Il dit alors qu'au fond il n'y a pas de péché originel. S'il s'en libère il sera libre de grandir et de devenir Dieu lui-même. Est-ce que le mal vient de l'homme lui-même? L'idée de l'homme naturellement bon va donc prendre naissance.

Mais comment expliquer le mal social? le mal et le bien viennent-ils de l'homme ou pas?

Différentes théories prennent naissance à partir de là.

Le progrès est conçu comme productif quantitativement, il devient synonyme d'industrie au cours du XIXe siècle qui tire son origine du progrès technologique, mécanique. Le progrès technologique se substitue à la guerre et contribue à l'uniformisation plus qu'à l'unification ou à la paix en donnant fin à la particularité, à l'individu(el) à la subjectivité. La loi se substitue à l'homme et le pouvoir devient impersonnel.

Historiquement, au cours des XVIIe-XVIIe siècle, le mot Progrès est synonyme de Raison Pure.

Dans le courant du XIXe siècle l'idée de la Science remplace l'idée de la Raison Pure.

Au cours du XXe siècle, après les désillusions de deux grandes guerres et les dégâts de la bombe atomique cet optimisme initial lié à l'idée de progrès est apparu naïf mais l'idée même a survécu.

L'avenir est toujours porteur de plus d'espoir.

Nous retrouverons l'idée de l'homme mécanique, de l'automate, chez Hoffman dans ses contes fantastiques. Ainsi, dans son conte fantastique "L'Homme au Sable":


Nathanaël s'éprend d'un automate plus vrai que nature fabriqué par un professeur de physique, le célèbre naturaliste Spalanzani qui le fait passer pour sa fille Olympia.

Dernièrement, en montant à son appartement, je m'aperçus qu'un rideau, qui est ordinairement tiré sur une porte de verre, était un peu écarté. J'ignore moi-même comme je vins à regarder à travers la glace. Une femme de la plus riche taille; magnifiquement vêtue, était assise dans sa chambre, devant une petite table sur laquelle ses deux mains étaient appuyées. Elle était vis-à-vis de la porte, et je pouvais contempler ainsi sa figure ravissante. Elle sembla ne pas m'apercevoir, et en général ses yeux paraissaient fixes, je dirais même qu'ils manquaient des rayons visuels; c'était comme si elle eût dormi les yeux ouverts.

[...]

On repandait le bruit que Spalanzani laisserait paraîtr, pour la première fois, sa fille Olympia qu'il avait cachée jusqu'alors, avec une sollicitude extrême à tous les yeux. Nathanaël trouva chez lui une invitation et se rendit, [...] Olimpia parut dans un costume d'une richesse extrême et d'un goût parfait. On ne pouvait se défendre d'admirer ses formes et ses traits. Ses épaules, légèrement arrondies, la finesse de sa taille qui ressemblait à un corsage d'une guêpe, avaient une grâce extrême, mais on remarquait quelque chose de mesuré et de raide dans sa demarche qui excita quelques critiques. On attribua cette gêne à l'embarras que lui causait le monde[...]

Olimpia joua du piano avec une habileté sans égale, et elle dit un air de bravoure, d'une voix si claire et si argentine, qu'elle ressemblait au son d'une cloche de cristal. Nathanaël était plongé dans un ravissement profond; il se trouvait placé aux derniers rangs des auditeurs; et l'éclat des bougies l'empêchait de bien reconnaître les traits d'Olimpia. Sans être vu, il tira la lorgnette de Coppola, et se mit à contempler la belle cantatrice. Dieu! quel fit son délire! il vit alors que les regards pleins de désir de la charmante Olimpia cherchaient les siens, et que les expressions d'amour de son chant semblaient s'adresser à lui. [...]il ne put s'empêcher de crier dans son extase:Olimpia! Olimpia!

[...]

il avait pris place auprès d'Olimpia, et, sa main dans la sienne, il lui parlait de son amour en termes exaltés que personne ne pouvait comprendre, ni Olimpia, ni lui-même. Cependant, elle le regardait invariablement dans les yeux, et soupirant avec ardeur, elle faisait sans cesse entendre ces exclamations: Ah! ah! ah!

[...]

Il montait déjà les dégrés, et il se trouvait sous le vestibule, lorsqu'il entendit un singulier fracas. le bruit semblait venir de la chambre d'étude de Spalanzani: un trépignement, des craquements, des coups sourds, frappés contre une porte, et entremêlés de malédictions et de jurements.-Lâcheras-tu!lâcheras-tu infâme! misérable! Après y avoir sacrifié mon corps et ma vie!-Ah!ah!ah!ah! Ce n'était pas là notre marché. Moi, j'ai fait les yeux!

-Moi, les rouages!

-Maudit chien!

-Misérable horloger!

-Eloigne-toi, satan!

-Arrête, vil manoeuvre!

-Bête infernale! t'en iras-tu?

-Lâcheras-tu?

C'était la voix de Spalanzani et celle de l'horrible Coppelius, qui se mêlaient et tonnaient ensemble. Nathanaël, saisi d'effroi, se précipita dans le cabinet. le professeur avait pris un corps de femme par les épaules, l'Italien Coppola le tenait par les pieds, et ils se l'arrachaient, et ils le tiraient d'un côté et de l'autre, luttant avec fureur pour le posséder.

Coppola c'est l'Homme au Sable, l'infernal Coppelius qui avait causé la mort accidentelle du père de Nathanaël au cours de leurs expérimentations, lequel, poursuivi par la Police s'était réfugié en Italie pour y continuer à mener ses activités clandestines sous une fausse identité.

Ces activités de même que le personnage acquièrent aux yeux de Nathanaël une dimension démoniaque qui souligne le caractère satanique et blasphématoire de cette volonté de se substituer à Dieu, de devenir Dieu, de créer des êtres humains.

Clara éprouvait un éloignement profond pour ces idées mystiques, mais elle s'efforçait vainement de les réfuter. Seulement, lorsque Nathanaël démontrait que Coppelius était le mauvais principe qui s'était attaché à lui depuis le moment où il s'était caché derrière un rideau pour l'observer, et que ce démon ennemi troublerait leurs heureuses amours d'une manière cruelle, Clara devenait tout à coup sérieuse, et disait: Oui, Nathanaël, Coppelius est un principe ennemi qui troublera notre bonheur, si tu ne le bannis de ta pensée: sa puissance est dans ta crédulité.

Nathanaël, irrité de voir Clara rejeter l'existence du démon, et d'attribuer à la seule faiblesse d'âme, voulut procéder à ses preuves par toutes les doctrines mystiques de la Daemonologie;

Chose encore plus grave, lui-même, en tant qu'être humain il est traité par Coppelius de "petite bête". L'accent est mis sur l'avilissement de la nature humaine suite à la désacralisation de sa nature telle qu'elle avait été conçue par les théologiens et par l'Eglise. L'homme n'est considéré par les Encyclopédistes que comme une sorte d'animal parmi tant d'autres.

Cependant, tous les philosophes du siècle des Lumières parmi les précursuers de la Révolution, ne furent pas du même avis. Ainsi, à titre d'exemple, Rousseau s'oppose à la doctrine de Voltaire et des autres Encyclopédistes.

Rousseau s'inscrit dans une tout autre ligne de pensée. Il suit le courant primitiviste qui se tourne vers l'image du bon sauvage. C'est l'idée de l'Age d'Or, du paradis perdu. L'histoire est perçue de façon linéaire et inclinée vers le bas. Or, il ne s'agit pas de la chute d'un paradis céleste mais bien au contraire, d'un paradis céleste. On retrouve la même idée dans la mythologie gréco-latine.

L'idéologie chrétienne, celle par exemple d'un Saint Augustin est bien plus optimiste. Saint Augustin part de l'idée de la chute d'un paradis pour aboutir à une conception de l'unification de l'humanité vers un objectif dans un seul mouvement, vers le haut et non vers le bas.

L'idée qui y est mise en perspective est celle d'une humanité qui dans ses différents mouvements cycliques, dans ses différentes cultures, va être conduite de par la volonté divine vers le même point de direction, le paradis céleste. Certaines cultures sont considérées par rapport à ce point comme en retard.

Gérard de Nerval se situera entre Saint-Augustin et Rousseau.

La doctrine théologique du paradis céleste est bien plus optimiste que celle du paradis terrestre perdu de Rousseau car elle rend le présent pus facile à endurer dans la perspective d'un meilleur avenir. Or, la perspective optimiste semble complètement absente de l'oeuvre de Nerval et de sa vie: lui-même se qualifie de "El Desdichado" de Ténébreux, de mélancolique. Face à la réalité perçue avec une douloureuse lucidité il choisit la chute libre à l'instar de Beaudelaire; celle qui le mène au bout du compte à la destruction intentionnelle ou à l'auto-destruction. L'intensité du plaisir douloureux de l'instant vécu dans le pathos lui semble préférable à la répétitive et sempiternelle sérénité d'une réalité aussi douce puisse-t-elle être. Gérard de Nerval choisit la fuite de cette réalité par le recours à l'ésotérisme, à l'imaginaire, au rêve éveillé, au périlleux chant des sirènes.

Beaudelaire fuyant la même chose que Nerval choisira la fuite grâce aux paradis artificiels et finalement lui-aussi la chute libre et l'auto-destruction.

Dans l'un comme dans l'autre cas il ne s'agit pas clairement d'un manque de foi mais d'un choix entre deux issues possibles. Or, également dans les deux cas le paradis retrouvé n'est qu'illusoire d'où la théâtralité de l'instant vécu et cette fascination pour le théâtre. De même, Charles Nodier préférera l'illusion de l'imaginaire et du jeu de théâtre empreint néanmoins comme chez Nerval d'une profonde spiritualité et religiosité à la vie sociale et à ses plaisirs qu'il qualifie également d'illusoires. Les femmes du monde semblent en sont décrites comme dépourvues de vrais sentiments et d'authenticité. Finalement tout est masque.


La reprise des thèmes du roman pastoral

Nymphes et bergers


Dès le début du XVIIe siècle l'influence de l'Astrée d'Honorée d'Urfé rattacha le XVIIe siècle aux traditions polies et galantes de la société et de la littérature chevaleresques, en effaçant la rude épreuve que les querelles et les guerres de la dernière moitié du XVIe siècle avaient mises sur les esprits et les auteurs; il remplaça par des habitudes plus délicates et par l'abus même de la métaphysique sentimentale qui forma les esprits à la délicatesse des procédés, des idées et des sentiments, les façons un peu trop joyeuses de Rabelais et de son école.

L'Astrée est une réaction de l'aristocratie élégante contre les pétulances d'une verve encore souvent mal apprise: elle prépare la société de l'hôtel de Rambouillet (Catherine de Rambouillet) et de Versailles. D'Urfé est le précurseur de Mlle de Scudéry: c'est par le ton, le style, par les sentiments surtout qu'il faut l'apprécier. On lui trouve aisément des origines dans la littérature française: les romans de chevalerie offrent des épisodes où les héros se font bergers ou ermites, et vont, dans des solitudes riantes ou d'affreux déserts, étudier les questions amoureuses et rêver à la dame de leurs pensées; plus d'un lai, comme ceux du Conseil et du Désiré, présenterait les éléments principaux que d'Urfé a fait entrer dans son oeuvre.

La scène de l'Astrée se passe dans le Forez, sur les bords du Lignon. Un berger, nommé Céladon, aime une bergère qui s'appelle Astrée; mais il n'a point déclaré son amour; un berger plus riche est son rival, et, de plus, il a le malheur d'offenser Astrée, qui le bannit de sa présence. Désespéré, il se jette dans la rivière: on le croit mort. Les eaux l'ont déposé sur la rive, et on l'a appelé à la vie. Il est heureux car il sait qu'Astrée l'a pleuré; malheureux, car il ne peut la voir, et craint, s'il se montre à elle, de réveiller son courroux. Les bergères et les nymphes, les bergers et les chevaliers qui mènent au même pays la vie pastorale et amoureuse, sont touchés de la misère de Céladon,...

L'Astrée obtint un succès éclatant. La première partie fut publiée en 1610, la seconde en 1620 seulement; deux autres parurent un peu plus tard. A cette époque, on ne se contentait plus d'aimer et d'admier, on imitait: une société de 24 princes se mit à paître les moutons et à filer le parfait amour sur les bords d'un Lignon allemand.


Jacopo Sannazaro ou Sannazar est un poète italien, né à Naples le 28 juillet 1458, mort en août 1531. Pontano l'introduisit, non seulement dans son Académie, où il prit le nom d'Actius Sincerus, mais à la cour, où il fut bien accueilli, notamment par Alphonse, duc de Calabre (roi en 1494) et son frère Frédéric. Il suivit le premier dans ses campagnes contre les Turcs à Otrante (1480), contre Sixte IV et Innocent VIII; en 1486, il se rendit à Rome avec Pontano, qui négociait la paix entre le Saint-Siège et Naples. En 1501, il suivit en France le roi Frédéric, dépouillé de ses Etats par Louis XII, et ne revint en Italie qu'à la mort de son protecteur (1504).

Sannazar s'occupa alors de réunir les ouvrages de son ami Pontano et de mettre la dernière main aux. siens. Sannazar dut d'abord sa réputation à des oeuvres de circonstance, destinées à embellir les fêtes de la cour : c'est dans ce but qu'il composa ses Gliommeri (ce mot signifie, en napolitain, écheveau) aujourd'hui perdus, sorte de monologues burlesques composés de proverbes en dialecte, la «-farce » allégorique (le mot farce n'impliquait alors aucune intention burlesque), Il Trionfo della fama, représenté le 4 mars 1492 pour célébrer la prise de Grenade par les Espagnols, le dialogue de la Giovane e la Vecchia, et l'idylle de Venere che cerca Amore, etc.

Son ouvrage capital en langue vulgaire est l'Arcadia, commencé dès 1480, publié malgré l'auteur par B. de Vercelli (Venise, 1502), puis avec son assentiment par les soins de P. Summonte (Naples, 1504). C'est un poème mêlé de prose où l'auteur est censé venir se consoler de ses chagrins amoureux parmi les bergers d'Arcadie, dont il décrit la vie, les jeux, les amours, et dans la bouche desquels il place des pièces de vers où abondent les allusions contemporaines. Les morceaux en prose sont surtout descriptifs; ils alternent avec des sextines, des chansons, et surtout des églogues en terzines (quelques-unes des terzines sont en vers sdruccioli). Il n'y a dans l'Arcadie presque rien d'original. Le cadre, le ton et la physionomie des personnages sont empruntés à l'Ameto et au Ninfale fiesolano de Boccace, les détails à Théocrite, Virgile, Ovide, Calpurnius, etc. La forme métrique même n'est pas, quoi qu'on en ait dit, de l'invention de l'auteur. Les sentiments des personnages sont peu naturels, le style trop savant et souvent pédantesque.

Le succès de l'Arcadie, qui nous surprend aujourd'hui, était précisément dû à ces défauts : on se plaisait à y retrouver l'Antiquité traduite ou imitée à chaque pas. L'Arcadie parut le chef-d'oeuvre du genre pastoral; elle eut, au XVIe siècle, 59 éditions, et exerça une très grande influence.
Il ne semble pas s'agir d'une simple imitation de l'antiquité gréco-latine: or, ces mythes que l'on retrouvera chez Virgile, par exemple, dans les Géorgiques, trouvent leur écho dans les plus lointains souvenirs historiques et culturels de la France.
En France, dès l'époque gallo-romaine, la vie rurale paraît idyllique, il y a des réminiscences dans cette idéalisation de la vie agricole de lointaines époques, de périodes de paix, d'insouciance, de prospérité:

à l'époque gallo-romaine, Auguste favorisa le développement des "cités", fixant pour longtemps les limites entre anciens peuples gaulois. Le commerce remplaça la guerre et les révoltes.
Il est possible qu'une "villa", propriété agricole gallo-romaine, ait succédé à un habitat gaulois. La vie agricole et pastorale devient en quelque sorte synonyme de période civilisatrice et d'exaltation des sentiments plus délicats, tels que l'amour exalté et "idéalisé" dit chevaleresque puisque cette période civilisatrice coïncide après l'époque gallo-romaine avec l'époque des Franc et des rois mérovingiens.

La trace des Francs

Au 8e siècle, les difficultés des rois mérovingiens les poussent à distribuer leurs terres. Ainsi, par exemple, le territoire de Villebon commence à être défriché sur des "parts", petites propriétés concédés. Des vignes apparaissent à Chamblan et Villebon: le souvenir semble en avoir été conservé à la Roche, avec le lieu dit Les Parts et le sentiers des parts.
Cette première période du Haut Moyen Age fut nommée de façon conventionnelle la Gaule mérovingienne.



L'image animale, humaine et christique sous les Mérovingiens en Gaule (fin Ve siècle-début VIIIe siècle) .

L'art ne s'est pas brutalement christianisé en 313 avec l'Edit de Milan, et même auparavant, dans les Catacombes romaines, à l'instar des peintres et sculpteurs. Pour les membres d'IMAGO, c'est évident. De même, le concept d'«art sacré» est artificiel pour le Moyen Âge, de 476 au Concile de Trente. Les enlumineurs, les sculpteurs, les peintres, certes avaient un prestige supérieur -de par l'habileté de leur travail et le support- à celui des potiers ou des taillandiers, bien qu'il y ait eu des potiers et des taillandiers d'exception-, cependant les théologiens médiévaux, et les imagiers eux-mêmes, ne parlent pas d'"artistes" mais d'opus.
S'interroger sur les oeuvres du début du Haut Moyen Age présente l'intérêt de se pencher sur un Occident dans lequel de nombreuses religions et peuples coexistèrent, se mélangèrent et dont la production artistique monumentale- pour les Mérovingiens (481-751) nous échappe.
Les corps de métiers se sont christianisés progressivement, leur production également, en fonction de la demande. Il faut davantage imaginer l'Occident médiéval- à la chute de Rome-comme une esquisse de ce que sera al-Andalus quelques siècles plus tard: des imagiers de différentes régions produisant selon la religion du commanditaire, les plus habiles étant les plus demandés.

Le succès remporté dans ce domaine est un fait capital dans l'histoire mérovingienne. A la demande des populations, l'évêque fut amené à démembrer son diocèse en constituant dans les localités les plus importantes des succursales de l'Eglise épiscopale avec une église, une circonscription territoriale, un clergé et un patrimoine: ainsi fut constituée la paroisse qui devait rester à travers la Révolution la cellule organique de la société française. » La plaque de casque représentant le triomphe du roi lombard Agilulf parmi ses guerriers [lesquels SOURIENT franchement] suggère une parenté idéologique, tant avec l'apothéose des empereurs romains (Antonin le Pieux...) qu'avec le banquet des guerriers morts au combat à la table d'Odin dans le Walhalla.

Selon la mythologie scandinave Wiking le dieu Odin faisait venir les rois et les héros morts à la guerre dans son Palais des Morts, le Walhalla, où ils passaient leur temps à festoyer et à combattre, prêts à défendre Asgardrd en cas d'attaque. Le Walhalla se trouvait peut-être à l'origine sur le tombeau où les morts festoyaient avec leurs ancêtres. Mais dans la littérature des Wikings, le royaume des morts remarquables était plus grandiose et l'on y entrait avec cérémonie: les héros morts étaient escortés à travers les airs jusqu'au domaine d'Odin à Asgardr par des divinités guerrières les Walkyries.

En effet, les rois lombards étaient des germains d'origine scandinave et ils s'étaient convertis à l'arianisme:

Les Lombards (Langobardi en latin puis Lombardi par déformation après le VIIIe siècle sauf en Italie méridionale qui conserve le nom de Langobardi jusqu'auXIIe siècle ) étaient un peuple germanique venu de la Baltique, appartenant plus précisément au groupe des Germains de l'Elbe, mais originaire de Scandinavie méridionale selon leur propre tradition orale rapportée par leur historien Paul Diacre à la fin du VIIIe siècle. Ce peuple, sous la conduite de leur roiAlboïn, envahit l'Italie à partir du début de l'an568.

Leur propre tradition orale tardive (l’Origo Gentis Langobardorum) décrit comment les Lombards quittèrent leur Scandinavie, dirigés par deux chefs frères, Ibor etAgio, et comment ils s’établirent en Europe centrale. Elle explique aussi l'étymologie de leur nom, les « Longues-Barbes » : ce dernier aurait été donné par le dieu Wotan à la petite tribu des Winilli (signifiant tout simplement les « Guerriers »), après que les femmes de cette tribu eurent coupé leurs cheveux et qu'elles les eurent utilisés comme barbes postiches ; le stratagème, soufflé par Freia, visait à renforcer le nombre des guerriers de la tribu confrontée à une invasion de guerriers Vandales , plus nombreux. Les Lombards se considéraient comme les préférés du dieu Odin.

. À partir du milieu du VIe siècle, il semble que certains Lombards se soient convertis au christianisme, tandis que parallèlement, ils sont touchés par l'arianisme, (issus d'Ostrogoths d'Italie ?). En tout cas, l'immense majorité des Lombards est encore païenne.

La progression des Francs fait disparaître l'arianisme avec le royaume des Wisigoths en Aquitaine:

On a retenu souvent, surtout en France, parce qu'il marque les origines d'un État dont l'histoire est continue jusqu'à nos jours, le cas des Francs. Ceux-ci progressent lentement, en tache d'huile, après 406. Ils ne franchissent la Somme qu'après 480. Leur expansion est plus rapide à la fin du Ve s., sans que soit très aisée l'unification des différentes chefferies ; un de leurs atouts fut la conversion de Clovis, mais aussi son mariage, qui a facilité l'absorption par les Francs du royaume burgonde. Dès le début du VIe s., le clergé offre pleinement son appui aux Francs. S'aidant mutuellement, la royauté franque et l'Église romaine commencent à obtenir des résultats spectaculaires : la bataille de Vouillé fait disparaître toute la partie aquitaine du royaume wisigoth et l'arianisme en Gaule. L'histoire des Francs est laborieuse, jalonnée de partages, marquée par la difficulté à unir sous une seule royauté les différents groupes, au Ve s., puis les différentes branches de la famille qui descend de Clovis, aux VIe et VIIe s., ainsi que par l'unification malaisée de régions culturellement et humainement aussi différentes que la vallée du Rhin, très germanisée, la vallée de la Seine, la Bourgogne et l'Aquitaine. Mais jamais n'a manqué aux Francs l'appui du clergé et des monastères.

Or, les Wisigoths, à l'instar des Lombards, viennent de la mer Baltique bien que germains et non scandinaves. Or, ils reçoivent l'influence des scandinaves et lombards convertis à l'arianisme. Faut-il en conclure que tous les pays de la mer Baltique furent des foyers de l'arianisme? Encore un autre mystère perdu dans la nuit des temps de l'histoire occidentale médiévale.

Or, la mythologie scandinave est un thème récurrent du romantisme.

Plus tard, l'islam sera une sorte d' arianisme renouvelé (donc plus proches de l'occident) et le tolérera bien plus que les trinitaires anti-arianistes mais en mettant en cause, contrairement à l'arianisme , la suprématie de l'inspiration divine des écrivains de la Bible à celle de ceux qui ont écrit le Coran:

En Occident vers la fin du Vème siècle l’empire romain avait été détruit par des invasions de peuples dont la plupart des chefs étaient arianistes mais peu à peu la conception trinitaire anti-arianiste l’avait emporté. En orient, l’empire romain a survécu et même connu un regain de splendeur : on l’appelait l’empire byzantin et il a disparu seulement en 1453 lors de la prise de Constantinople par les ottomans (les turcs).

Au début du VIIème siècle on a vu surgir les conquérants Arabes et eux toléraient plus que les chrétiens trinitaires anti-arianistes les diverses interprétations monothéistes juives ou chrétiennes d’où peut-être en partie leur succès.

Mais il ne s’agissait pas seulement d’un arianisme renouvelé mais bien d’une nouvelle religion monothéiste car les paroles de l’Ange Gabriel recueillies par le prophète Mohammed s’affirmèrent comme une révélation de Dieu plus pure que celles de la Bible elle-même. Or le mouvement arianiste n’avait pas contesté jusque là la Bible elle-même. Les chrétiens arianistes et les chrétiens trinitaires étaient d’accord sur les textes de référence, ils n’avaient pas encore conscience de leur différence lorsqu’ils étaient unis au IIème et IIIème siècle contre ceux que les historiens appellent les chrétiens gnostiques et qui comme nous l’avons dit s’appuyaient entre autres sur les Evangiles de Thomas ou de Judas. Les Arianistes et les Trinitaires se querellaient juste sur l’interprétation à donner au corpus biblique qu’ils avaient définis comme textes réellement sacrés. Mahommed en affirmant qu’il transmettait une parole révélée venant directement de Dieu par l’entremise de son ange messager Gabriel affirmait détenir les paroles les plus sacrées sur lesquelles il valait mieux fonder son amour de Dieu [Allah].

Mais comme Harun Yahya, un musulman contemporain le rappelle à partir des paroles du Coran, ce que devraient être les rapports des musulmans avec les autres religions monothéistes (les gens du Livre c’est-à-dire de la Bible) est loin d’être une intolérance :

« Musulmans que nous sommes, aimons et respectons les Prophètes Moïse et Jésus (paix sur eux), nous savons qu’ils sont chéris et aimés de Dieu, et nous croyons également en tous Ses prophètes. De plus, nous respectons la croyance, les valeurs et les traditions juives [qui se réfèrent à Moïse] et chrétiennes [qui se réfèrent surtout à Jésus], parce que Dieu nous commande d’inviter les gens du Livre à "s’unir sur une base commune" :

Dis : "Ô gens du Livre, venez à une parole commune entre nous et vous : que nous n’adorions qu’Allah, sans rien Lui associer, et que nous ne prenions point les uns les autres pour seigneurs en dehors d’Allah." Puis, s’ils tournent le dos, dites : "Soyez témoins que nous, nous sommes soumis." (Coran, 3 : 64)

La Gaule avec le reste de l'Empire romain de l'Occident resteront donc attachés à l'arianisme jusqu'à la chute du royaume des Wisigoths en Aquitaine.

Si donc, le roman d'inspiration chevaleresque s'inspire des thèmes principaux des lais du Conseil et du Désiré tirés de la matière de Bretagne et interprétés par la poétesse médiévale du XIIe siècle Marie de France, ces thèmes étaient à l'honneur aux alentours de l'apogée de l'arianisme, voire du paganisme en Gaule. Leur inspiration n'est donc pas typiquement chrétienne au sens où nous entendons le terme "chrétien" de nos jours:

La légende arthurienne ou cycle arthurien est un ensemble de textes écrits au Moyen Age autour du roi Arthur, de son entourage et de la quête du Graal. Elle est un thème fort de la matière de Bretagne.

Il n'existe pas une légende arthurienne, mais des légendes arthuriennes. Cela est dû aux nombreux auteurs qui ont assemblé ces traditions au cours des siècles, depuis les premiers moines collecteurs jusqu'aux écrivains qui l'ont enrichie, comme Chrétien de Troyes ou plus récemment Xavier de Langlais. Ainsi le nom des personnages et les circonstances de leur vie (jeunesse, hauts faits, mort) varient d'une époque à l'autre, d'un pays à l'autre. Il existe cependant une unité de lieu : le royaume mythique de Bretagne, qui recouvre les territoires du centre, du sud et de l'ouest de la Grande-Bretagne actuelle ainsi qu'une partie non définie de la Bretagne continentale, et une unité de temps : la fin du Ve siècle et le début du Vie siècle quand les Romains viennent de quitter l'Île de Bretagne, période des grandes invasions qui précédèrent et suivirent la chute de l'empire romain d’occident. Il ne s'agit donc pas à l'origine de personnages médiévaux, même si leur popularité en France a été portée par des écrivains du Moyen Age.

Le cycle littéraire de la légende arthurienne est le plus connu des cycles de la matière de Bretagne. Il doit son succès à son statut de double récit, approché par de très nombreux auteurs depuis le XIIe siècle. D'un côté Camelot, utopie chevaleresque, défaite par les conflits entre Arthur, Lancelot et Mordred, entre autres. De l'autre la fabuleuse quête du Graal, entreprise par de nombreux chevaliers, dans laquelle beaucoup échouent (comme Lancelot) et de rares élus réussissent (son fils Galahad, notamment aidé de Perceval). Le cycle arthurien est, depuis quelques siècles, centré sur des thèmes chrétiens, tels que le péché, illustré par les actes des héros tour à tour vertueux ou malins, ou la quête de l'absolu, symbolisé par la relique suprême, le saint Graal. Les relations amoureuses, telles que celle de Lancelot et Guénièvre, ou Tristan et Iseult sont les prémices de l'amour courtois. Plus récemment, la tendance est d'établir le lien de ces légendes avec la mythologie celtique, surtout depuis le début du XXe siècle.

Les thèmes de la mythologie nordique, celtique et germanique se recoupent combinés à partir du début du Haut Moyen Age à des thèmes du christianisme comme, par exemple, celui du serpent ou du dragon à l' incarnation du mal de la religion chrétienne. Selon la mythologie nordique c'est le principe du bien qui est voué à l'échec et à l'extermination finale:

Fafner le parricide, ou la genèse des Nibelungen

S’il est bien un dragon célèbre entre tous dans la mythologie nordique, il s’agit de Fafner, ou Fafnir, un humain changé en dragon par vilenie. Cette histoire est celle de Sigurd, le héros tueur de dragon rendu célèbre par la tétralogie de Wagner (c’est la légende de l’anneau des Nibelungen, les Nains sous la montagne, qui inspira Tolkien pour son fameux roman) sous le nom de Siegfried. Cette histoire raconte qu’il y avait jadis un fermier riche du nom de Hreidmar, très versé dans les arts occultes, qui avait trois fils : Otter, Fafner et Regin. Otter avait le pouvoir de se changer en loutre, et un jour qu’il s’était métamorphosé il fut tué, par erreur, par les dieux. Hreidmar entra alors dans une colère noire, et exigea qu’on paie une compensation en or pour la mort de son fils. Il voulait qu’on remplît d’or la dépouille, et qu’on l’en couvrît. Les dieux obtempérèrent, mais l’or qui fut donné avait été dérobé au nain Alberich, lequel jura malheur à quiconque s’emparerait du trésor. Au milieu de ce trésor se trouvait un anneau d’or, superbe et ordinaire, qui avait le pouvoir de corrompre ; Hreidmar fut immédiatement séduit et s’en saisit. La cupidité le prit, et il refusa de partager l’or entre ses fils restant. Fafner et Regin complotèrent alors pour faire main basse sur le trésor, mais Fafner doubla son frère en assassinant son père, et se métamorphosa en dragon, gagnant le plateau de Gnitaheid où il s’installa, veillant jalousement sur son or jusqu’à la venue du héros Siegfried, guidé par un mystérieux inconnu qui n’était autre que Odin déguisé. Fafner n’abandonnant son trésor que pour un temps très court, le temps d’aller boire à la rivière ; aussi le héros se dissimula-t-il parmi des branchages, attendit-il et perça-t-il le ventre vulnérable du dragon de son épée tranchante. Portant la main à ses lèvres, il goûta le sang du dragon et s’aperçut bientôt qu’il pouvait entendre le chant des oiseaux ; puis il se saisit du trésor, ignorant qu’il était maudit. Il est probable que ce récit mythique ait donné naissance au thème récurrent du dragon gardien de trésor, en même temps qu’il livre une réflexion symbolique sur l’avidité et le caractère vain de celle-ci.

Ambiguïtés de l'apparence reptilienne

Que l’on soit bien clair : parler de dragon alors que tous les dragons du Walhalla semblent être des serpents n’est pas fortuit. La vision scandinave du dragon est tout à fait différente de celle, colorée et optimiste, des orientaux. Il ne faut pas oublier qu’un dragon est avant tout une créature écailleuse et de bonne taille, souvent pourvue de griffes et d’intentions douteuses. La plupart du temps, la comparaison s’arrête là entre le dragon d’Orient et le dragon occidental hérité des mythes germaniques et celtiques et plus directement du monde médiéval. Si le dragon est bien une créature ailée crachant le feu, c’est que le " dieu " des Enfers chrétien règne sur un monde brûlant et sulfureux, et que l’une de ses incarnations se doit de posséder tous les attributs de sa charge. Or, si le feu n’est pas une si bonne chose pour les Germains, il reste néanmoins source de chaleur, donc de vie, et de puissance – un rôle guerrier rempli par Thor par exemple et par Odin. Tous les dragons illustres présentés ici sont donc des serpents, ou plutôt un mélange surprenant entre le serpent et le ver : le ver, c’est ainsi qu’on appelle volontiers le dragon dans les épopées saxonnes et notamment la plus célèbre d’entre elles, Beowulf, où un héros attaque ce qui se révèle être un énorme serpent noir et venimeux. Dans les récits celtes en revanche, le dragon n’est que reptilien.

Nous connaissons les mythologies Nordique et Germanique grâce aux écrits des dixième et treizième siècle, notamment l'Edda Poétique et l'Edda de Snorri Sturluson, ainsi que quelques Sagas Islandaises. Déjà influencés par le christianisme, ces textes rapportent cependant la pensée religieuse et poétique des ancêtres nordiques de l'Europe, qui avaient enseigné les Grecs Persée, Héraclès, et Apollon lors de leurs séjours en Hyperborée, ainsi que les druides irlandais, initiés dans les Iles du Nord où vivaient les maîtres des celtes.


La Mythologie Nordique et Germanique est l'une des plus riches d'Europe, et recèle un enseignement qui est le chaînon indispensable entre la raison grecque et la féerie celte

L'évolution du XIVe au XVIe siècle

Il y a quelques innovations importantes dans l'art gothique: les pilliers ne sont plus qu'un ensemble de colonnettes qui reproduisent les arcs des voûtes qui viennent se prolonger en elles. Les murs ont tendance à gagner en ouverture avec les fenêtres plus hautes, ce qui réduit l'espace réservé à la galerie de circulation autour de la cathédrale (triforium).


La véritable évolution a lieu au XVe siècle avec un nouveau style de l'art gothique particulièrement reconnaissable: le gothique flamboyant. Le gothique dit flamboyant répond à une exigence de progrès, il tente de trouver une nouvelle expression pour ne pas sombrer faute de n'avoir pas pu s'adapter. Les fioritures architecturales sont omni-présentes dans la façade, les voûtes et ses clefs. Les fenêtres ont souvent, dans leur partie supérieure, des nervures ondulées en forme de petites flammes, d'où le nom de flamboyant pour dénommer ce style du XVe siècle. Quant aux pilliers, ils n'ont plus de chapiteaux et les arcs des voûtes viennent pénétrer directement dans les colonnes. Autre aspect typiquement flamboyant, l'arc en accolade qui surplombe une lucarne ou une porte d'entrée et qui accentue l'esthétisme général de l'édifice. Rouen avec son hôtel de ville ou Bordeaux avec l'église Saint-Eloi marquent le point d'orgue de ce gothique flamboyant qui use de la décoration plus que de l'aspect technique, déjà bien travaillé antérieurement.


Au XVIe siècle, l'arrivée timide d'une influence italienne laisse au gothique encore quelques décennies d'existence d'autant que les architectes et les évêques sont attachés à ce genre séculier qui a montré sa valeur. Mais face au changement, à la grâce de l'architecture de la Renaissance qui fait de l'Antiquité la principale inspiration, l'art gothique perd sa domination acquise il y a plus de quatre siècles et, jusque là, jamais contestée. Il est vrai que l'architecture gothique évolue pour s'adapter aux nouvelles exigences, les piliers adoptent une forme massive et ondulée, les fioritures du style gothique s'amplifient. Malgré quelques constructions gothiques comme l'admirable église de Gisors, rien ne peut empêcher la nouvelle deférlante italienne. Ainsi, vers 1530 c'est l'art Renaissance que beaucoup d'architectes, d'évêques et d'humanistes répondent tout en laissant au gothique un mépris dédaigneux le qualifiant d'œuvre barbare, d'un art à l'image de la société médiévale que l'on dénigre au regard de la grâce et des valeurs de cette Antiquité.


L'art gothique est caractérisé également par les lignes élancées et longilignes que ce soit dans la peinture ou dans l'architecture. Quelques exemples, le Portrait de jeune femme de Petrus Christus.

L'influence de l'humanisme et de l'engouement pour l'Antiquité classique se fait sentir en France par le biais de la Pléiade et de Montaigne. En même temps, c'est le retour vers la contemplation de la nature à l'instar de Virgile-, (Bucoliques, Géorgiques)-,de la nature idyllique, et à la vie du laboureur et de l'agriculteur: une nature paisible, idyllique,"civilisée". La contemplation de la nature génère des sentiments de communion avec les éléments, met en relief le sensibilité, l'émotion, la communion, la solidarité avec les éléments et avec Cosmos. La notion du Moi perçu comme le miroir de l'Autre naît; elle transparaît chez Montaigne lié d'une grande amitié avec l'humaniste Étienne de la Boétie (parce que c'était lui, parce que c'était moi). Le Moi c'est déjà l'Autre. Cette idée de l'homme au centre de l'Univers et de solidarité entre différents éléments du même Univers liée à la naissance de la sensibilité fusionnelle va préparer la voie qui mènera vers la philosophie des Lumières en passant par Rousseau qui marqua le point d'orgue de cette vision de l'Univers.

Pour la philosophie occidentale antique, la justice est avant tout une valeur morale. La "justice morale" serait un comportement alliant respect et équité à l'égard d'autrui. Cette attitude, supposée innée dans la conscience humaine serait elle-même à l'origine d'un "sens de la justice", valeur universelle qui rendait l'être humain apte à évaluer et juger les décisions et les actions pour lui-même et pour autrui.

La culture populaire a retenu des expressions consacrées comme " la justice de Salomon" et celle d'Aristote, la "justice d'Antigone" opposant les "lois non écrites" de la conscience aux lois écrites de la Cité.

Le terme "justice" a trois acceptions:

la justice au sens philosophique d'idéal, individuel ou collectif,

la justice comme norme émanant d'une société ou d'un corps d'autorité,

le justice comme institution caractéristique des sociétés humaines


La première trace d'une réflexion sur la justice se trouve chez le philosophe pré socratique de la Nature, Héraclite qui affirma au Ve siècle av. J.-C.: "S'il n'y avait pas d'injustice, on ignorerait jusqu'au nom de la justice", la définissant par son antonyme. Selon lui l'idéal de justice en soi se comprend par le refus d'un état d'injustice, assimilé au chaos social. La justice comme idéal individuel ou collectif fut le sujet de nombreuses théories philosophiques et métaphysiques, au même titre que les notions de Liberté, d'Egalité ou de Société.

La Tragédie naît en Grèce presque simultanément, également au Ve siècle av. J.-C.

L'origine de la tragédie peut être étudiée dans un premier temps au point de vue de la formation du nom, qui provient du grec tragôidia. Ce nom réunit deux éléments: ôida, -ôidos qui se rattache à la notion de chant et tragos qui désigne le bouc, dont la présence demeure encore inexpliquée. Fait-elle référence à un animal offert en récompense au vainqueur du concours? Ou les participants étaient-ils déguisés en boucs en l'honneur des Satyres accompagnant Dionysos? Un bouc était-il offert en sacrifice au cours de la cérémonie? Toutes ces interprétations rappellent le lien qui unissait en Grèce antique tragédie et religion.

La tragédie grecque est née de l'évolution de plusieurs genres, dont l'apport est apprécié diversement par les auteurs de l'époque.

* Les choeurs tragiques dériveraient de cantates chantées et dansées en l'honneur de héros morts (plus particulièrement Adraste). Le culte de ce dernier fut interdit par le tyran de Sicyone qui transféra les hommages rendus au héros vers le culte de Dionysos (dieu des ambiguïtés: mort-vie, homme-femme, du vin et de ses excès, de la folie, de l'étranger, de la vie foisonnante et du théâtre). Cette hypothèse est notamment mentionnée par Hérodote.

*Aristote proposerait quant à lui une autre version dans sa Poétique: la tragédie serait issue d'improvisations, plus précisément des manifestations dithyrambiques, dans lesquelles les fidèles (souvent ivres) forment une ronde endiablée, tournant et chantant pour célébrer le dieu. Le dithyrambe passe ensuite à l'écrit et est appris par le choreute (membre du choeur) pour devenir véritablement tragique.

* La tragédie emprunte également à l'épopée, avec le modèle très imité d'Homère, sur le plan formel (récit du messager), mais aussi sur le plan du fond, puisqu'elle reprend les mythes et légendes véhiculés par l'épopée, avec ses héros connus de tous, mais la tragédie se concentre sur un seul épisode. D'autres transformations sont effectuées: les héros cessent d'être des modèles pour devenir des êtres problématiques avec leurs faiblesses. Enfin, la tragédie va vers une interprétation du mythe.

La diffusion de la tragédie est progressive: on trouve ses premières traces à Sicyone (Péloponnèse) puis ensuite l'Attique (où a lieu la première véritable représentation par Thespis en 534 au cours de Dionysies données par Pisistrate et où, pour la première fois, le choeur tragique cesse de n'être qu'une lamentation pour avoir une intrigue). la tragédie continuera à se répandre pour devenir l'élément le plus important des Dionysies au Ve siècle.

La pièce se partage entre ses parties lyriques, chantées et dansées (divisées en triade: antistrophe, strophe et épode) et parties parlées, dans un mètre plus simple (le trimètre iambique), plus naturel.

Les tragédies présentent à l'âge classique une structure fixe:

un prologue très court, où un personnage qui ne réapparaîtra pas dans la plupart des cas, présente l'intrigue.

le parodos: entrée du choeur chantant

les épisodes: (équivalents d'actes) qui sont: soit des scènes (monologue ou dialogue), soit des kommos (dialogue acteur/coryphée), soit des monodies (chant d'un acteur)

le stasimon: chant et danse du choeur entre les épisodes

l'exodos: sortie du choeur dansant

Lorsque le héros cherche à se révolter contre les Dieux, il fait preuve de démesure (hybris) et se dirige ainsi vers son malheur, ce qui s'inscrit dans l'un des motifs de la tragédie: le héros coupable et innocent en même temps (puisque enchaîné à son destin, mais provoquant aussi son malheur en se révoltant contre ce dernier)

Une des fonctions de la tragédie est la Catharsis: c'est Aristote qui définit l'objectif de la tragédie dans la Poétique, à savoir la Catharsis. Le spectacle doit provoquer la terreur et la pitié des spectateurs face au spectacle des passions, afin de les dissuader d'emprunter cette même voie. Elle montre dans ce but les conséquences catastrophiques des passions. Ainsi l'imitation (mimésis) par les acteurs d'actions spécifiques provoque la crainte et la pitié du spectateur qui est alors prêt à la "purgation" (catharsis). L'âme peut donc être purifiée par les excès d'un message mythique.

Les grecs anciens pensaient que la Nature était pourvue d'une "âme" capable de capter les sentiments humains et même de compassion à l'égard des hommes: les forêts étaient remplies de sylphes et de nymphes, de Satyres, de Pans, et d'autres êtres mythiques, "féériques". La nature n'était pas perçue comme un amoncellement d'objet inanimés.

La Catharsis apportée par la tragédie antique grecque révèle l'homme grandi dans son humanité même par la terreur devant la folie humaine commune à tous les humains et déifiée en la personne du dieu Dionysos dieu de tous les excès et de la folie provoquée par l'ivresse de vin ou des passions. Les passions, l'orgueil, l'ambition démesurée, la colère, l'amour passionné, sont autant de passions qui enivrent l'homme et le font perdre le sens de sa propre réalité. Les grecs anciens font rentrer le principe de l'universalité et de la participation communicative à cette expression d'ivresse soit par le vin soit par les passions. Les conséquences désastreuses de l'aveuglement et de l'ivresse des passions (et du vin) sont étalées en spectacle pour rendre à l'humain, au mortel sa lucidité et provoquer en lui le sentiment de la terreur devant le spectacle de ce qu'il est aussi capable de commettre comme crimes et folies.

D'autre part, par le sentiment de la pitié et du repentir devant ce qu'il se sent aussi capable de faire, l'homme sort grandi dans sa qualité humaine même; il exorcise sa propre ivresse et folie. C'est reconnaître la dualité du principe dionysiaque/apollinien chez tout homme et dans l'univers.

L'homme aveuglé, ivre de passion (comme de vin) perd sa propre humanité et devient satyre, moitié homme moitié bouc: il dévoile la partie animale de sa nature. L'étalement des conséquences de cette "folie" donnée en spectacle, la prise de conscience de sa propre dualité, de ses diverses possibilités, le font grandir et recouvrer sa nature apollinienne, "civilisée".

Le choeur par ses commentaires instaure une sorte de dialogue, de dialectique à ce monologue de la folie et, finalement, se permet de juger, de mettre en cause même des rois, des héros rendus illustres grâce à leurs exploits ou de les prendre en pitié, défendre leur cause perdue d'avance en raison de leur démesure punie par les dieux.

Achille juge aussi les Atrides; Agamemnon sous les ordres de qui tous les grecs combattirent pour ramener la belle Hélène lui fait enlever sa propre concubine; il dit que finalement il n'y a que les Atrides qui ont le droit d'avoir une femme et de se battre pour la garder. Il se reconnaît les mêmes droits qu'eux et il le leur fait savoir.

La société grecque reconnaît deux hiérarchies: la hiérarchie sociale et la hiérarchie des valeurs morales cette dernière transcendant la première. La justice de la Grèce antique instituera cette même dialectique de même que la notion de la thèse et antithèse accusation/défense.

Ils reconnaissent donc l'existence d'une loi morale transcendant l'ordre social et humain et par extension, ils reconnaissent un mode d'existence supérieur à l'ordre humain, le transcendant, de même que toute la Nature, des principes d'ordre supérieur rendus manifestes chez tout humain par la même expression de terreur et de pitié devant ce qui en est communément perçu comme l'expression du mal.

Le théâtre classique et plus tard le drame bourgeois reprendra cette dialectique obéissant au principe de la transcendance de la loi morale et de la catharsis par la pitié et par la compassion sauf que le drame bourgeois mettra pour cet effet en scène des gens ordinaires, des bourgeois et non plus des héros ni des rois ni des princes.

Le drame romantique mêlera à ce principe le gothique, le rêve et l'imaginaire et reconnaîtra une fonction "sacerdotale" aux acteurs et au théâtre de même qu'au drame.

La décadence de la tragédie viendrait selon Nietzshe de la disparition du choeur car à son origine

le choeur est l'élément primordial. Seul existe le choeur à l'origine. Pourquoi? Parce qu'il incarne l'émotion tragique, l'émotion dionysiaque qui a besoin du rêve en compensation pour être supportable, élément apollinien.

Balzac fera plus tard le répertoire des passions humaines montrant dans la Comédie humaine combien elles dénaturent l'homme et lui font perdre son humanité (par exemple, dans Le père Goriot).

D'un autre point de vue, ce retour aux oeuvres classiques de l'Antiquité grecque et romaine marquera une évolution des mentalités.

Jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, le régime politique Occidental est fondé sur un système de pensée théocratique selon lequel il y a une classe de personnes consacrées à la religion qui seuls peuvent consacrer le pouvoir.

Or, l'étude de la tragédie grecque et la connaissance du système juridique grec qui se développa en même temps que la tragédie atteignait son apogée, autrement dit le fait de pouvoir établir une sorte de dialectique Accusation/Défense lors des Procès, elle -même soumise au jugement des Juges afin de juger les individus. Ceci, aux yeux des philosophes des Lumières montrait que l'entendement humain permettait cette sorte de dialectique qui est un échange d'opinion jusqu'à ce que les Juges selon leur capacité d'entendement en choisissent la mieux fondée sur des arguments logiques. De là ils en déduisent la toute puissance de la Raison qui est la capacité d'entendement, qui elle-même peut décider de ce qui est Bien et Juste et de ce qui est Mal, autrement dit des Lois Morales. Les Juges entrent donc dans leur esprit en compétition d'autorité avec les autorités ecclésiastiques de l'époque.

Plus tard, la Révolution exploita cette idée au point d'accorder cette même autorité à tout national dit Citoyen, du fait même que durant l'Antiquité les Juges étaient des Citoyens élus à tour de rôle et pour une durée temporelle délimitée. D'ores et déjà, le système républicain et/ou démocratique fondé sur la volonté du peuple, autrement dit de tout citoyen, renverse et remplace le système théocratique.

Etait-ce vraiment cette idée que Voltaire et d'autres philosophes du siècle des Lumières avaient avancée?

Voltaire se dit et est un philosophe, un penseur, il parle d'un despote éclairé, il n'avance jamais la thèse d'un pouvoir exercé de par la volonté du peuple qu'il traite de "canaille". Pour quelle raison? Car les auteurs des Tragédies sont des philosophes, de grands penseurs eux-mêmes et ce sont eux qui mettent leur propre pensée dans la bouche des membres du choeur. Or, le petit peuple durant la période historique qui précéda la Révolution manquait d'instruction et d'éducation; les classes populaires n'étaient pas instruites, elles ne savaient parfois même pas lire et toute l'instruction qu'ils recevaient leur était dispensée par le clergé durant la messe ou lors du catéchisme et de la prédication. Les citoyens Athéniens étaient pratiquement tous instruits et ils suivaient tous l'enseignement de grands philosophes tels que Socrate, Aristote, Platon...

A partir de là, se pose la question de la pertinence d'une exégèse de la pensée philosophique du siècle des Lumières telle qu'elle fut donnée par la révolution qui consiste à interpréter leur pensée comme l'approbation d'un pouvoir exercé par la seule volonté du peuple ou inversement malgré celle-ci?

En étudiant de façon plus attentive l'oeuvre de Voltaire, nous nous rendrons compte du fait qu'il privilégiait plutôt une sorte d'élite intellectuelle, éclairée en ce qui concerne les décisions prises quant à la façon de gouverner un pays. Et encore, quelle autorité supérieure pourrait décider de l'excellence de telle ou telle institution et administration publique? Autant de questions que les différentes possibilités de l'attachement absolu à la seule volonté du peuple peut amener compte tenu des événements historiques du siècle passé qui ont montré que le peuple, notamment s'il est mené, par manque d'entendement, par des démagogues, ne choisit pas nécessairement tout ce qu'il y a de mieux pour le bien général de la République en passant par Hitler et d'autres criminels tous menés au pouvoir par la volonté du peuple.

Le problème de l'interprétation de la tragédie antique réside au fait que la didactique qui en fut tirée était revêtue d'un état statique tandis que la dialectique est de par sa nature même de nature évolutive, non statique. Une autorité, un pouvoir, sont des états statiques, ils sont tandis que la dialectique n'est pas un état de choses, elle est un devenir, une évolution permanente.

Car dans l'esprit grec, l'homme est perfectible; tout homme peut se tromper, l'erreur est possible est compréhensible. C'est par la confrontation permanente à l'autre, à l'opinion de l'autre que les idées s'affinent, se vérifient et sont susceptibles, même vérifiées, de perfectionnement grâce à l'intervention d'autres sujets parlants. Cette énergie de perfectionnement/vérification, thèse/antithèse tend vers la perfection sans le devenir totalement. D'où le besoin de débat, de dialogue comme moyen de progrès personnel , pas uniquement de persuasion de l'autre. Chaque sujet parlant reçoit l'influence de l'autre. D'où la nécessité de liberté d'expression et d'un respect absolu de la parole de l'autre jusqu'à ce qu'il termine son discours et que l'on puisse lui répondre si l'on peut le reprendre et corriger une erreur. Il s'agit donc de la possibilité d'une interaction permanente dans le respect de la liberté d'opinion de l'autre et dans la paix, pas dans la violence. La prise de pouvoir d'autorité, manu militari, sont exclus dans ce cas de figure car alors il n'y a plus de dialogue, il n'y a qu'un monologue. Et c'est là où réside la véritable démocratie pas dans l'autorité exercée par la seule volonté de l'autre. Que ce soit une minorité ou une majorité qui exercent un tel pouvoir "autoritaire", s'il n'y a plus de liberté de dialogue et de respect de l'autre, il ne s'agit plus d'une démocratie au sens grec antique du terme. L'Agora, lieu de rassemblement et de discussion devient le centre de la Cité/Ville et de la vie sociale des Athéniens. Aristote qualifie les peuples qui n'ont point d'Agora de barbares:

En Grèce antique, l'Agora désigne le lieu de rassemblement, le marché de la cité. Les Capéloï les commerçants. C'est une composante essentielle du concept de Polis, à tel point qu'Aristote traitera les barbares de non-civilisés car ils n'ont point d'agora.

C'est sur la colline de Areios Pagos, une cour de Justice éponyme sous la courte période de gouvernement de la Cité par une oligarchie aristocratique, surplombant l'Agora d'Athènes avec vue imprenable sur celle-ci que l'Apôtre Saint-Paul prononça en 50 av. J.-C. son discours sur le Dieu inconnu mentionné dans les Actes des Apôtres.


Au discours de Saint Paul assista, selon les sources historiques, une grande foule dans laquelle des femmes, ce qui signifie que son discours n'a pas eu lieu dans le cadre d'un procès contre lui. En outre, la narration de ce discours dans les Actes des Apôtres ne relate aucune procédure judiciaire. néanmoins, si le corps juridique d'Athènes assista à son homélie ce n'était pas pour le juger mais pour l'écouter et se rendre compte d'eux mêmes si celle-ci devenait source d'un danger moral pour les Athéniens. Malgré le fait que par son homélie Saint Paul dispensait un enseignement biblique, il n'appuya pas ses dires sur des citations de l'Ancien Testament comme il avait la coutume de le faire quand il débattait avec des Juifs, mais en utilisant une façon d'argumenter connue et respectée par les Athéniens. Il fit usage d'une souplesse argumentative que Saint Paul décrit dans l'Epître aux Corinthiens 9/19-23 en ces termes:" Je suis devenu tout pour tous afin qu'en usant de tout moyen j'en sauve certains parmi eux". Pour les Athéniens il est donc devenu philosophe comme eux et, par conséquent démocrate au sens réel du terme.

Entre Platon et Aristote seul Platon reste fidèle au principe athénien de la dialectique dans la politique et le gouvernement. Aristote est l'initiateur de la notion d'une démocratie fondée sur la prédominance non du dialogue et de la Raison mais d'une raison sociale, celle du plus pauvre au détriment du plus riche. Dès lors il instaure une forme de pouvoir non dialectique et évolutif menant au progrès continuel collectif de la Cité mais à un état de choses publiques statique.

1. LA PENSEE ANTIQUE

1.1. Platon

- Né en 428 av. J.-C.

- Principales œuvres : La République, La politique, Les lois.

Platon est considéré comme le premier théoricien de la lutte des classes. Sa philosophie conservatrice et totalitaire prône une société inégalitaire et non libérale, où le destin de l’homme est lié à la société.

Il a développé l’idée de 4 formes de gouvernement :

- la timocratie, le gouvernement par l’honneur, dirigé par la caste des chefs vertueux, voués à l’intérêt général, et fondé sur une séparation des pouvoirs. Mais Platon reconnaît le risque de déviance vers l’oligarchie. Ce système est celui des cités grecques archaïques ;

- l’oligarchie, fondée sur le critère de la richesse. Pour Platon, il s’agit d’un système perverti, dangereux pour la société car porteur de divisions et d’affaiblissement en cas d’attaques extérieures ;

- la démocratie, gouvernement des pauvres contre les riches. Ce système est également condamné car le pouvoir n’appartient pas aux plus sages, mais aux plus démagogues, et ne respecte pas la spécialisation des castes qui fait la force des cités ;

- la tyrannie, gouvernement d’un homme agissant pour ses intérêts. Ce système est condamnable pour Platon, sauf si le tyran peut être orienté dans ses choix par un philosophe.

Ces 4 formes se succèdent : à l’âge d’or timocratique de la Grèce archaïque apparaissent cupidité et soif de pouvoir, entraînant une oligarchie à accaparer le pouvoir. Les révoltes populaires conduisent à la démocratie. Celle-ci entraîne nécessairement une mauvaise gestion et des crises, qui suscitent la recherche d’un protecteur, le tyran. Celui-ci a alors besoin de la guerre pour maintenir son pouvoir et susciter une unité autour de sa personne, entraînant ruine et risque de domination étrangère. Le philosophe est seul capable de trouver la vraie voie. Avec le mythe de la caverne, Platon montre que l’homme ne peut connaître toute la vérité. Platon tire la conclusion qu’il ne faut pas modifier la société originelle. Il préconise une cité idéale composée de trois groupes : les gardiens parfaits (gouvernants), les guerriers et les travailleurs. Ces castes sont fonction de la naissance, mais des évolutions sont possibles selon les compétences personnelles. L’éducation tant physique qu’intellectuelle est essentielle pour les gouvernants et les guerriers. Le philosophe a un rôle social primordial à jouer.

Afin d’éviter toute dérive de cette cité idéale vers l’oligarchie, et favoriser l’eugénisme, Platon prône une communauté (qualifiée de communisme) des femmes, des enfants et des biens pour la classe supérieure.

1.2. Aristote

- Né en 384 av. J.-C.

- Principales œuvres : L’éthique à Nicomaque, La Politique, Sur la philosophie.

Aristote donne une première définitin des trois pouvoirs, délibératif, exécutif et de justice. Ces pouvoirs s’inscrivent dans une société organisée par classes, dans laquelle la cité est une donnée naturelle préalable à toute forme d’organisation. Il développe la théorie des formes de gouvernement ébauchée par Platon. Selon Aristote, il existe trois formes pures (dans l’intérêt général) et trois formes perverties (par la défense des intérêts particuliers) correspondant au pouvoir d’un seul (monarchie - tyrannie), au pouvoir de quelques-uns (aristocratie, gouvernement par la vertu - oligarchie), ou au pouvoir de tous (politie, gouvernement de la majorité dans l’honneur - démocratie, gouvernement des pauvres contre les riches). Aristote prône un gouvernement des classes moyennes dans l’intérêt général, avec souveraineté du peuple et de la loi.

L'époque d'Aristote est marquée par le déclin (fatal?) de l'influence de la démocratie d'Athènes et par le renouveau du royaume de Macédoine.

La pensée philosophique d'Aristote influença la pensée de Saint Thomas d'Aquin et plus tard celle de Léon XIII tellement décriée dans les milieux aristocratiques et monarchistes de France au cours du XIXe siècle. Ce Pape, bien loin d'appuyer le système théocratique monarchique comme aivaient fait les Papes d'avant la Révolution, devient l'initiateur du ralliement des catholiques français à la IIe République. Sur les pas des catholiques sociaux tels que Frédéric Ozanam, il se saisit de la question ouvrière, et dans l'encyclique Rerum Novarum, du 15 mai 1891, il dénonce comme étant un mal "la concentration entre les mains de quelques-uns de l'industrie et du commerce, devenus le partage d'un petit nombre d'hommes opulents et de ploutocrates, qui imposent ainsi un joug presque servile à l'infinie multitude des prolétaires".

A sa décharge il faudra mentionner ses relations ambiguës avec l'empire russe déjà devenues exécrables depuis le temps de Pie IX à cause de la question polonaise. Léon IX désirant faire preuve de bonne volonté fit publier le 28 décembre 1878 une encyclique qui condamnait le socialisme, l'anarchisme et le nihilisme sans pour autant se dédire sur ses précédentes affirmations. Il souhaitait surtout plaire au Tzar Alexandre II qui devait constamment se défendre contre les attentats visant sa personne ou celle de représentants du pouvoir impérial. cependant, la question polonaise n'évoluait guère: Le Saint -Siège jugeait inacceptable l'usage du russe-langue administrative de l'Empire qui avait été récemment imposée en Pologne-dans l'enseignement et le catéchisme. Plus encore, des Ruthènes en majorité uniates avaient été obligés de ses placer sous la juridiction canonique de l'Eglise orthodoxe. La nonciature de Saint-Pétersbourg n'ouvrit pas.

Le Pape Léon XIII se fonda sur les actes de Saint Paul selon qui il faut se soumettre à toute autorité car toute autorité vient de Dieu. Or, il a fait une interprétation subjective de cette prédication de Saint Paul puisque l'Apôtre, ayant adopté en pleine l'attitude et la dialectique d'un philosophe athénien, a fait preuve non pas de soumission statique mais de respect de l'opinion d'autrui ce qui n'est pas exactement la même chose: car le philosophe athénien luttait non pas par la violence physique mais par l'arme de la parole et de la philosophie argumentative qui est une sorte de prédication. Le christianisme ne prône pas l'acceptation passive de l'ordre terrestre mais la non violence ce qui est plus conforme à la pensée philosophique de Platon qu'à celle d'Aristote.

Le fait est qu'en France, durant cette période, profita malgré la Restauration de la Monarchie ou en raison de celle-ci par le biais du libéral duc de Glüksberg de Décaze , premier industriel de grande envergure de l'exploitation des mines de houille en France avec la famille Schneider du Creusot. Grâce ou en raison de l'intervention du Pape Léon XII qui renforça le pouvoir libéral en même temps qu'il permit avec l'affaiblissement de la position de la Russie en Pologne la montée en puissance en Pologne de la Prusse et la création de l'empire allemand par la réunification de la Prusse avec d'autres pays. Or, le pouvoir en France était constitué d'un milieu d'affairistes industriels car les libéraux parmi lesquels il faudra compter de nos jours ce que l'on appelle le centre-gauche favorisa notamment un milieu d'affairistes assez restreint. Le social dans lequel l'Eglise s'impliqua par le ralliement au pouvoir mis en place dès cette époque ne fut géré que par ce milieu dès lors, ce qui contribua à créer un climat de confusion. Ce pouvoir ne répondait aux aspirations ni des monarchistes, ni des sincères catholiques ni mêmes des sincères démocrates.

L'imaginaire italien national de 1792-96 fut trompé par Bonaparte.

En 1996 Napoléon entre en Italie. L'entrée des troupes dans la Chartreuse de Parme a tété accueillie triomphalement. On les a accueillis en tant que libérateurs.

Il y a eu un siècle des Lumières en Italie aussi.

Ce fut le mouvement des jansénistes contre les jésuites, contre la toute-puissance du pape: ils réclament l'autonomie de l'Église se rapprochant de l'état avec la suppression de la prédominance des propriétés monastiques. C'est l'époque d'un Ugo Foscolo.

Or, la domination française ne s'est pas révélée une véritable libération, ce qui fait que quelque temps après les Italiens se tourner contre la France.

La république jacobine représente la Ligurie (où le problème religieux est important) avec une prédominance janséniste. Or, ces républiques ont disparu. Elles vont se transformer en territoire français tout simplement.

En 1805, Napoléon Bonaparte proclame le Royaume d'Italie. Il reçoit la couronne de fer de Lombardie; il distribue des provinces à Eugène de Beauharnais, à Murat, à son frère. En France il y a des révoltes contre la fiscalité, en Italie aussi cadrées par le clergé.

Pour le Pape les français de Napoléon étaient le diable; la détestation des français est très forte parmi le clergé et les révoltés qu'il cadre.

la déception de l'attitude de napoléon est tellement forte même parmi les jacobins que, lorsque Murat leur propose de s'unir à lui contre l'Autriche les Italiens ne suivent plus; tout ceci était terminé.

L'occupation autrichienne se renforce en Italie: c'est la tradition espagnole au Sud et la tradition austro-hongroise au Nord. Au milieu c'est le pape qui domine. Ce pouvoir forme des sociétés secrètes qui subsisteront après 1815 pour former bien plus tard l'armée de Mussolini.

Les lourdes pertes des Italiens durant la campagne de Russie ont contribué au mécontentement général; les révoltes populaires sont néanmoins considérées comme conditionnées par l'Eglise.

Les anciens officiers de la grande armée (napoléonienne) forment la charbonnerie (les carbonari).

Le Royaume de Lonbardie-Venise appartient à l'Autriche; c'est la seconde épouse de napoléon, d'origine autrichienne qui va se retrouver à la tête du Royaume de Parme.

Les révoltes libérales expriment l'espérance nationale contre les différentes dominations.

Les Bourbons prennent le Royaume de Parme:

Victor-Emmanuel Ier, protégé en Sardaigne par les anglais et par Eugène de Beauharnais, à son retour supprime toutes les réformes françaises et l'Église devient à nouveau toute-puissante, notamment dans l'éducation.

1820; révoltes à nouveau à Naples, dans les Duchés, à Modène...

Victor-Emmanuel Ier abdique en faveur de Charles-Félix son frère qui déléguera le pouvoir à son cousin Charles-Albert de Carignan touché par les idées libérales qui accueillit bien les Constitutionnalistes.

Le mouvement de 1820 est plus libéral que national. C'est l'époque de l'émancipation de la Grèce, de Byron, du romantisme italien. C'est la cause libérale qui l'emporte qui regarde toujours vers l'extérieur, vers la France (pour chasser l'Autriche) malgré la Restauration.

Les Bourbons restaurés ont envoyé des forces pour réprimer les insurgés. C'est principalement à Modène où il y a les délégations pontificales, les "romania" du Dioscèse que l'on espère que Louis XVIII va afficher de la sympathie à l'égard du Pape et où les révoltés italiens sont particulièrement sévèrement punis: ils seront pendus.

Les deux fils de Napoléon s'y sont engagés avec les carbonari.

En 1815-30 la charbonnerie est introduite par quelques jacobins français nommés au Sud de l'Italie et sûrement soutenus par la Franc-maçonnerie. Matini est en tout cas issu de la Franc-Maçonnerie. En 1832 il est présent dans les révoltes. Il y a des compromissions avec les Princes Restaurés de France (Piémont, Duchés) à condition d'obtenir des constitutions.

En 1847 c'est le printemps des peuples; ils commencent leur carrière dans ces mouvements des carbonari: Foscolo, Augusto Monti, très compromis avec Napoléon, Sylvio, Pellico, Manzoni, le Victor Hugo italien (I Promesi Sposi; les Fiancés; Les Amours de Luccia et de Renzo; des élégies, éloge de la religion. Alliance contrainte entre le Pape et le peuple.

Gioberti préconise une liberté, contre l'Autriche, et une unité, celle de l'Italie, une fédération avec le maintien de ses particularismes sous la domination du Pape. Or, ce serait chose impossible tant qu'il soutenait la Sainte-Alliance.

Avènement de Pie IX qui est un pape libéral mais les princes restaurés n'étaient pas d'accord.

Il a fallu que Charles-Albert acceptât. S'il l'a fait c'était cependant pour augmenter ses territoires notamment avec l'annexion de la Lombardie. Autant d'ambiguïtés qui ont abouti à l'échec de 1848-49.

Une loi de 1848 émancipe l'éducation de l'église alors que Victor-Emmanuel l'avit soumise aux jésuites.

Charles Albert se montre hésitant, fait preuve de très mauvaise volonté. L'opération militaire contre l'Autriche est très mal menée et perdue.

Suite à l'assassinat du ministre Rossi c'est Garibaldi qui s'empare du pouvoir et proclame la République Romaine. Les acquisitions de l'Eglise sont distribués aux pauvres jusqu'en 1893.

C'est finalement la France qui a mis fin à cette évolution, le parti de l'Ordre majoritaire sous Louis-Napoléon. En mai 1849 l'Italie assiste au retour du Pape.

Garibaldi devient le héros romantique.

La révolution de 1848 se termine par un échec en 1949; le parti de l'Ordre l'emporte.

L'aspiration nationale demeure: l'Italie se fera d'elle-même.

De 1849 jusqu'en 1850 c'est l'absolutisme qui règne.

En 1850, Victor-Emmanuel II jure de respecter la Constitution.

Émancipation définitive à l'égard de l'Église. Le premier ministre du centre gauche Ratazzi l'emporte. Or, en 1901 il craint, il démissionne.

Les Princes Savoyards sont conservateurs, or Ratazzi est réaliste; Cavour qu'il faut développer le Piémont pour en faire le premier état grâce à un développement économique et commercial avec le développement des industries mécaniques pour la construction des premiers bateaux qui ne sont plus en bois. Il fallait le soutien de la France d'où la participation symbolique à la guerre de Crimée pour participer au Congrès de Paris. Alors il demande de trouver quelque chose pour l'Italie: la France se rapprochera du Piémont contre l'Autriche.

Il y a également l'attentat d'Orsini qui, sur le point d'être exécuté, écrit une lettre à l'attention de l'empereur pour attirer son attention sur le cas de l'Italie: cette lettre sera publiée par le Moniteur.

Dès lors, sous la pression ou par profit, la France mène une politique d'alliance avec le Piémont qui va aboutir à la guerre contre l'Autriche au printemps de 1859.

Napoléon III, entrevue de la Villa Franca; menace des forces prussiennes sur le Rhin. Il s'arrête à la libération de la Lombardie malgré ses promesses. Il la donne à Victor-Emmanuel II; il avait promis d'aller jusqu'en Adriatique.

L'Italie du Nord est Piémontaise

Le centre de l'Italie appartenait à l'Eglise

l'Italie du Sud qui espérait avec un Monarque relativement libéral de se libérer de la domination très dure des Bourbons.

Cette confusion, cette déception, ces illusions perdues transparaissent dans les oeuvres littéraires du XIXe siècle.

Dès le siècle des Lumières les philosophes s'interrogent sur la question de l'objectivité ou de la subjectivité de l'existence de tout ce qui nous entoure et sur l'existence de Dieu, enfin la place de l'homme dans tout cela. Lors d'une discussion avec d'Alembert, Diderot s'interrogent sur les phénomena, les formes perçues, le monde perceptible; comment d'une forme telle qu'un oeuf nous remarquons la création d'une autre forme, par exemple, celle d'un canard.

Kant dans la Critique de la Raison Pure initie deux niveaux dans les phénoména:

a) l'organisation biologique et

b) notre rapport esthétique aux formes

De l'objectif naturel biologique naît le subjectif spirituel esthétique. mais de quelle façon et notamment pourquoi?

Dans l'antiquité chez Aristote il y a deux dynamiques de mouvement

a) le Cosmos avec le mouvement des étoiles et

b) le biologique.

Les naturalistes maintiennent ensemble ces dynamiques d'évolution mais différemment des romantiques du XIXe siècle. Nous allons expliquer la différence essentielle de ces deux mouvements dont le premier part du principe de l'unité du cosmos de l'extérieur (d'une cause métaphysique, platonicienne et va vers le plus petit) et le second du principe inverse de l'auto-gestion de la Nature, des ondes d'auto-organisation se propageant du plus petit, de l'atome vers le cosmos.

Pour les écoles romantique et symboliste c'est la symbiose harmonieuse entre différents règnes naturels,-animal et végétal-, et les différentes espèces qui prime; l'émotion n'est pas selon ces écoles une simple fonction utilitaire et primordiale pour la préservation, la sauvegarde et l'évolution d'une seule espèce. L'équilibre biologique et écologique dans lequel la synergie des différents règnes et espèces compte ,et que les scientifiques démontrèrent ces derniers siècles, montre l'erreur fondamentale de la théorie naturaliste.


GRANDEUR et DÉCADENCE de BYZANCE

A l'aube du Nouveau Monde et à l'automne du Moyen Age Marco Polo et les riches marchands de Venise défient les pièges de la Fortune, de l'Amour et de l'Esprit. Ils se lancent à la conquête de l'Europe et de l'Orient. Les riches banquiers de Florence, les Médicis, frappent une nouvelle monnaie, le florin qui va rapidement supplanter les iperpers byzantins et les dinars arabes. Une terrible épidémie de peste les rattrape au tournant: Boccace l'interprète comme une manifestation de la colère de Dieu en raison de la cupidité, du manque de scrupules et de l'avarice de ce milieu: Il écrira le "Décaméron".



Un autre phénomène social , le satanisme pratiqué dans les églises et par les gens de l'église

Nous avions consacré un précédent article à l'église dite orthodoxe de Colombelles (quartier de Caen) Saint Serge de Radonège et ce qui s'y produit que nous avions signalé comme socialement hautement nuisible. Nous avons de nouveaux éléments que je soumets au public:
cette église, comme toutes les églises orthodoxes de l'Ouest non grecques dépendent de l'Institut théologique Saint Serge (Paris). Or, un de ses Maîtres en théologie, le prêtre Razman Ionescu d'origine roumaine du Patriarcat de Roumanie, participa récemment à l'Unité de Recherche du Projet Nouveau Regard 2005 avec le physicien Olivier Costa de Beauregard décédé il y a quelques années seulement. Olivier Costa de Beauregard avait consacré sa vie aux recherches sur le paranormal et notamment sur la psychokinésie ou Télékinésie. Le Cercle Zézétique mentionne que le "Laboratoire de Parapsychologie" d'Olivier Costa de Beauregard avait effectué des recherches de parapsychologie (notamment concernant la psychokinèse).

Voici de quoi il s'agit:

Appelée également psychokinèse. C’est la "capacité" de déplacer des objets par la 
                    puissance de l'énergie mentale (Voir lévitation). Certaines
personnes croient que
                    par leur "pouvoir mental", ils peuvent déplacer des objets
autour d’eux. Cela peut
                    être réel, mais ceci n'est pas réalisé avec leurs "facultés
mentales". En fait, je
                    crois que ce sont des esprits mauvais (démons) qui
accomplissent ce travail. Ce
                    genre de phénomène arrive surtout aux gens qui côtoient
le milieu occulte.
CULTE :           Dont la cause et les buts restent cachés. Ce qui est secret
et connu seulement
                    par les "initiés". Fait échappant au domaine du rationnel,
naturel. Dans le monde
                    occulte, nous retrouvons, trois divisions: soit le spiritisme,
la bonne aventure
                    et la magie (Voir ésotérique). 
LÉVITATION :        Phénomène d’un objet, d'une personne, ou d'un animal,
s'élèvant et flottant
                    librement dans l’air sans aucune aide visible (Voir psychokinésie).



Vous avez regardé des films avec des personnes possédées qui se lèvent à l'air par des puissances diaboliques? Eh bien c'est à ce genre d'expériences que se livra apparemment le bon prêtre orthodoxe roumain du Patriarcat de Roumanie et Maître en Théologie à l'Institut Saint Serge Razvan Ionescu. Hier, mardi 13 mars l'église roumaine orthodoxe de Caen avait invité à l'occasion de la fête de l'Orthodoxie un certain prêtre dénommé également Costa de Beauregard (il ne s'agit pas de la même personne mais...) Donc, à en croire les explications données ci-dessus concernant le genre de personnes s'occupant de ces recherches, il s'agirait de personnes pratiquant le spiritisme, la bonne aventure et la magie. Les théologiens de l'Institut Saint Serge en font-elles partie?


logo UNS . Enseignements de Zététique. logo UNS

Présentation

Zététique 1. Méthodologie Scientifique
.
Polycop de Méthodologie téléchargeable (et Physique Méca. Fluides)
et les deux livrets de base à lire (cf. B.U. Sciences)

Licence SV1
Zététique 2. Les phénomènes "paranormaux"
.
Feuillets à télécharger pour les étudiants après leur inscription pédagogique
et
l'ouvrage à lire (cf. B.U. Sciences)
.
Licences 1ère, 2ème & 3ème années
toutes dominantes

en UEL
Thèmes d'expériences (pour l'UEL Zététique 2)


"Le droit au rêve a pour pendant le devoir de vigilance"
(H. Broch in "Le Paranormal", Seuil 1985)

Pour tout trouver sur le site vous disposez d'un moteur de recherche. --&~~SPECIAL_REMOVE!#~~gt; Cliquez ici &~~SPECIAL_REMOVE!#~~lt;--



Présentation

Le premier enseignement de Zététique a été créé en tant que tel à la Faculté des Sciences de Nice en 1993 par le physicien Henri Broch, Docteur ès Sciences (Henri Broch a démarré en fait ce type d'enseignement au tout début des années 1980 en introduisant dans le premier cycle d'études universitaires un enseignement zététique intitulé Rappels sur quelques aspects de la méthodologie scientifique à partir des phénomènes "paranormaux"). Placé sous l'égide du Département de Physique de l'Université, l'enseignement a été ouvert à l'ensemble des dominantes de DEUG scientifiques jusqu'en 2000-2001, mais devant le nombre croissant d'étudiants s'inscrivant dans cet enseignement de méthodologie, le manque cruel de moyens et les nouvelles réformes de l'enseignement supérieur, il a été ensuite malheureusement nécessaire de limiter les dominantes pouvant recevoir cet enseignement.
L'enseignement actuel se présente en deux Unités d'Enseignement couvrant diversement les dominantes des Licences de l'université de Nice Sophia Antipolis :

- Zététique 1. Méthodologie scientifique. UE 1ère année
Enseignement obligatoire, Licence "Sciences de la Vie" (L1SV), 1er semestre

- Zététique 2. Les phénomènes "paranormaux". UEL (L1, L2, L3)
Toutes Licences et toutes UFR (sous réserve de la compatibilité des emplois du temps), 2ème semestre.

L'objectif de l'enseignement de Zététique est d'aboutir - via le support motivant des parasciences et des phénomènes "paranormaux" - à une compréhension de ce qu'est la méthodologie scientifique, à une mise en forme de l'approche nécessaire pour qu'une hypothèse ou un résultat acquière le qualificatif "scientifique".
Et cela sous une forme : a) accessible et b) facilement mémorisable.

L'enseignement de Zététique créé à l'origine à l'Université de Nice-Sophia Antipolis a, depuis, commencé à essaimer.
Des cours de Zététique sont d'ores et déjà dispensés dans différents établissements. Entre autres :
- Université Joseph Fourier de Grenoble (
L1-L3 toutes disciplines ; 2ème et 4ème année de Pharmacie)
- CIES Grenoble
- IUFM Grenoble
- EPF (école d'ingénieurs généralistes), Sceaux
- Ecole Polytechnique Supérieure de Dakar, Sénégal
-
Académie de Montpellier, IUFM
- Académie de Marseille, IUFM
- Université Marne-la-Vallée, Paris-Est
- Université de Provence (+ télé-enseignement), Marseille
- INSA, Lyon
En élaboration :
- Université d'Artois, IUFM Nord-Pas-de-Calais.
- Ecole Normale Supérieure, Paris
- Université Lyon 1


Rien d'étonnant à ce que la plupart des membres de ladite église aient eu une formation de psychologue ou alors de radiesthésiste ou de magnétiseur. Lisez à quoi ceci leur servira à leur avis (à obtenir le succès et la chance et si possible à devenir les maîtres du monde):

BIBLIOTHEQUE ALPHA

Imprimez ce document

Ce que notre cours de

Sciences Psychiques

vous apportera








Regardez la grande scène du monde : Beaucoup de personnes se

plaignent de ne pas avoir de chance dans la vie. D’autres, par contre,
semblent se détacher de la foule et monter irrésistiblement vers les
sommets.


En réalité, il n’y a pas de hasard dans la vie. Sachez que si

quelqu’un réussit, ce n’est ni à cause de la chance, ni de qualités
exceptionnelles, mais tout simplement grâce à l’application de
certaines lois du succès. Ces lois étaient déjà suivies par les grands
hommes de l’Antiquité. Depuis des siècles, elles ont donné pleinement
la preuve de leur grande efficacité. Quiconque les applique est certain
de sa réussite. Les réponses ci-dessous vont vous éclairer davantage.


1°) Comment l’association ALPHA peut vous aider à développer votre
potentiel ?

L’association ALPHA peut vous apporter un enseignement initiatique

authentique, capable d’augmenter votre potentiel et de vous permettre de
maîtriser votre vie.

















2

Cet enseignement concerne les facultés supérieures de l’être, celles que

l’on appelle communément «pouvoirs paranormaux». Toutefois le terme de
« paranormal » ne semble pas approprié. En effet, les phénomènes étranges que
certains arrivent à provoquer n’ont rien de surnaturel. Ils résultent simplement
de l’application de certaines lois cosmiques ou de pouvoirs intérieurs.

Sachez également que ces «pouvoirs» ne constituent pas le but véritable.

Ils ne sont pas à rechercher pour eux-mêmes et sont plutôt la conséquence d’un
éveil spirituel.

Le but véritable est de vous engager sur le chemin de l’initiation, de

libérer votre être et de vous permettre de maîtriser votre vie. Car c’est là le but
ultime de l’initiation : faire descendre la Force divine en soi.



2°) Comment sont structurés les cours de l’association ALPHA ?

Les personnes qui sont acceptées au sein de l’association ALPHA

entament des études très complètes en matière de psychologie, parapsychologie
et sciences occultes. Il peut sembler curieux au départ de mélanger ces 3
disciplines, pourtant elles forment un tout indissociable.





Le satanisme c'est la résultat de la laïcité: dans la laïcité il faut concilier toutes les croyances et toutes les religions de même que l'absence de religion: qui va donc définir le bien et le mal social? La laïcité favorise donc d'une part les excès dans l'exercice de l'autorité de l'Etat (nazisme, communisme) et d'autre part supprime la moralité de la conscience qui est universelle. Elle donne donc la liberté de nommer bien ce qui pour la conscience humaine est considéré naturellement comme mal et vice-versa.

Dans toutes les religions du monde, le bien et le mal sont prédéfinis et délimités soit par des règles soit par des traditions. Dieu représente en fait le principe d'universalité des valeurs morales. Chose que rejette le satanisme. Dans le satanisme le bien et le mal ne sont pas universels c'est donc à l'individu de choisir ses propres valeurs. Le satanisme est donc une croyance qui rejette l'existence de dieu en tant que principe moral.


Le lien entre l'Institut de théologie Saint Serge et l'utilisation des chrétiens orthodoxes qui fréquentent les églises qui en dépendent m'a semblé évident en raison de certains comportements sectaires dans ces églises par le biais de membres psychologues et/ou médecins et/ou membres du corps social d'état, tels que les délations, dites "signalements", abusives, la tolérance de ces agissements par les prêtres et par les autorités et à cause de la présence dans cette église d'un grec étudiant en psychologie pro-néo-nazi, dénommé Dionyssis Savramis, originaire de Patras, lequel s'introduisant chez moi avec sa compagne a voulu faire des expériences de télékinésie chez moi et me parla d'expériences de ce genre auxquelles il n'attribuait aucune influence spirituelle mais une explication uniquement scientifique. Tous les prêtres de cette église que j'ai connus se rangèrent de son avis de façon habituelle attribuant peu de foi aux phénomènes surnaturels. Il m'a semblé que cette église était en réalité une énorme cellule d'expériences de ce genre d'un quelconque laboratoire de parapsychologie du CNRS. En effet, tandis qu'en Grèce les prêtres orthodoxes sont considérés presque comme des fonctionnaires et ont un salaire mensuel attribué par l'état, même ceux qui exercent à l'étranger par exemple à Paris, et par conséquent ils ne sont pas sous l'autorité de l'Institut de Théologie Saint Serge, les autres, ceux qui en font partie, ne sont pas de vrais prêtres car ils exercent à part un autre métier, le plus souvent de médecin ou de psychologue ou encore d'homme d'état, de la Police etc et n'ont aucun revenu en tant que prêtres. Ceci signifie qu'ils ne sont ni ordonnés ni reconnus comme prêtres par le Patriarcat de leur pays et qu'ils se sont auto-proclamés et auto-ordonnés prêtres. C'est ainsi que l'église grecque ne m'autorisa ni à me marier ni à baptiser mes enfants dans leur église. Maintenant, le fait que l'association cultuelle de ces églises prétende qu'ils dépendent directement du Patriarcat de Constantinople car ils sont en désaccord avec le Patriarcat de leur pays pour des motifs d'ordre politique. Des mensonges que tout cela puisque toute église orthodoxe dépend d'office du Patriarcat de Constantinople à condition d'être une véritable église orthodoxe et reconnue en tant que telle premièrement par le Patriarcat de son pays d'origine. Néanmoins, comme ces laboratoires doivent être rémunérés et comme l'état ne finance que la partie scientifique du travail s'ils utilisent des occultistes ou de cobayes pour effectuer leurs recherches ils doivent recourir à d'autres financements qui ne peuvent être que des sectes qui elles exploitent des personnes en difficulté ou considérées comme vulnérables comme me l'a fait remarquer un ami policier.














































ARTICLE REDIGE PAR LE LINGUISTE CATHERINE LAMBRE DU 13 AVRIL 2010 AU 9 JUIN 2010

PREAMBULE

L’EMPIRISME LOGIQUE

L’empirisme logique est une école philosophique principalement illustrée par le Cercle de Vienne. Le Cercle de Vienne fut fondé par un groupe réunissant des scientifiques et philosophes viennois dans les années 1920.Le positivisme logique, dans la continuation de l’empirisme de Locke et de Hume, considère que la sensation est le fondement de la connaissance alors que chez Comte l’expérience sensible n’a aucune priorité. Ernst Mach est le véritable précurseur du Cercle de Vienne car il défendait déjà l’idée que le concept de réalité objective n’est pas utile en science. La science ne ferait selon lui qu’organiser de façon rationnelle et précise les relations entre nos sensations.

Le positivisme logique, ou néo-positivisme est issu du positivisme d’Ernst Mach, d’Henri Poincaré et de la pensée de Wittgenstein. Le positivisme renonce à donner des causes aux phénomènes et ne cherche qu’à donner des lois permettant de les décrire et de les prédire. Les lois sont induites des sensations. Le positivisme logique partageait ainsi, dans une certaine mesure, le point de vue du kantisme sur la distinction entre science et croyance.Pour le positivisme et pour le positivisme logique, les sensations sont donc parfaitement indubitables, et peuvent donc, une fois formulées dans un langage précis, servir à créer des théories scientifiques.

Les énoncés protocolaires

Les sensations doivent prendre la forme d’énoncés protocolaires.La philosophie doit être la logique de la science, c’est-à-dire examiner les théories scientifiques et en dégager les relations logiques. Elle doit montrer comment le langage d’observation constitué par les « propositions protocolaires », ou « énoncés observationnels », fournit les prémisses sur lesquelles on peut déduire les propositions scientifiques, ou théoriques, proprement dites.C’est autour des années trente que les néo-positivistes (membres du Cercle de Vienne), R. Carnap et O. Neurath, donnent à l’expression un sens renouvelé et lui font désigner des propositions qui, décrivant l’expérience immédiate, la perception d’un observateur, sont considérées comme les éléments nouveaux (les prémisses) de la connaissance et de le science. En 1931, Carnap semble admettre parmi les énoncés protocolaires aussi bien « vert ici maintenant », « joie maintenant » que « cercle vert maintenant » ou « une boule verte roule sur la table ».Le modèle théorique en question est l’idée que la science serait fondée sur des expériences aussi proches que possible des données sensibles primitives. C’est cette idée qui a été élaborée de manière radicale par Carnap, lorsqu’il avança la notion d’énoncé protocolaire dans deux articles de 1931. C’est cette notion d’énoncé protocolaire que l’on commencera par examiner.

L’examen du spectre des acceptions du terme « expérience »

Le sens le plus général est sans doute celui qui apparaît dans une phrase comme « Il avait l’expérience des hommes (ou des femmes), des affaires, de la vie », ou même de manière absolue « il a de l’expérience ». L’expérience désigne alors une longue pratique au cours de laquelle quelqu’un a été confronté à ce qu’on appelle la réalité et les choses de la vie, et avoir appris quelque chose de cette confrontation.Un sens un peu plus précis et plus scientifique est celui qui apparaît dans une phrase comme « Il savait cela non par raisonnement, mais par expérience ». L’idée est alors que l’on peut acquérir de nouvelles connaissances soit a priori soit a posteriori. (Déf. Une connaissance acquise a priori, c’est une connaissance constituée seulement par le raisonnement : une fois posées certaines hypothèses, on fait certaines déductions. Exemple. Une connaissance acquise a posteriori, c’est une connaissance acquise empiriquement, par les sens, par l’observation sensible, la perception. On ne peut savoir, sinon par expérience, qu’aujourd’hui untel porte un pull rose bonbon, que le dernier prix Nobel de la paix est M.X., qu’il n’existe pas de baleine rouge et que les planètes tournent autour du soleil.) L’adjectif correspondant c’est « empirique » et l’on voit qu’il recouvre toutes sortes de choses.C’est le sens qu’admit Carnap et les premiers fondateurs du Cercle de Vienne.Le lien qui subsiste entre l’empirisme de Locke et de Hume et le Cercle de Vienne est que le sens d’une proposition est réduit selon le Cercle de Vienne à sa signification cognitive, autrement dit à la valeur de vérité de celle-ci : une proposition qui n’est ni vraie ni fausse est, selon le Cercle de Vienne, dépourvue de signification.Or, selon le cercle de Vienne, seul le langage sur le monde a valeur de vérité et non le langage poétique ou métaphysique.Ultimement, selon Quine, l’unité de la science repose sur l’unité du réel. Tous les phénomènes (biologiques, sociaux, culturels, etc.) sont réductibles à partir des lois fondamentales de la physique. Ce réductionnisme des sciences à la seule physique prend le nom de physicalisme.

La principale nouveauté du Cercle de Vienne consiste dans son usage de la logique développée par Frege et Russell pour l’étude des problèmes scientifiques. La conception de la philosophie est ainsi rarement modifiée pour se concentrer sur l’épistémologie et l’étude des sciences.Un des problèmes soulevés par Frege est celui-ci: quelle est la véritable nature de ce dont on parle. Car, il présuppose l'existence d'un objet "dénoté" par chacun des groupes nominaux, pronoms et autres noms propres utilisés dans une phrase "scientifique", en d'autres termes "pourvue de valeur de vérité". Or, écrit-il, une proposition telle que "Vénus est l'étoile du matin" apporte bien évidemment une information scientifique, elle nous apprend quelque chose sur une étoile. Néanmoins, si on l'analyse en termes de dénotation , en admettant que le sens d'une proposition scientifique passe par sa valeur de vérité concernant ce dont on parle -(la véracité des informations apportées sur ce dont on parle)-, elle se transforme selon ce théoricien en ce moment en une relation d'égalité

A = A

puisque "Vénus" et "l'étoile du matin" dénotent, selon Frege, le même objet.Il ne peut donc expliquer ce phénomène, -le fait qu'une proposition qui apporte une véritable information sur l'objet dénoté puisse se réduire à une simple tautologie qui par nature, n'apprend rien sur le monde-. Il a alors recours à cette conclusion intuitive, à savoir qu'une proposition telle que Vénus est l'étoile du matin ne fonctionne que comme une relation entre différents aspects du même objet qui résultent de la différence entre attributions de propriétés différentes à un et un seul objet, toujours le même, qui le présentent chacune sous un jour différent tandis qu'une pure relation logique en termes de mathématiques A=A équivaut à une relation entre un objet et lui-même. Le sens le plus précis de tous, c’est celui qui correspond à l’adjectif « expérimental ».« Expérience » est alors synonyme de « test », d’ « expérimentation » et désigne un protocole régulé et volontaire par lequel, comme disait Bacon, on met la nature à la question, on la torture, on la force à avouer la vérité. Pascal fait ainsi réaliser l’expérience du Puy de Dôme par son beau-frère Perrier : il a la théorie que c’est la pesanteur de l’air et non l’horreur du vide qui empêche l’eau de monter au-delà d’une certaine hauteur, il invente une expérience qui va permettre de confronter cette théorie à l’expérience, de décider par une expérience conçue à dessein et volontairement, si cette théorie peut être acceptée ou non. Spontanément, on voit bien qu’il y a une différence entre le constat que je porte aujourd’hui un pull rouge, l’observation que Jupiter a quatre satellites et l’expérience du Puy de Dôme. Le premier constat se fait totalement involontairement, il est inévitable et spontané à partir du moment où l’on est en face de moi- dans des conditions normales, toute personne placée en face de moi devrait voir que je porte un pull rouge. Pour observer que Jupiter a quatre satellites, du moins quand elle fut faite par Galilée, il ne suffit pas de sortir sous le ciel étoilé par une nuit d’insomnie : il faut construire un instrument d’observation, en avoir la maîtrise pratique, voire élaborer une théorie qui rend compte de son fonctionnement. Pour l’expérience du Puy de Dôme , il y a un élément supplémentaire : l’expérience est conçue comme un test permettant d’infirmer ou de vérifier une hypothèse théorique.Le rapport du positivisme avec l’étude de la langue. La logique va donc servir ici à distinguer le sens du non-sens : on utilise comme critère la théorie vérificationniste de la signification. Le sens d’une proposition est réduit à sa signification cognitive, autrement dit à sa valeur de vérité : une proposition qui n’est ni vraie ni fausse est, selon le Cercle de Vienne, dépourvue de signification. C’est en ce sens que le positivisme affirme que les énoncés poétiques, ou métaphysiques, sont des énoncés sur le langage, et non sur le monde : ils n’ont pas de valeur de vérité, celle-ci relevant, selon cette école, d’une correspondance avec les faits empiriques. Or, les observations de Frege montrent les difficultés soulevées par cette thèse. Il finit par réduire toute relation logique des mathématiques purs à une tautologie qui n'apprend rien sur le monde. Pour le logicien ces relations sont vides de sens.Selon les positivistes Frege et Russell les énoncés se divisent en énoncés analytiques (les propositions de la logique et des mathématiques réductibles à des tautologies) et en énoncés synthétiques, qui constituent les sciences empiriques. Les énoncés analytiques n’apprennent rien sur le monde, disent-ils, et sont vrais de par la signification des termes qui les composent (ainsi, Tous les célibataires sont non-mariés). Pour ce cercle, il s’agit de propositions « vides de sens).

INTRODUCTION

L’influence de la Linguistique sur l’élaboration de la construction de l'empirisme logique fut primordiale. C’est notamment l’observation du phénomène de substitution des groupes nominaux aux noms propres et inversement lors de la reprise pronominale qui détermina celle-ci. Ainsi, par exemple,« Un homme entra dans le café », « Il entra dans le café » ou « Paul entra dans le café ». Ce fut l'un des sujets traités dans mon mémoire de Maîtrise soutenu en 1984.
Nous pouvons tirer les conclusions suivantes lors de l'observation du phénomène d'inter substituabilité de syntagmes nominaux, de noms propres et de pronoms dans le même énoncé salva veritate.
Ainsi, par exemple,


(1) L'homme au chapeau melon entra dans le café
(2) Paul entra dans le café
(3) Il entra dans le café
Dans le même énoncé nous pouvons substituer les unes aux autres les expressions linguistiques (Denis Slakta) suivantes:
L'homme au chapeau melon, Paul
et Il sans modifier la valeur de vérité de l'énoncé qui est
Y entra dans le caféY est L'homme au chapeau melon, Paul et Il.


En d'autres termes, si la proposition (1) est vraie pour une occurrence dans un univers de discours, alors les deux autres énoncés (2) et (3) sont nécessairement vraies pour la même occurrence dans le même univers de discours (si l'émetteur du message parle du même individu en utilisant chacune de ces trois expressions).
Nous avons observé que deux des dites expressions ne sont pas pourvues de sens lexical propre en dehors de leur emploi dans un énoncé en particulier. Ainsi, si l'expression L'homme au chapeau melon est à même d'attribuer de par son sens lexical des propriétés à ce dont l'émetteur du message parle , ni le nom propre Paul ni le pronom Il ne sont pourvus de sens lexical propre en dehors de leur utilisation dans un contexte discursif. Nous en avons conclu que si la valeur de vérité des trois énoncés est préservée lors de la substitution de ces trois expressions les unes aux autres, l'emploi de chacune de ces expressions dans le même énoncé "crée" un sens lexical équivalent pour chacune d'elles. Car si nous pouvons affirmer que si (1) est vraie alors (2) et (3) sont nécessairement vraies, il s'ensuit que chacune des trois expressions contribue à parts égales à la construction du sens et de la valeur de vérité des trois énoncés une fois qu'elle y est employée en se substituant aux deux autres.

PREMIERE PARTIE

CHAPITRE I

Parle-t-on de "quelque chose"?


Nous essaieront de rendre notre pensée plus claire en l'illustrant au moyen de l'exemple qui suit:
lorsqu'un enfant apprend à compter, il a besoin d'un support tel qu'un boulier (objet réel) ou d'objets imaginés tels que des pommes réelles, peintes ou simplement imaginées, etc.
comme lorsqu'on lui apprend que
1pomme+1pomme=2pommes

C'est grâce à ces illustrations au moyen d'objets perceptibles que nous vérifions la véracité de l'énoncé 1+1+2 dans un univers en particulier réel ou imaginaire.
Ainsi, par exemple, la relation d'égalité
1+1=2
est une relation d'égalité universellement admise comme vraie. Cependant, cette acception générale de sa véracité ne va pas de soi. Elle fut dans un premier temps admise comme vraie dans un univers donné grâce à des expérimentations faites sur des objets existant dans cet univers. Or, si l'on n'avait pas vérifié la valeur de vérité d'une telle relation d'égalité au préalable dans aucun des univers perceptibles et connus de nous humains, qui pourrait affirmer sans cela la véracité d'une telle proposition?
D'où vient donc l'acception généralisée de la véracité d'un tel énoncé à partir de vérifications isolées au moyen d'objets de l'extralinguistique pragmatique?
Nous pouvons aller encore plus loin dans cette réflexion: lorsque nous illustrons par exemple la véracité d'un tel énoncé au moyen d'objets perceptibles tels que des pommes, nous utilisons des objets de nature essentielle identique ou très similaire si nous voulons vraiment "parler de quelque chose" et établir une relation d'égalité entre ces objets dont nous parlons à moins que nous ne parlions pas vraiment de ces objets même mais de ce qu'ils signifient / symbolisent dans cet énoncé, de simples unités numériques.


Ainsi, par exemple, une proposition telle que
1 pomme+1 chaise=2pomme-chaise (?)


serait totalement dépourvue de sens. Elle ne peut acquérir sens que lorsque nous supprimons les expressions linguistiques de cette relation d'égalité. Par conséquent, toute relation d'égalité indique l'identité de propriétés essentielles des deux parties de cette relation lorsque nous parlons de quelque chose, autrement dit s'il ne s'agit pas d'une simple relation d'égalité entre nombres purs.

L'inter substitution des expressions linguistiques dans un énoncé salva veritate n'est pas fonction, nous l'avons constaté, de leur sens lexical en dehors de leur emploi dans cet énoncé. Nous en avons déduit que l'équivalence de leur sens nécessaire pour la préservation de la valeur de vérité de cet énoncé est créée dans le discours. D'autre part, une telle possibilité d'inter substitution crée une véritable relation d'égalité entre ces expressions: A=B=C. Ces expressions n'étant pas des nombres purs, elles servent à indiquer ce dont l'émetteur du message parle et selon notre exemple précédent, il y a présupposition d'unicité de ce dont le locuteur parle.
Nous en déduisons que la préservation de la valeur de vérité de toute relation d'égalité, dont les deux parties sont composées par des expressions linguistiques, est fonction de l'unicité de ce dont l'émetteur du message parle dans chacune de ses deux parties et que dans ce cas, le locuteur parle de quelque chose.


En outre, d’autres expérimentations sur le fonctionnement du langage tendent à montrer l’irréfutabilité de la présupposition d’unicité et par conséquent d’existence de « quelque chose » dont on parle lorsqu’on emploie une expression linguistique.

Ainsi, par exemple, lors de l’étude des déterminants du nom qui s’accordent en cas avec le nom qu’ils déterminent en grec ancien.1- Nous avons utilisé quelques exemples d’adjectifs à fonction d’épithète lesquels, faisant partie du groupe nominal dans lequel le nom qu’ils qualifient est employé, sont introduits par le même déterminant que celui-ci. Ainsi :

Εuδαίμων aνήρ : un homme heureux

δεινός aκοντιστής : un lanceur de javelot adroit

θαυμαστή δύναμις : une admirable force

o αuτός λόγος : le même discours (la même parole)

2- quelques exemples de déterminations prédicatives lesquelles, contrairement aux adjectifs à fonction d’épithète, ne sont en aucun cas introduites par un déterminant :

πaσαν eβλαπτε την πόλιν : il nuisait à toute la ville

γνοuς δέ καί αuτός o Περσwν βασιλεύς ayant compris ceci même le roi des Perses

et

3- un exemple de mots en apposition et d’absence de déterminent qui équivaut à l’emploi d’un article indéfini en français moderne :

oρμισάμενοι δέ eς Σύβοτα λιμένα τèς Hπείρου : et une fois qu’ils jetèrent l’ancre à Syvota qui est un port du continent (en face)

En comparant les deux exemples suivants

o αuτός λόγος : le même discours (la même parole) et

γνοuς δέ καί αuτός o Περσwν βασιλεύς ayant compris ceci même le roi des Perses

nous observons que le sens lexical de même « αuτός » n’est attribué qu’à ce qui est désigné par le groupe nominal lorsqu’il est adjectif à fonction d’épithète du nom et qu'il fait partie du même groupe nominal que le nom qu’il détermine. Ainsi, dans le même discours. L'attribution de la propriété d'être le même est orientée en quelque sorte vers une et une seule direction de ce qui semble être désigné par l'expression linguistique introduite par un article défini ou autre déterminant. En revanche, lorsque même constitue une détermination prédicative et qu'il n’est pas introduit par le même déterminant que le nom, alors, la propriété d’être « même » n’est pas orientée exclusivement vers ce qui est désigné par le groupe nominal dont le nom qui en est déterminé fait partie. Ainsi dans même le roi des Perses. Ce dernier emploi de même semble s'apparenter d'un point de vue sémantique à une expression telle que a, de même b,de même c,... de même que le roi des Perses ont compris cela (comme tant d'autres) bien que le sens des deux propositions ne soit pas exactement le même. Le sens exact de la tournure même le roi des Perses a compris cela signifie que n'importe qui était capable de comprendre cela, le roi des Perses en personne aussi (le moins à même de le comprendre). Mais dans ce dernier cas de figure, même aurait pu être appliqué également à n'importe quel autre individu parmi tous ceux qui avaient compris cela. Ainsi, si le roi des Perses a compris cela, d’autres étaient dans le même cas de figure que lui mais dans le cas du « même discours », le fait d’être « même » n’appartient qu’à une et une seule entité, au « discours » dont on parle.

Nous en avons déduit que l’emploi de l’article défini est lié à la présupposition d'orientation des propriétés dont semble "chargé" le sens des termes employés vers une et une seule direction, à caractère unique. On en déduit facilement le caractère d'unicité de cette orientation et donc la présupposition d'existence d'un "objet" unique "désigné" par les "expressions linguistiques". Ces conclusions viennent compléter et éclairer les observations tirées lors de l'intersubstituabilité des expressions linguistiques dans le discours. (Maîtrise de Linguistique).

Un autre exemple de transformation

πaσαν eβλαπτε την πόλιν : il nuisait à toute la ville

την πaσαν πόλιν eβλαπτε : il nuisait à chaque ville

montre que l’introduction du déterminant du nom par le même déterminant qui introduit l’ensemble du groupe nominal dont le nom fait partie, non seulement indique l’unicité de ce dont on parle et à qui l’on attribue telle ou telle propriété mais encore son insertion dans un ensemble d’entités similaires par certains points de vue dont ce dont on parle se différencie en tant qu’unique par certaines propriétés dans un ensemble d’entités similaires mais pas identiques.

Nous avons été très tentés, à l’instar des premiers fondateurs du Cercle de Vienne, d’admettre que cet ensemble est supposé être un ensemble de représentations d’ « objets » du monde perceptible et connu de nous grâce à notre expérience du monde dans lequel nous vivons (qu’il s’agisse d’un monde réel avec des protagonistes réels ou d’un univers de fiction, en d’autres termes littéraire). Or, ce qui suit montre qu’une telle conclusion est réfutable. Si l’on étudie l’exemple suivant de mots en apposition introduits en français par un article indéfini, nous constatons que seul l’emploi d’un article indéfini peut introduire ce dont on parle dans un tel univers :

oρμισάμενοι δέ eς Σύβοτα λιμένα τèς Hπείρου : et une fois qu’ils jetèrent l’ancre à Syvota qui est un port du continent (en face)

L’emploi d’un article indéfini en français montre que Syvota n’est pas l’unique port du continent en question. Dans ce cas de quel ensemble s’agit-il lors de l’emploi d’un article défini ?

La reprise anaphorique est vériconditionnelle (possible uniquement en cas d'inter substitution salva veritate) :

a)l'émetteur du message parle de "quelque chose" en employant chacune de ces expressions

b) ce dont il parle est unique (identique à lui-même)

B/ Nous postulons que le "sens" des expressions linguistiques employées dans un énoncé semble être fonction de l'objet unique désigné au moyen des expressions linguistiques employées de façon telle que le "signe" linguistique y prenant valeur par le biais de cet objet, l'énoncé se "vérifie" dans cet objet. Les exemples que nous utiliserons plus loin éclaireront ce côté du problème de la référence, nous semble-t-il.

1) Je donnerai des gâteaux à Nikos et à Yannis.

Pour cette proposition, la reprise globale des références respectives des deux noms propres par le même pronom personnel est possible :

Je leur donnerai des gâteaux.

Leur reprend à Nikos et à Yannis

2) Je donnerai des gâteaux et à Yannis et à Nikos.

3) Je donnerai des gâteaux à l’un comme à l’autre.

4) Je ne donnerai des gâteaux ni à l’un ni à l’autre

5) Je ne donnerai des gâteaux ni à Nikos ni à Yannis

6) Je donnerai des gâteaux ou à Nikos ou à Yannis

7) Je donnerai des gâteaux soit à Nikos soit à Yannis

La reprise anaphorique des groupes nominaux des exemples de (2) jusqu’à (7) ne peut être globale car dans ce cas le sens profond des propositions est modifié·

Je leur donnerai des gâteaux (* ?)·

Je ne leur donnerai pas de gâteaux (* ?)

Pour quelle raison ? Nous observons le phénomène suivant :que, lorsque les conditions d’attribution d’une valeur de vérité à la partie de la phrase qui comporte l’une des deux expressions linguistiques employées ne sont pas les mêmes que celles exigées pour attribuer une valeur de vérité à la partie de la proposition qui comporte l’autre expression, dans ce cas, alors, la reprise anaphorique globale par le même pronom personnel devient de très difficile jusqu’à impossible. Nous essaierons d’expliciter ce point :

Pour la phrase (1) :Si la proposition (1) est vraie alors la proposition qui est son contraire

8) Je donnerai des gâteaux à d’autres qu’à Yannis et Nikos est fausse. Si la

(8) est vraie, alors la (1) est fausse et inversement. En revanche, en ce qui concerne la proposition (2) :les conditions d’attribution d’une valeur de vérité sont les suivantes :Si la proposition 9) Je donnerai des gâteaux à Yannis est vraie alors la proposition 10) Je donnerai des gâteaux à Nikos est également vraie (et inversement). Par conséquent, les deux noms propres dans cette proposition ne sont pas régis par les mêmes conditions d’attribution d’une valeur de vérité et leur reprise anaphorique globale est très difficile.De même pour (5) si la proposition (11) Je ne donnerai pas de gâteaux à Yannis est vraie alors la proposition (12) je ne donnerai pas de gâteaux à Nikos est également vraie. Et pour la proposition (7)si la proposition (13) Je donnerai des gâteaux à Nikos est vraie alors la proposition (14) Je ne donnerai pas des gâteaux à Yannis est vraie et inversement.

Nous venons donc de constater grâce à cet exemple que la reprise anaphorique est beaucoup plus complexe, qu'elle passe par des conditions d’attribution d’une valeur de vérité à une proposition. Or, toute inter substitution d'expressions salva veritate laisse supposer l'unicité et par conséquent l'identité de ce dont l'émetteur du message parle. Ces propositions sont-elles des énoncés pourvus de valeur de vérité? Je dirais que oui puisque toute possibilité de substitution de séquences supposées équivalentes correspond à une relation logique d'égalité. Or, pour toute relation logique d'égalité qui ne sont pas des relations entre purs nombres, chacune de ses parties sert à désigner "quelque chose" qui reste identique à lui-même.

Nouvelle définition du terme référence


Nous reprenons les thèses de Frege afin de les réexaminer dans cette optique:
une des conséquences de la conception de ce dont l'émetteur d'un tel message parle en tant qu'objet perceptible, -(selon la thèse de Frege)-, était l'idée de ce logicien que les "expressions" servaient à "dénoter" de tels objets. Il écrit donc qu'une proposition telle que:

"Vénus est l'étoile du matin"

peut être analysée, en termes de logique, en une relation d' équation:

Vénus=l'étoile du matin

A=B

puisque nous pouvons les substituer l'une à l'autre dans cet énoncé salva veritate.


Or, si l'étoile du matin, est dotée d'un sens lexical propre, Vénus ne l'est pas: du point de vue du sémanticien, en effet, les deux expressions ne sont pas identiques. Or, l'énoncé Vénus est l'étoile du matin apporte une réelle information, elle nous apprend quelque chose sur cette étoile contrairement à la relation d'égalité A=B. Le même énoncé, considérée sous l'angle de son sens linguistique, apporte une information effective. Dans ce cas il ne s'agit donc pas d'une simple tautologie.
Or, en termes de simple relation logique, si l'on ne prend en considération que ce qui en est dénoté, toujours selon Frege, nous obtenons la relation logique qui suit:
A=A
puisque les deux expressions servent à dénoter le même objet, écrit-il.
Il en déduit que les relations logiques de ce type en termes de mathématiques purs, lorsqu'elles sont dénuées de tout sens lexical, ne sont que des tautologies qui ne peuvent apporter aucune information réelle, en d'autres termes, qui ne nous apprennent rien sur le monde.
Il en déduit que les expressions linguistiques, bien que servant à dénoter le même objet, le présentent selon les propriétés qu'elles lui attribuent, chacune d'elles d'une façon différente, -sous un jour différent-, si bien que A et B présentent le même objet sous deux aspects différents. Et c'est de là qu'émane l'information, écrit-il.

Donc, selon cette source, autrement dit selon Frege, ce dont l'émetteur de ce message parle est un objet considéré en soi-même, qui jouit d'un mode d'existence propre indépendamment de la connaissance et de l'intégration de celui-ci dans le mental et/ou, -qu'en sait-on?-, le psychisme de l'émetteur de l'énoncé. C'est cet objet que Frege désigne par le terme dénotation. C'est encore ce même objet qui est indiqué d'une façon générale par des théoriciens qui avancèrent la thèse da l'"ambiguïté référentielle". Sur ce point, nous soulignons la différence radicale d'emploi du terme "référence" dans cet article qui ne sert pas à indiquer une "dénotation". Nous prétendons même montrer par la même voie que la "dénotation" en termes de logique, de sémantique et de communication n'existe même pas et qu'à plus forte raison, ne coïncide en aucun cas avec la référence telle que nous la concevons.


Néanmoins, Frege relève quelques problèmes intéressants d'application universelle de la théorie de la présupposition d'existence de la dénotation; à savoir, que dénote une expression telle que l'étoile la plus éloignée de la terre? Si l'univers était infini savons-nous seulement si cette étoile existe réellement? Et même si elle existait qui aurait pu prétendre la connaître directement de par la connaissance personnelle du monde perceptible?


Nous présenterons le même problème sous un autre angle, à savoir celui de la conception de l'objet "dénoté" -s'il y en a un-, non comme une référence désignée ou dénotée par chacune des expressions employées qui se suivraient dans ce cas comme des maillons d'une chaîne coréférentielle constituée uniquement par des expressions linguistiques coordonnées mais comme le signe linguistique même et par excellence , à concept variable qui peut prendre à chaque fois valeur dans une autre référence-objet de l'extralinguistique , un ensemble défini à chaque occurrence par une somme de conditions mises en relation avec d'autres conditions définies par d'autres ensembles, conditions telles que Si et seulement S'il existait un (ou des) objet(s) d'un univers perceptible hypothétique réel ou imaginaire qui les remplissai(en)t , alors, la proposition serait vraie dans cet univers. Et que cet objet hypothétique perceptible d'un univers extralinguistique réel ou imaginaire soit censé exister ou pas, autrement dit que la proposition soit censée ou pas être vraie dans un tel univers hypothétique réel ou imaginaire, l'objet "dénoté" [qui n'est pas la référence laquelle est, comme nous le montrerons un objet de l'extralinguistique mais mental et non identifiable à la dénotation même, -et c'est là que réside l'originalité et la caractère inédit de cet article-], est censé exister : que le concept même du signe linguistique qu'est la "dénotation" n'est pas fonction de la vérification de la proposition dans un tel univers. Et, finalement, afin de montrer que la référence dont nous parlons est un objet de l'extralinguistique, il suffira de montrer que le sens linguistique des expressions employées pour le désigner est fonction de cet objet et qu'il n'existe pas en dehors de cette fonction de désignation de cet objet.

Nous rappellerons, au passage, que notre thèse s'apparente à la thèse de Ferdinand de Saussure, que nous tendons donc à justifier, selon laquelle l'objet perçu est associé à un concept et le signe n'est pas immuable. S'il s'avère vrai, comme de Saussure le prétendit, que c'est l'objet perçu qui est associé au concept linguistique, alors il ne peut s'agir que du signe linguistique par excellence ce qui signifie, par voie de conséquence, que, si nous admettons comme Ferdinand de Saussure que le signe linguistique n'est pas immuable, c'est l'objet même perçu qui constitue la variable en question (Kleiber).


Reconsidérons donc à partir de ces points l'exemple cité de Frege:
Vénus est l'étoile du matin
Nous pouvons l'analyser en termes de relations logiques en deux parties:
A=B

A est un ensemble A[Vénus]
et B est un ensemble B[l'étoile du matin]
La relation logique qui unit A et B dans cette proposition est une relation d'égalité ; il y a identité référentielle entre ses deux parties . Si et seulement S'il existait un objet perceptible d'un univers hypothétique réel ou imaginaire de l'extralinguistique qui remplissait les conditions nécessaires pour être dit Vénus alors automatiquement, il remplirait les conditions nécessaires pour être dit l'étoile du matin dans cet univers.
Et dans ce cas, -si cet objet existait-, alors la proposition dans son ensemble pourrait être dite vraie dans cet univers en particulier. Cependant, que cet objet existe ou pas, que la proposition soit censée être vraie ou pas vraie dans tel ou tel univers hypothétique réel ou imaginaire, la référence (objet unique dont l'émetteur du message parle dont nous n'avons pas encore défini la nature), existe : il s'agit des deux ensembles A[Vénus] et B[l'étoile du matin] et de leur unicité selon nos précédentes conclusions du fait que Vénus, en tant que nom propre, n'attribue, de par son sens lexical, aucune propriété non présupposée provenir de la connaissance hypothétique d'un univers réel ou imaginaire si la relation s'opère salva veritate.

SECONDE PARTIE


Nous reprendrons certains points de la première partie de cet article afin de les développer:

Nous avons vu que toute expression linguistique qui peut se substituer à une autre dans un énoncé équivaut à une des parties d'une relation d'égalité qui sont nécessairement référentielles: leur référence est soit une ou plusieurs unités et dans ce cas il s'agit de la ou des variables qui définissent l'ensemble de ces conditions dont nous avons déjà parlé, laquelle variable peut prendre valeur dans tel ou tel objet perceptible existant dans un univers d'objets perceptibles de l'extralinguistique. Si cet objet remplit ces conditions alors l'énoncé est vérifié dans cet univers.

Il existe des signes dont le concept n'est jamais censé devoir prendre valeur dans les différents univers de vérification des relations des mathématiques qui sont autant d'univers hypothétiques dans le même type d'objet. Car ces signes linguistiques n'imposent pas de conditions qualitatives de vérification de la vérité des énoncés dans lesquels ils sont employés mais uniquement quantitatives. Toutefois, les signes d'une relation d'égalité doivent prendre valeur dans des objets de l'extralinguistique perceptibles et de même nature essentielle pour que l'énoncé dans lequel il est employé soit vérifié dans cet univers (comme dans tant d'autres). Il en va de même pour l'exemple donné de la relation d'égalité

1+1=2 dans laquelle le signe 1 prend valeur successivement dans 1[pomme], 1[chaise],...etc.

D'autres types de signes imposent des conditions qualitatives de vérification de l'énoncé dans lequel ils sont employés mais de façon très fluctuante selon les croyances et les traditions individuelles.

Il en va ainsi de signes tels que [Dieu] où le concept di signe [Dieu] a pris valeur dans les objets "pensés" suivants [Jésus-Christ], [Yahvé], [Allah], [un héros], [un crocodile], [un chat], [le Créateur], ...etc.

Il en résulte l'association fluctuante de concepts à ce signe grâce à la présupposition de connaissance d'objets (pensés; imaginés ou perçus autrement) de types très divers.
Il s'ensuit que la variable qui définit ce signe prend à chaque occurrence de son emploi dans un énoncé une nouvelle valeur dans un objet de nature essentielle très variable et différente à chaque fois.

Enfin, il y a une troisième catégorie de signes qui prennent souvent valeur dans le même type d'objets perceptibles pensés ou réels ce qui fait que le concept qui leur fut ainsi associé semble être devenu pratiquement immuable et fixe; tels que les signes [pomme] ou[chaise]. Or, en réalité, la variable qui définit ces signes prend elle aussi à nouveau valeur dans un autre objet pensé dans le discours.



Nous nous rendons compte de la justesse de ce postulat en considérant des énoncés tels que

"Bxfgt n'existe pas" et
"Bxfgt existe".

Bxfgt ne devient signe qu'à partir du moment où d'un commun accord avec un certain nombre d'interlocuteurs nous associons un concept à cette image acoustique tel que ce concept a pris valeur dans un objet perçu (mentalement ou visuellement ou d'une autre manière) ou imaginé dans un monde entièrement pensé (imaginé) ou réel. Ainsi, par exemple, dans un langage codé [bxfgt] serait associé à un concept s'il avait pris valeur dans un "objet perceptible" que nous définissons comme chaise ou pomme. Un énoncé n'est donc doté de sens linguistique que s'il comporte des signes. Or, une variable qui n'a pas pris valeur dans un tel objet pensé ou réel ne peut constituer à elle seule un signe comme cet exemple le montre. Une unité n'est donc signe que si elle prend valeur dans un objet perceptible réel ou imaginaire différent pour chaque situation de discours. Il s'ensuit que tout énoncé qui est compris par le plus grand nombre des sujets parlants, est doté de sens et comporte des signes: par conséquent, toutes les variables qui définissent les ensembles de conditions définis par chaque partie de l'énoncé de cette fonction prennent valeur dans le discours dans des objets perceptibles d'un univers qui peuvent ou pas vérifier cet énoncé dans cet univers. Par conséquent, l'attribution d'une valeur de vérité à un énoncé est une propriété accidentelle de ces objets pensés ou réels (mais même réels ils sont pensés). Par conséquent, toute attribution d'une propriété essentielle perceptible dans un univers de discours à la référence est, en réalité accidentelle. la seule propriété réellement essentielle de la référence est celle de son caractère d'unicité.

Il s'ensuit que la présupposition d'existence d'un certain nombre de conditions de vérifications de l'énoncé dans un univers hypothétique de l'extralinguistique par tel et tel objet de l'extralinguistique, est liée à la présupposition de connaissance d'au moins un objet perceptible Et/ou connu et/ou imaginé et/ou pensé dans lequel le signe employé dans cet énoncé prend (à nouveau) valeur. A ceci près, que le concept d'un signe acceptant la possibilité de fluctuations dans le cadre du même énoncé, le ou les objets dans le(s)quel(s) le concept prend valeur pour cet énoncé accepte également la possibilité de fluctuations et d'ajustements. Nous formulons l'hypothèse que c'est justement cette fluctuation sémantique qui fait que l'objet pensé est un objet de l'extralinguistique puisqu'il ne peut être fonction d'un concept stable et fixe associé à tel ou tel suite de sons de manière immuable.
Les fluctuations et les réajustements de valeur du signe et de présupposition d'existence d'un objet dans lequel le signe prend valeur sont interactives entre les sujets parlants et même, souvent, pour le même sujet parlant. L'attribution d'une valeur de vérité à tel ou tel énoncé ne peut donc qu'être subjective et toute relative, pouvant être sujette à des réajustements à l'infini. Nous en donnerons plus loin des exemples concrets.
L'attribution donc d'un caractère d'unicité à la référence,- (exemples vus lors de l'étude de la détermination en grec ancien)-, laisse supposer l'existence d'un et d'un seul objet de l'extralinguistique pouvant ou non vérifier l'énoncé. Où se trouve donc l'unicité référentielle et la présupposition de sa connaissance extralinguistique qui intervient dans la construction du sens des énoncés?
Pour que l'unicité référentielle soit assurée et atteinte dans un énoncé, l'emploi d'un nom propre qui lui est attribué intervient nécessairement dans le groupe des ensembles de ces conditions requises. Or, le nom propre est par nature un signe dépourvu selon son seul sens lexical de concept, il ne prend pas valeur dans un concept essentiel d'objet mais dans l'objet même indépendamment de sa nature. Leur relation est unique et permanente salva veritate dans une chaîne de coréférentialité. Car parmi tous ces ensembles de conditions requises, seul le nom propre peut stabiliser et fixer l'unicité référentielle de façon que, même si les autres conditions requises par les autres ensembles de l'énoncé ne peuvent être satisfaites par ce même objet nommé et que l'énoncé s'avère faux (dépourvu de valeur de vérité) dans l'univers où cet objet nommé existe, la présupposition d'existence de l'objet nommé ne peut être annulée, seule la présuppositions de ses autres attributions formant concept peuvent être annulées.
Si bien que l'attribution d'un nom propre à un tel objet nommé en constitue la seule véritable propriété essentielle, la seule qui puisse le définir dans sa véritable nature. Le nom propre fixe l'unicité de l'objet dont on parle, c'est l'objet même (Denis Slakta). Ainsi dans l'énoncé

Vénus est l'étoile du matin.


Quand bien même Vénus ne serait pas l'étoile du matin elle n'en serait pas moins Vénus, autrement dit elle-même. Car nous avons vu que, parfois, nous ne pouvons pas attribuer une valeur de vérité à un énoncé; tel est le cas de propositions purement hypothétiques telles que "Dieu existe" ou "Dieu n'existe pas". Or, nous avons vu que l'attribution de propriétés essentielles perceptibles à la référence constitue l'attribution de propriétés accidentelles dans l'absolu de la référence. La propriété essentielle par excellence en dehors de tout contexte pragmatique de vérification de l'énoncé est celle de l'unicité référentielle. Si, en sens inverse, toute occurrence d'expression linguistique dans un énoncé est référentielle, ceci signifie qu'un énoncé peut être vérifié (pourvu de valeur de vérité) si nous ne tenons pas compte de l'attribution de propriétés accidentelles à la référence, entre autres de toute attribution de propriétés descriptives)

Par exemple,

l'énoncé

Oedipe voulait épouser sa mère

est-il vrai ou faux?

Il est faux si l'on tient compte de l'attribution de propriétés descriptives de l'individu [sa mère] et vrai si nous ne tenons compte que de l'unicité référentielle [Jocaste].

Donc, toute expression linguistique peut fonctionner comme un nom propre.

Inversement, tout nom propre ne fonctionne pas toujours comme tel:

ainsi dans l'énoncé

"Dieu est Jésus-Christ"

C'est Dieu qui fonctionne comme un nom propre et Jésus Christ comme une attribution de propriété accidentelle. Car Dieu définit l'unicité conceptuelle tandis que Jésus-Christ en définit une seule acception.

Ainsi, lorsque nous parlons de l'unicité conceptuelle du signe et d'un nom propre, nous nous référons non pas nécessairement à une unicité d'objet perceptible mais à l'unicité conceptuelle du signe qui, en l'occurrence ne passe pas par l'unicité d'un objet perceptible désigné.

En effet, ce que montre un exemple tel que la relation d'égalité

1+1=2

est que l'identité référentielle passe par l'unicité de l'objet désigné si bien que cette simple relation indiquerait en termes d'objets perceptibles ceci: que, par exemple, 1 pomme+ 1 pomme cela nous fait 2 pommes mais nous sommes d'accord que nous parlons toujours des mêmes pommes dans les deux parties. Nous ne pouvons ainsi pas avoir deux pommes respectivement nommées A et B dans la partie de la relation 1+1 et deux autres pommes nommées C et D dans la partie 2 de cette relation d'égalité. Nous parlons toujours des mêmes pommes. De même, lorsque nous disons 1+1=2 nous parlons toujours des mêmes unités. C'est cette relation d'égalité montrée par la possibilité d'inter substitution des signes lors d'une reprise anaphorique salva veritate qui est à l'origine de l'identité référentielle et de la notion d'unicité liée à toute occurrence d'expression linguistique.

Autrement dit, dans cet énoncé les expressions linguistiques 1 et 1' sont des ensembles définis par les variables a1, a2, ...an et b1, b2,... bn qui peuvent prendre valeur dans un univers de discours dans des objets nombrables supposés différents et à caractère unique pour chaque énoncé mais auxquels nous attribuons à chaque occurrence d'énoncé les mêmes propriétés essentielles d'objets perceptibles de façon que si un de ces énoncés s'avère faux dans un univers de discours tous les autres énoncés ainsi obtenus doivent s'avérer faux pour ce genre de variables et si un de ces énoncés ainsi obtenus s'avère vrai dans un univers de discours alors tous les autres s'avèrent également vrais.

Puisque les nombres sont autant de signes linguistiques que les expressions linguistiques et que leur emploi est lié à la présupposition d'unicité référentielle et qu'il existe néanmoins une différence entre les nombres et les syntagmes nominaux, à savoir que les syntagmes nominaux attribuent de par leur sens lexical des propriétés essentielles d'objets "perceptibles" à la référence bien que le lien entre ce concept et la référence même soit arbitraire comme nous l'avons également observé, il s'ensuit que la seule différence possible entre le signe linguistique qu'est un nombre et une expression linguistique est la suivante:

la présupposition d'unicité référentielle des nombres est valable que pour tout univers de discours.

En revanche, la présupposition d'unicité d'un signe linguistique tel qu'une expression linguistique n'est valable que pour un univers de discours.

La référence est-elle un objet de l'extralinguistique ou pas?

Si elle est censée être un objet du linguistique, alors, la présupposition de son existence passe uniquement par le mental et par l'intention du sujet parlant. Or, l'exemple suivant nous montre que la coréférentialité n'est pas fonction des croyances de l'émetteur d'un message ni de son intention et que par conséquent la présupposition de son existence obéit à des critères objectifs et extérieurs au seul mental du ou des sujets parlants.

Maintenant, nous examinerons la question de l'objectivité ou de la subjectivité de la présupposition d'existence de la référence.

Supposons que la relation d'égalité

1+1=2

soit vérifiée dans un univers de discours par deux pommes que nous nommerons A et B.

Supposons encore que lors du test de vérification de cet énoncé un des interlocuteurs se trompe et substitue aux pommes A et B deux autres pommes que nous nommerons C et D identiques quand aux propriétés essentielles d'objets perceptibles aux pommes A et B mais différentes du point de vue de l'identité référentielle. Dans ce cas, les pommes étant confondues lors du test, nous avons la relation suivante à l'insu d'au moins un des interlocuteurs:

A+B=C+DA,B,C,D, sont autant de noms dont chacun sert à désigner un objet différent.

Même si cette substitution est effectuée à l'insu de l'émetteur du message qui se sert de ce test pour confirmer la véracité de l'énoncé 1+1=2 dans cet univers de discours par telles références ,mettons A et B, alors l'énoncé s'avère faux puisque les expressions C et D et A et B ne sont pas coréférentielles.

Il s'ensuit que la présupposition d'identité référentielle est objective; autrement dit elle n'est pas fonction de la connaissance ou de la croyance de tel ou tel émetteur de message.

Nous venons donc de constater que l'unicité référentielle passe par l'objet même et pas par l'idée que l'on s'en fait individuellement. La vérité d'existence de l'objet est objective même si chacun le perçoit sous un jour différent. Par conséquent, si dialogue, il peut y avoir coréférentialité si le sujet B parle de ce dont parle le sujet A, d'un objet créé par son mental et que B n'est pas à même de connaître.

Si donc, la référence est un objet pur indépendant des propriétés essentielles qui peuvent à chaque fois lui être associées selon le sujet parlant, tel un point nommé A, B, C, ...n connu de tous les sujets parlants en cas de coréférentialité en tant que tel autrement dit en tant qu'association d'un point et d'un nom propre (le signe employé pour le désigner) comment expliquer alors certains problèmes de substitution.

Par exemple les signes "Jocaste" et "la mère d'Oedipe" servant à désigner le même objet, le même individu, devraient pouvoir se substituer l'un à l'autre dans tout contexte s'ils étaient toujours coréférentiels. Or, si les énoncés

"Jocaste était la mère d'Oedipe" et

"Oedipe voulait épouser Jocaste"

sont généralement perçus comme vrais, ce n'est pas le cas concernant un énoncé tel que

"Oedipe voulait épouser sa mère"

La substitution de "la mère d'Oedipe" à "Jocaste" n'est pas effectuée dans ce contexte salva veritate.

Faut-il admettre dans ce cas comme Frege qu'il s'agit du même objet présenté par un individu sous un jour différent?

Non, puisque nous avons vu que deux expressions coréférentielles se substituent l'une à l'autre dans le même énoncé salva veritate.

Le même son "sa mère" ou "la mère d'Oedipe" ne constituent pas l'image acoustique du même signe.

Il y a la modalité du verbe vouloir qui indique l'état mental et psychique d'Oedipe et définit la référence de "sa mère", autrement dit l'individu Jocaste et non comme la véritable Jocaste objectivement existant dans un monde ne passant pas par un monde mental subjectivement vrai. Il s'agit donc d' un produit du mental d'Oedipe. Chaque, donc, représentation mentale d'objet perçu dans un monde non présupposé existant uniquement dans le mental d'un individu, se différencie de cet objet même.

Par conséquent, la référence d'un signe tel que [Dieu] peut varier: il peut s'agir d'une production du mental d'un individu A, B, C, ...n. Dans ce cas, même si l'individu en question dit

"Dieu n'existe pas",

la référence de ce signe existe dans son mental.

Supposons néanmoins l'objet nommé [Dieu] existant dans un monde dont l'existence n'est pas censée être fonction du mental de tel ou tel individu. S'il est égal à 0 dans ce monde ou s'il est égal à une autre entité, il sera toujours différent de l'objet-référence du signe de l'énoncé précédemment analysé. Il a un mode d' existence propre qui est indépendant du mental de chaque individu. Il ne s'agit donc pas du même signe.

Je note ce point au passage car lors d'un des derniers entretiens que j'ai eu avec le directeur de mon mémoire et de mon DEA Monsieur Denis Slakta, ce dernier avait postulé que même si je dis "Dieu existe" ou "Dieu n'existe pas", Dieu existe puisqu'il s'agit d'une chose pensée de l'émetteur du signe. Cette thèse émanait d'un texte rapportant les sophismes de Gorgias sur l'existence des choses pensées s'opposant par là à Socrate. Or, cela dépend de quel objet s'agit-il. car un son n'est pas associé à une référence qui est un objet de l'extralinguistique. Cet entretien avait suspendu notre collaboration puisque, intuitivement je n'approuvais pas son point de vue sans en avoir néanmoins les éléments nécessaires pour soutenir le contraire.

Mais c'est là un point des plus intéressants et je serais très heureuse de reprendre ces textes des sophistes en comparaison avec les textes de philosophes plus "classiques" de l'antiquité tel que Aristote et Socrate.

Ce qui est étonnant, lorsque nous nous penchons sur le problème des relations d'égalité où n'interviennent que des nombres que nous avons identifiés comme des signes linguistiques en raison de leur unicité référentielle, c'est que, sous le point de vue de la vériconditionnalité (substitution des expressions coréférentielles salva veritate)- les objets que nous substituons aux nombres sont coréférentiels puisque nous pouvons les substituer les uns aux autres salva veritate: ils se comportent donc comme des noms du même objet de l'extralinguistique, à savoir une unité unique et nommée.

Dans ce cas très intéressant, l'objet devient signe linguistique pour servir à désigner un autre objet. Il ne s'agit plus d'une image acoustique associée à un concept et les deux associés à un objet nommé référence mais d'une image visuelle associée à un concept, celui d'unicité servant à désigner un objet de l'extralinguistique unique: un point nommé successivement [pomme], [chaise] ...etc et qui est en réalité une unité unique, rien d'autre. Il s'agit là d'un objet mental qui est désigné au moyen d'objets de l'extralinguistique coréférentiels dans le même énoncé salva veritate.

Coréférence liée à la connaissance et/ou à la mémorisation des objets de l'extralinguistique ou pas?

Cependant, le problème de la coréférentialité de deux expressions salva veritate devient très intéressant lors de l'analyse d'un énoncé tel que

Oedipe voulait épouser sa mère

Pour le lecteur moyen, il semble "objectivement" vrai que Jocaste est la mère d'Oedipe. Dans ce cas nous parlerons d'un objet objectivement vrai comme tel et tel. Dans ce cas nous obtenons la relation d'égalité suivante entre les expressions coréférentielles Jocaste et la mère d'Oedipe.

Car nous pouvons les substituer l'une à l'autre salva veritate dans l'énoncé

Jocaste était la mère d'Oedipe.

Ceci nous semble être la vérité objective concernant l'objet de l'extralinguistique que nous nommons Jocaste.

Or, ceci ne semble pas être la vérité objective pour un individu nommé Oedipe au moment même où il voulait épouser Jocaste car, selon cette histoire il ne savait pas encore à ce moment que Jocaste était sa mère. Bien.

Dans ce cas, nous ne pouvons substituer salva veritate les deux expressions dans l'énoncé

"Oedipe voulait épouser sa mère" si nous nous mettons à la place d'Oedipe. Et concernant nos précédentes conclusions nous en avons déduit que Jocaste dans ce cas ne désigne pas le même objet de l'extralinguistique. Nous sommes encore d'accord. Or, Oedipe n'a pas imaginé l'existence de la femme qu'il voulait épouser, que celle-ci fût sa mère ou pas elle était toujours la même femme. Elle l'a d'abord connue dans un acte d'énonciation, dans le ici et maintenant de l'énonciation et il a connu d'elle, de cette femme qui est un objet de l'extralinguistique ayant son propre mode d'être indépendamment de ce qu'Oedipe croit qu'elle est ou pas. La référence de Jocaste dans le second énoncé n'est pas le même objet présenté sous un autre angle comme le disait Frege, nous sommes encore d'accord. C'est quoi donc?

Si donc la référence passe par la mémorisation d'objet connus et perçus comme tels, cette connaissance des objets perçus dans le ici et maintenant de l'énonciation n'est pas l'objet même.

Nous prendrons un exemple plus concret.

Je montre à un individu S deux pommes que je nomme en les lui montrant A et B; La référence est fixée au moment même où je les lui montre quelle que soit la façon dont le sujet les perçoit. Mettons donc, qu'à la suite, S se trompe, il prend deux autres pommes C et D en pensant qu'il s'agit bien des pommes A et B que je lui ai déjà montrées dans le ici et maintenant d'un autre acte d'énonciation. Il nomme la pomme C "A" en pensant à la pomme qu'il a perçue comme telle à ce moment. Dans ce contexte, ce qui est vrai pour ce qui est désigné grâce à l'emploi de "A" est vrai pour ce que S a perçu lors du précédent acte d'énonciation; autrement dit, dans un contexte de réalité vécue alors. Hors, mettons qu'il mange la pomme C pensant qu'il a mangé la pomme A et il dit

"J'ai mangé la pomme A"

A ce moment, pour cet acte d'énonciation où selon le vécu du sujet parlant, il a perçu la pomme C au moment où il la mangeait, S pense à ce qu'il a perçu de la pomme C dans le ici et maintenant de ce second acte d'énonciation et la référence de "A", dans ce contexte, c' est bien la pomme C; En d'autres termes, la coréférentialité n'est pas liée à une connaissance subjective du sujet parlant. Elle se fait même indépendamment du fait qu'il puisse se tromper ou pas d'objet.

Car la coréférentialité,-l'identité référentielle qui fait que ce qui est vrai pour A est vrai pour B-, n'est pas assurée par une image d'objet en particulier connu ou perçu, elle est assurée par l'association d'une perception d'objet et d'une deixis dans le ici et le maintenant de l'énonciation.

Si donc Oedipe parle de l'objet qu'il a perçu et connu dans le ici et le maintenant d'un acte d'énonciation comme une femme inconnue qui n'était pas sa mère mais sa future femme et que dans son vécu il ne l'a pas encore perçue ni connue lors d' une autre deixis passant par le ici et le maintenant d'une autre énonciation comme étant sa mère, alors s'il parle de sa mère et si à la suite il parle de Jocaste, il n'y a pas de coréférentialité entre les deux expressions. C'est ce que nos expérimentations et nos observations montrent. Qu'en déduisons-nous? Qu'il n'y a pas de coréférentialité entre l'objet même objectivement vrai et ce que nous en percevons dans un ici et le maintenant de l'énonciation. Ce n'est pas un aspect -(une facette)- de l'objet même que nous en percevons mais un autre objet à part entière.

En réalité c'est l'acte même de la deixis qui fixe la coréférence. Ensuite, l'identité référentielle passe par cette association entre image mémorisée et acte de deixis. C'est cette association qui forme le signe.

La référence étant un objet à part entière et non une conception subjective d'un autre objet, nous pouvions vérifier ce qui est objectivement vrai ou faux pour la référence.

Quel est le lien entre la référence et les objets du monde réel vérifiables par le plus grand nombre des sujets parlants?

Si E dit de la pomme C en parlant de la connaissance qu'il en a eue dans le passé dans le ici et maintenant d'un précédent acte d'énonciation qui a fixé sa référence:

-Cette pomme provient d'un pommier de mon jardin.

Cette information est objectivement vraie concernant la pomme A . Ainsi, même si E montre la pomme C, sous cet angle il parle de la pomme A et alors un interlocuteur peut lui répondre légitimement:

-Mais tu parles de la pomme A, pas de celle-ci. Cette pomme-ci je l'ai achetée hier au marché.

Mais, en même temps, au même moment, un autre acte d'énonciation se déroule, simultané au premier, durant lequel E perçoit et prend connaissance de la pomme C, peut-être par confrontation d'informations avec son interlocuteur, mais quoi qu'il en soit il ne s'agit pas du même objet. Un autre signe se forme alors dans son mental, une association de ce qu'il perçoit et/ou connaît de la pomme C dans/avec le ici et maintenant de cet acte d'énonciation. Or, nous avons montré à maintes reprises l'unicité référentielle d'une expression linguistique. La référence de la deixis dans le ici et maintenant de l'énonciation est donc une et peut, en tant que variable, prendre valeur dans deux objets de l'extralinguistique différents, l'objet créé dans le mental de E A' qui a pour origine la pomme A et C' qui a pour origine la pomme C'. Si pour A' ce qui est dit dans l'énoncé vu précédemment est vrai c'est faux pour C'est inversement ce qui y est dit pour C est faux pour A'. Toute expression pour laquelle ce qui est dit pour C' est vrai dans l'énoncé et ce qui est dit pour A' est faux dans l'énoncé est coréférentielle à C' si l'énoncé est vrai pour C' et si cette autre expression sert à désigner C' et inversement.

La véracité de ces énoncés peut être objectivement vérifiée pour A' et pour C' mais sa vérification n'est pas nécessairement valable pour A et pour C. C'est la confrontation de plusieurs énoncés de ce type émis par différents sujets qui permet de s'approcher peut-être de ce qui est objectivement vrai pour A et pour C. Et si tel n'est pas le cas, ils en présentent une perception subjective plus globale.

C'est pourquoi la reprise anaphorique est coréférentielle et liée à la vériconditionnalité.

Nous observons toutefois, en A' et C' un fort ancrage dans ce qui objectivement vrai pour A et pour C puisque A' et C' sont formés à partir de la perception/connaissance, ne fût-ce que subjective et/ou imparfaite, de A et de C dans le ici et le maintenant de l'acte d'énonciation. Il y a donc, autant de différences entre A et A' et puis C et C' qu'il y a entre le soleil en train de se coucher et un cliché de coucher de soleil ou entre le soleil en train de se lever et un autre cliché de lever de soleil. Les instantanés sont des photographies synchroniques de l'objet A ou de l'objet C tandis que le soleil reste objectivement le même d'un point de vue diachronique qu'il soit en train de se lever ou en train de se coucher.

Si "A" fonctionne comme un signe pour un ensemble défini par une variable qui prend valeur dans A' ou dans C', la pomme C fonctionne aussi durant cet acte d'énonciation comme un signe pouvant prendre valeur dans A' ou dans C'. Par conséquent, l'objet désigné n'est jamais l'objet même mais un signe associé à un concept pouvant prendre valeur dans A' ou dans C' qui sont d'autres objets mais des objets mentaux. Nous nous rendons compte du fait que ce ne sont pas les objets perceptibles de la même façon, autrement dit selon leurs caractéristiques extérieures (aspectuelles) qui sont désignés lors de la deixis de l'acte d'énonciation mais des signes qui dès lors sont associés à un concept de façon qu'une forme d'aspect similaire est -dans l'exemple précédent- revêtue du même concept pour le même sujet parlant que "A". Le concept de "A" ou de C prend valeur dans d'autres objets qui en sont la référence, objets mentaux uniques résultant d'une perception/connaissance dans un ici et maintenant d'un acte d'énonciation mais pas nécessairement le même pour tous ces objets mentaux(ils évoquent de par leur forme des images -objets mentaux formés dans un ici et maintenant d'un autre acte d'énonciation et dans ce cas éveillent le souvenir non d'objets mais d'actes d'énonciation ancrés dans un ici et maintenant ou alors ils sont à l'origine de la formation d'autres images-objets mentaux).

Or, toute référence, (que ce soit ou pas un objet objectivement perceptible par tout sujet parlant qui est à l'origine de sa formation ou pas), est unique et liée par définition au ici et maintenant d'un acte d'appellation où ceci est nommé. Ce n'est pas nécessairement la deixis -qui est une façon entre autres de fixer la référence- mais toute autre façon de fixer ce qui une fois a été connu (dans un monde réel ou imaginaire) et nommé. Autrement dit, le concept associé au signe ou l'objet mental ne sont pas nécessairement des images plus ou moins concrètes comme des instantanés d'objets perceptibles du monde réel . Le nom (et nous ne parlons pas d'une suite de sons vide de concept) lui est associé même s'il s'agit d'un point pur mental comme par exemple en Géométrie ou en Mathématiques.

Nous observons en même temps ceci, que le ceci qui est montré lors de l'acte de la deixis n'est pas la référence et c'est ce qui créa toute la confusion.

Car le ceci montré dans le ici et le maintenant de l'acte d'énonciation n'est pas l'objet de l'extralinguistique que l'on appelle la référence mais le signe. Lorsque , sous la direction du Professeur de Linguistique Monsieur Slakta, j'ai soutenu un mémoire de Maîtrise obtenu en 1984 avec mention TB j'ai parlé de la présupposition d'unicité et d'existence de la référence, pas du signe. En revanche, j'ai parlé de la variabilité du concept du signe (de sa variabilité conceptuelle) et donc de la variabilité de la prise de valeur du signe dans différents objets de l'extralinguistique qui sont à chaque fois LA référence. Or, un an après, en réaction peut-être à cette à ce livre dont Monsieur Slakta n'a peut-être pas manqué de parler, il y a eu la rédaction d'une vagua de livres et d'articles, notamment de la part de Professeurs de Paris III, soi-disant démontrant l'ambiguïté référentielle tandis qu'en réalité, en raison de cette confusion, ils parlaient de l'ambiguïté et de la variabilité du signe.

Le problème de la révision des croyances selon Asher:

nous rappelons qu'il existe une approche importante en pragmatique selon laquelle la signification peut être comprise comme un "potentiel de changement des croyances". Grice lui-même a introduit les croyances du locuteur et de l'auditeur dans sa définition de la signification. Asher et Lascarides sont assez critiques sur ce point.

Nous rappelons brièvement notre point de vue également très critique par rapport à cette approche mais peut-être de façon différente du point de vue de Asher:

que si le concept C est formé selon une conception particulière d'un objet O1 mettons existant de façon objective dans un réel perceptible par un sujet S1 dans un ici et un maintenant d'un acte d'énonciation en particulier, alors ce concept particulier de l'objet O1 se détache essentiellement de O1 et devient un objet à part entière O2 existant de façon autonome par rapport à O1. En d'autres termes, O2 à partir de ce moment n'est plus une perception particulière et, admettons, subjective de O1 mais un objet objectivement O2 dans son essence. Dans ce cas, si E1 est une expression qui sert à désigner O2, O2 est la référence de ce signe, comme on l'a vu, puisque cette expression peut être substituée à une autre expression E2 qui sert également à désigner O2 dans un énoncé salva veritate, autrement si la croyance sur O1 qu'est O2 est préservée lors de cette substitution. Cette véracité de l'énoncé sauvegardée, il ne s'agit plus, nous le comprenons d'une vérité subjective (la croyance du sujet S1 sur O1) mais d'une vérité objective sur l'objet O2. Car nous avons vu que toute substitution salva veritate dans un énoncé, même si celui-ci exprime une vérité subjective, constitue une relation d'égalité entre deux termes laquelle, par définition, comme nous l'avons également remarqué, est toujours référentielle; autrement dit, elle est par définition liée à la présupposition d'existence et d'unicité de ce qui en est désigné que nous avons défini comme une référence. Cette unicité référentielle, O2, n'est pas identique à celle de O1.

Un exemple typique de cette confusion est la thèse de Frege selon laquelle à l'énoncé

Vénus est l'étoile du matin"

est équivalent référentiellement parlant à la relation d'égalité

A=A

où A désigne nécessairement la planète homonyme tandis que les expressions Vénus et l'étoile du matin désignent chacune d'elles un aspect subjectif différent de cette étoile.

Or, nous avons vu que l'objet désigné au moyen d' une expression qui fut formée en tant que signe dans un ici et maintenant d'un acte d'énonciation par la deixis d'un ceci n'est pas référentiellement parlant liée à ceci. Ainsi, l'expression "A" peut servir à désigner en même temps l'objet A et l'objet C dans l'exemple cité plus haut. "A" est donc un signe non stabilisé à ce moment. Néanmoins, les objets A et C fonctionnent également comme des signes qui stabilisent tel ou tel concept de signe linguistique.

Frege proposa la relation

A=A

pensant à l'objet pur tel qu'il existe en réalité. Ou alors pensa-t-il à un concept formé à partir d'une connaissance individuelle globale de l'objet A? Ce point ne fut pas élucidé très clairement dans ses écrits.

Or, nous avons vu qu'en réalité, lors de l'acte de communication, une telle connaissance globale résulte d'un ajustement de concepts, mettons A1[Vénus] et A2[l'étoile du matin] qui sont, chacun d'eux, formés à partir d'un ici et maintenant de deux actes d'énonciation différents entre eux E1 et E2 (que ce soit pour le même énonciateur ou pour deux énonciateurs bien distincts, peu importe).

Dans ce cas, si S1 "possède" uniquement le concept A1 [Vénus] et S2 uniquement le concept A2[l’étoile du matin] qui est un autre objet, la relation logique objectivement vraie entre ces deux concepts en particulier est la suivante:

A1 n'égale pas A2

et non A=A si nous parlons de ces concepts en particulier et non de l'objet A signe perçu par S1 lors d'un ici et maintenant d'un acte de deixis D1 et dont le concept variable pour S1 a pris valeur à ce moment en l'objet A1. De même dans un D2 pour S2.

Nous ne mettons donc pas dans ce cas A1 et A2 en relation d'égalité dans la relation logique

Vénus est l'étoile du matin.

Or, nous avons vu que ni A1 ni A2 ne sont assimilables dans ce cas précis au concept variable de A. Par conséquent, il s'agit d'une mise en relation d'égalité non de ce dont S1 et S2 parlent avant l'ajustement de la prise de valeur du concept variable de A dans A1 et A2 en même temps et pour le même sujet parlant.

Par conséquent, cette relation d'égalité ne peut être reconnue comme étant vraie que pour un sujet pour qui A1 et A2 ne sont pas deux objets sans rapport entre eux mais deux valeurs d'un concept variable d'un seul signe.

Dans ce troisième cas nous accorderons pour ce sujet parlant que nous appellerons S3 une troisième valeur au concept variable de A qui le stabilise une troisième fois en sa valeur [A3 pour S3] qui résulte de l'adjonction de la valeur A1 et A2 dans un troisième objet à trois dimensions un peu plus diachronique que A1 et A2 puisqu'il résulte de l'identification des actes synchroniques D1 et de D2 en D3 diachronique que nous appellerons A3. A3 est donc une valeur diachronique du concept A.

La valeur de vérité de Vénus est l'étoile du matin résulte donc de l'identité entre les expressions Vénus et l'étoile du matin d'un point de vue référentiel diachronique où la référence est A3.

Cet exemple illustre une nouvelle fois le fait la référence n'est pas l'objet même qui fut montré lors de D1, D2, D3,...Dn mais une des valeurs que le concept de ce signe qu'est cet objet pour S1, (ou pour S1, S2, S3, ...Sn) a pris successivement dans D1, D2, D3, ...Dn ou alors une adjonction simultanée et diachronique pour S1 ou pour S1, S2, S3, ...Sn de toutes ces valeurs "instantanées" du concept de A pour S1 ou pour S1, S2, S3, ...Sn. Nous passons ainsi de l'instantanée à la séquence cinématographique ou au flash back, à la projection dans le futur etc.

Nous en déduisons que si le signe (pour S1, S2, S3, ...Sn) peut rester immuable en tant qu'objet réel fixe, le concept qui lui est associée pour les mêmes sujets parlants n'est pas immuable, il est très variable et même variable à l'infini.

Par conséquent, il n'existe pas d'autre critère de vérité de la substitution d'une expression à une autre dans le même énoncé salva veritate plus objectif- synchronique ou diachronique -que ce qui est vrai non pas pour S1, S2, S3, ...Sn mais ce qui est objectivement vrai d'un point de vue synchronique pour chacune des A1, A2, A3, ...An qui sont autant de valeurs d'une et d'une seule variable,- [objectivement connue du sujet parlant S1 par exemple à telle heure, telle minute, telle seconde de tel jour, tel mois telle année à tel endroit et à tel point en particulier],- ou pour toutes à la fois pour le même sujet parlant d'un point de vue diachronique.

Tous les linguistes sont d'accord bien entendu, sur la présupposition d'existence de ce point indépendamment des intentions ou des croyances du sujet parlant, mettons S1, sur ce point s'il s'agit d'un point existant dans un univers objectivement perceptible par tout sujet parlant "normalement constitué". Qu'il a une essence propre indépendamment des croyances de S1 à son sujet. Ce dont nous ne sommes pas toujours d'accord c'est la question suivante: la référence, si toutefois elle existait, serait-elle ce point même ou un autre objet, surgi de la seule imagination de S1? Nous entreprendrons de montrer qu'il s'agit de ce point même ayant une essence propre indépendamment des croyances de S1 tout en tenant compte des difficultés qu'une interprétation de la substituabilité d'expressions et la reprise anaphorique salva veritate dans des énoncés tels que Oedipe voulait épouser sa mère peut poser. Car une telle substitution salva veritate est , tout de même, une relation d'égalité-[ que nous avons montrée par définition référentielle de par la présupposition d'unicité et de stabilité même de ce dont S1 parle comme pour toute relation d'égalité]- même si elle est effectuée en "comité restreint" autrement dit pas dans une large échelle, pas entre "sa mère" et "Jocaste" dans ce cadre tandis que dans un autre cadre cette substitution peut être effectuée salva veritate. Une fois la présupposition d'existence de la référence de par son caractère d'unicité et de stabilité étant montrée, la difficulté surgit dès lors que nous entreprenons de montrer que dans les deux cas S1 parle du même point que nous appellerons P1. Car, dans ce cas, comment se fait-il que la relation d'identité se dérobe ne pouvant plus être effectuée salva veritate?

Nous sommes d'accord que dans le cadre de l'exemple précédemment cité, l'unicité référentielle n'est pas fonction de l'essence objectivement vraie de P1 mais du concept-croyance C1 que S1 associe au concept de P1 lequel devient un signe associé d'un concept synchroniquement vrai pour S1. La question qui se pose dorénavant est de façon lequel des deux est vrai: en d'autres termes d'où vient l'unicité référentielle de ce dont S1 parle: de l'unicité de la localisation de cette association ou de l'unicité de P1 même?

Si l'unicité référentielle du concept-croyance venait de la seule unicité de localisation de la formation synchronique de ce concept-croyance, alors dans le cas de l'exemple de la substitution de la pomme C à la pomme A que nous identifions à P1 que S1 nomme "A", nom qu'il avait donné à A, mais en montrant, en l'occurrence, C, mettons, afin d'illustrer encore mieux cet exemple, au même point où il avait "connu" la pomme A, il ne parle pas de C à ce moment même où il montre C au même endroit mais de A. Par conséquent, l'unicité de A et l'unicité référentielle de "A" coïncident même s'il n'y a pas d'identité entre l'essence objectivement vraie de A et du concept C1 que lui a associé à ce moment exactement S1. Par conséquent, l'unicité de ce dont S1 parle est fonction de l'unicité de A. Nous sommes bien d'accord sur ce point. Mais comment se fait-il alors...? Nous répondrons, que oui, elle est fonction de l'unicité de A mais pas uniquement. Car une référence, c'est par définition ce dont S1 parle. Et S1 ne peut parler que de ce qu'il connaît sur P1. Dans le cas contraire il ne parle plus de P1 mais d'autre chose.

De ce point de vue, le raisonnement qui suit est exact:

que l'on dise "Dieu existe" ou que l'on dise "Dieu n'existe pas", le fait de parler de P1 nommé [Dieu] montre que P1 existe de façon objective et non pas uniquement pour...(S1, S2, S3, ...Sn) (Denis Slakta) L'unicité et la présupposition d'existence de la référence ne sont donc pas fonction des croyances subjectives du sujet parlant ni de l'émetteur d'un message.

Par conséquent, toute reprise anaphorique salva veritate est une reprise anaphorique salva veritate non uniquement pour...(S1, S2, S3, ...Sn) mais objectivement salva veritate. Ce qui montre une présupposition d'existence objective de la référence pour tout énoncé où la substitution d'une expression à une autre peut être dite effectuée salva veritate.

A1 et A2 sont donc deux concepts d'objet différents lesquels, lorsqu'ils se trouvent coréférentiels dans un énoncé , lorsque donc leur substitution les uns aux autres se fait salva véritate, ils tirent leur unicité référentielle de la présupposition d'unicité de A connu de S1 comme tel et tel, A1 et A2. Or, si S1 n'a pas connu A comme A2 mais uniquement comme A1, dans un message dont il est l'émetteur , s'il parle successivement de A1 et de A2, les deux concepts d'objet ne sont pas coréférentiels car ils ne sont pas revêtus de la présupposition d'unicité référentielle tirée de la présupposition d'existence de A pour S1 au moment de l'énonciation. Ceci n'est pas dû à un lien quelconque de cette présupposition avec les croyances de S1 mais au fait que S1 en parlant de A2 ne parle pas de A. Ceci signifie également que la présupposition de coréférentialité de deux concepts d'objet différents formés à deux ici et maintenant d'un acte d'énonciation localisé à partir de la deixis de A dans chacune de ces localisations successives, n'est censée provenir que d'une connaissance extralinguistique de A. A partir de cette présupposition nous pouvons effectivement concevoir ,en termes de logique, la référence à A comme la référence à un objet de l'extralinguistique. Dans la mesure où ceci est vrai, la référence de A1 et de A2 est toujours A même si S1 ne le sait pas.

Admettons que S1 voit Vénus et nomme cette étoile Vénus. A un autre moment il voit l'étoile du matin et la nomme l'étoile du matin. Or, il ne sait pas que Vénus et l'étoile du matin sont un et un seul objet. Objectivement parlant, leur référence c'est toujours l'étoile. Or, S1 ne le sait pas encore. Ainsi, lorsqu'il parle de Vénus il n'utilise jamais l'expression l'étoile du matin et inversement. Mais dans les deux cas il parle objectivement de A. Or, il ne le sait pas. La coréférentialité salva veritate tient donc compte de la connaissance de la coréférentialité par le sujet parlant. Mais dans ce cas, A1 et A2 sont deux objets différents car ils ne peuvent pas se substituer l'un à l'autre dans la même relation d'égalité. La relation d'égalité même est définie par les connaissances du sujet non pas sur A mais sur l'identité référentielle des deux expressions. Ce n'est donc pas une question de connaissance subjective de A mais d'une incapacité d'identification des deux aspects de A comme faisant partie du même objet de l'extralinguistique. Nous dirons dans ce cas que la coréférentialité est objective mais synchronique, non diachronique.

Par conséquent, l'égalité absolue, extralinguistique d'un objet à lui même passe par la dia chronicité, non par la synchronicité.

Ayant défini A comme un objet de l 'extralinguistique connu de S1 grâce à la connaissance de l'extralinguistique, nous postulons que, puisque l'unicité référentielle des expressions A1 et/ou A2 est fonction de l'unicité de A, l'unicité de ce qui en est désigné, ce dont S1 parle en se servant de A1 et/ou de A2 peut être défini comme un objet de l'extralinguistique puisqu'il tire son unicité de l'unicité d'un objet de l'extralinguistique.

Et que les "objets" A1 et/ou A2 dans leur synchronicité peuvent être considérés d'une façon très imagée comme l'objet A "en devenir".

Ceci semble s'expliquer du fait que la référence est ce dont l'émetteur du message S1 parle mais il ne peut en dire que ce qu'il en connaît. A connaissance imparfaite de l'objet A semble donc correspondre une référence imparfaite à A bien que ce dont S1 parle tire son unicité comme nous l'avons constaté de l'unicité de l'objet A. Car il n'y a pas d'unicité parfaite d'identité entre un objet pourvu de "trois dimensions" et un seul de ses côtés. Nous reprenons donc l'exemple de la vue imparfaite des sujets parlants de Frege. Or, nous avons montré, à la différence de Frege, qu'il n'y pas d'identité référentielle entre une expression A1 et A2 "parlant" de deux côtés de A mais dont S1 n'en connaît qu'un seul, le côté dont "parle" A1. Un objet, bien entendu, ne saurait être réduit à un seul de ses côtés. Si l'on en détache un côté, il ne reste pas pour autant, pour avoir appartenu à A, A même: il devient un autre objet à part entière bien que nous puissions en parler toujours en ces termes: "un des côtés de l'objet A", ce qui fait qu'il tire son unicité de A même. Or, A étant défini plus haut comme un objet de l'extralinguistique ne pouvant être connu de S1 que grâce à la connaissance de l'extralinguistique, il s'ensuit qu'un des côtés de A, même partiel et détaché de A reste, bien que non identifiable dorénavant à A, lui-même un objet de l'extralinguistique pouvant être connu de S1 grâce à la connaissance de l'extralinguistique.

Résumé et reprise de la démonstration

1) Nous avons montré, conformément à l'argumentation de l'inter substitution des expressions A et B salva veritate dans un énoncé, que A et B n'étant pas nécessairement identiques de par leur seul sens lexical, leur identité passait par ce qu'elles "désignaient".

2) D'autre part, il fut montré dans la première partie de cet article que la reprise anaphorique est fonction de la vériconditionnalité,- (inter substitution des parties A et B salva veritate)-, ce qui revient à dire, conformément à la précédente argumentation, que la reprise anaphorique est assimilable à une reprise d'"objet" désigné.

3) En outre, il fut montré que toute relation d'égalité, -à laquelle nous pouvons réduire toute inter substitution salva veritate-, est constituée de deux parties A et B dont chacune sert à "parler" du même objet sur lequel la référence fut fixée de façon synchronique par la perception d'un objet qui reste nécessairement et essentiellement identique à lui-même. Il ne s'agit donc pas d'une relation d'équivalence entre deux objets distincts non différenciables de par leurs qualités intrinsèques mais du même objet dont on parle en se servant des expressions A et B.

De (1) + (2) + (3) nous en avons déduit que

4) Toute reprise anaphorique est une reprise référentielle, autrement dit une reprise du même et unique objet désigné par les expressions que nous substituons les unes aux autres salva veritate.

L'objection de la thèse de l'ambiguïté référentielle soutenue depuis les années 1985 (un an après la soutenance de mon mémoire de Maîtrise, sous la direction du Professeur de Linguistique à l'Université de Caen Monsieur Slakta, dans lequel je soutenais la thèse de la présupposition d'existence et d'unicité de la référence salva veritate (selon Frege) mais en même temps la variabilité du concept du signe selon Kleiber). La différence entre les deux thèses est celle qui suit:

selon la thèse de l'ambiguïté référentielle, il existerait une référence-objet unique dont on parle,- insaisissable quant à sa véritable essence objectivement parlant, les facultés humaines de perception des sujets parlants étant faillibles- . Ce serait donc, dans cette optique, l'essence même de LA référence qui serait fluctuante lors des échanges linguistiques entre sujets parlants et parfois même pour le même sujet et celle-ci échapperait à leur sens. De ce point de vue son assimilation à un objet de l'extralinguistique connu d'un sujet parlant fut mise en cause de même que la présupposition d'unicité référentielle et par voie logique la présupposition même de son existence.

Selon ma thèse fondée sur l'argumentation présentée dans cet article, il y aurait présupposition d'existence et d'unicité d'un seul objet perçu par S1, S2, S3, ...Sn sujets parlants dans des "ici et maintenant" différents d'un acte d'énonciation. Pour chacun d'eux le même objet aurait fonctionné comme un signe associé à un seul concept pouvant être défini par ses éléments même, qui sont autant d'"objets" -références,- (ce dont S1, S2, S3, parlent à la suite en pensant à cette perception) -, dans lesquels le concept de ce signe peut prendre valeur. C'est l'identité même de cette valeur,- (et donc des références successives)-, qui est instable soit pour une multitude de sujets soit pour un seul sujet dans la diachronie et lorsque le sujet parlant change.

D'où vient donc la présupposition d'unicité référentielle dans ce dernier cas? Nous montrons qu'elle vient du fait que la présupposition d'unicité de ces diverses occurrences de "références"- valeurs du même concept d'objet-signe provient de la présupposition d'unicité même de cet objet-signe et de son concept.

Notre argumentation est la suivante:

5) Si, au regard de nos précédentes déductions, il y a une indiscutable possibilité d'ajustements et d'interactions entre A1 et A2 lors du discours de façon que la possibilité de leur inter substitution en soit influencée, il y aurait création d'une troisième valeur-objet identifiable dorénavant par les deux sujets comme étant assimilable à A1 et A2. Cette connaissance passe par la connaissance de l'extralinguistique. Car, A1 et A2 étant deux objets à part identifiés comme A1 et comme A2 et non comme des "images de A" dans deux "ici et maintenant" de deux actes d'énonciation non synchronisés, leur identification en un troisième objet identifiable comme "autre" ne peut passer par le seul concept associé respectivement à A1 et à A2. Il passe donc par la connaissance de l'extralinguistique. Il s'ensuit que A est un objet de l'extralinguistique en termes de logique.

De (5) nous déduisons donc que

6) A1 et A2 , en tant qu'expression servant à parler de "A1" et "A2" tirant leur unicité de l'unicité de A perçu de S1 et de S2 dans deux actes d'énonciation synchroniques différents (non synchronisés), il tirent leur unicité d'un et d'un seul objet de l'extralinguistique lequel ne peut être connu que grâce à la connaissance de l'extralinguistique. Leur unicité respective ne peut donc passer que par la connaissance de l'extralinguistique: leurs références sont, par conséquent, deux objets de l'extralinguistique. Cette conclusion associée aux conclusions (1), (2), (3)et (4), montre que A1 comme A2 ou comme A ont une référence qui est un objet de l'extralinguistique censé exister et être unique. CQFD.

Troisième partie

De même, si A1 et A2 ne sont pas deux valeurs du même concept mais chacun d'entre eux est une valeur d'un concept différent, cette ambiguïté ne peut être éclaircie que grâce à la connaissance de l'extralinguistique puisqu'il faut connaître A, le concept qui prend valeur dans A1 et B le concept qui prend valeur dans A2 pour savoir qu'il ne s'agit ni du même signe ni du même concept. Or, nous avons vu que cette connaissance ne peut passer que par la connaissance de l'extralinguistique. Il en va de même lorsque nous interprétons A1 comme une valeur du concept B tandis qu'il s'agit d'une valeur du concept A. Dans ce cas non plus il ne peut y avoir inter substitution salva veritate. Car, dans les deux cas, le cas de valeur différente du même concept ou de valeur de deux concepts différents, la référence n'est pas la même ; car nous avons conclu que la reprise anaphorique passe par la vériconditionnalité; dans le cas contraire il s'agit de deux objets non identiques de l'extralinguistique. Dans le premier comme dans le second cas, les deux interlocuteurs, si ambiguïté, ne parlent pas de la même "chose", du même objet de l'extralinguistique. Il ne s'agit donc pas dans ce cas précis d'une ambiguïté référentielle mais de référence non identique.

Nous donnerons un exemple plus concret: celui de l'"objet-signe" Jocaste que nous appellerons A. L'unicité de A est à l'origine de l'unicité de A1 comme de A2. Cette unicité attribuée à A en tant que signe-objet provient de la stabilité de la reconnaissance de l'objet-signe même A comme étant l'objet A1 et/ou l'objet A2 respectivement pour S1 et/ou pour S2 et/ou pour les deux à la fois en cas d'ajustement référentiel.

En d'autres termes, S1 reconnaît en A l'objet A1 et S2 reconnaît en A l'objet A2 sauf en cas d'ajustement référentiel de A1 et de A2. Oedipe sait qu'il a épousé Jocaste et il reconnaît en A son épouse de façon stable et permanente quelles que soient les connaissances qu'il peut acquérir ultérieurement à son sujet.

Ce qui est à l'origine de cette permanence du signe -objet A, malgré la variabilité du concept qui lui est associé, c'est la stabilité de ses propriétés essentielles et accidentelles extérieures, celles qui caractérisent son physique, qui le rendent unique et facilement reconnaissable par rapport à n'importe quel autre objet-signe de l'extralinguistique perceptible en conditions normales de perception de la part des sujets S1 et S2. Ces caractéristiques sont identiques sinon très similaires pour S1 et pour S2. C'est ce qui crée l'unicité référentielle du seul point de vue de ces propriétés externes du signe-objet A. Or, selon nos observations, il apparaît que, pour obtenir une identité référentielle absolue, ces caractéristiques étant nécessaires ne sont pas suffisantes. S'y ajoute la connaissance personnelle (et partielle sujette à une possibilité infinie d'ajustements), qu'a chacun des deux sujets parlants de A quant aux autres critères d'unicité référentielle, ces propriétés essentielles et accidentelles qui font partie intégrante de A et qui le rendent unique et différenciable de ce point de vue également. Car la référence c'est bien la référence de S1 à ce dont il parle (ce qu'il a à l'idée, en tête au moment où il se réfère).

Nous concluons qu'il y a les présuppositions suivantes dans ces cas de figures de discours cités plus haut.

La référence, bien que tirant son unicité de ce qui est perçu par un sujet parlant grâce à ses sens, s'y ajoutent d'autres critères d'unicité plus personnels et "mentaux" (ne faisant pas partie intégrante de l'objet-signe même).

Par conséquent, la référence, bien que tirant son unicité de la connaissance d'un extralinguistique perceptible, est, néanmoins, un objet "mental", en d'autres termes une pensée d'objet ou comme certains linguistes formulent cette pensée, un "objet pensé".Or, ce qui constitue la différence essentielle entre un pur sens lexical et cet "objet pensé" c'est le caractère d' unicité de ce dernier qui n'est pas purement lexical puisqu'il est censé provenir de la connaissance,- grâce aux sens et aux capacités de perception des sujets parlants-, des caractéristiques différentielles essentielles et/ou accidentelles d'un et d'un seul objet perceptible (Aristote, Dialectique).

CONCLUSION

La possibilité de coréférentialité est liée à la compréhension et au passage d'un message, à l'identification mutuelle de ce dont l'interlocuteur parle. Elle n'est donc pas concevable à sens unique de connaissance de l'objet.

Référence de S1 lorsqu'il parle de A

A1=A (ses caractéristiques d'identification essentielles et accidentelles propres extérieures)+ propriétés intrinsèques de A attribuées grâce à une connaissance synchronique personnelle de A

Référence de S2 lorsqu'il parle de A

A2= A (ses caractéristiques propres d'identification extérieure) + propriétés intrinsèques à A attribuées par S2 grâce à une connaissance synchronique personnelle de A.

Les motifs de ce fonctionnement du langage nous semblent évidents:

la coréférentialité est fonction de la capacité de communication et de compréhension de ce dont l'interlocuteur parle; elle ne peut donc que tenir compte des capacités individuelles de reconnaître en telle image tel objet de l'extralinguistique. Elle ne peut donc passer que par des conditions qui assurent le passage d'un message sur A- et non sur un autre objet -de l'un à l'autre interlocuteur grâce à l'ajustement de cette capacité ou, si cet ajustement n'a pas eu lieu, le message sur A ne passe pas nécessairement de S1 à S2 et inversement.

CHAPITRE II

07-06-2010

aπας o τwν aνθρώπων βίος [...] φύσει καί νόμοις διοικεîται : toute la vie des humains est gouvernée par la nature et par les lois

o aπας τwν aνθρώπων βίος [...] φύσει καί νόμοις διοικεîται: chaque vie humaine (la vie de tout être humain) est gouvernée par la nature et par les lois

Vocabulaire

Apas: tout (vie en grec ancien au masculin)

o: article défini: le

bios: la vie

twn anthrw'pwn: des humains

Observations:

lorsque apas n'est pas introduit par le même déterminant que le groupe nominal, il ne qualifie qu'une partie de ce groupe, le nom bios (la vie). Dans ce cas aussi, il ne s'accorde en nombre et en genre qu'avec ce nom et indique la totalité de la durée d'une vie humaine, n'importe laquelle.

Dans le cas contraire,- lorsqu'il qualifie la totalité de ce qui est indiqué par le groupe nominal introduit par l'article défini o-, autrement dit lorsque le fait d'être considéré une "totalité" ne concerne pas uniquement la durée d'une vie , mais plutôt la vie de l'ensemble (de la totalité) des humains, il est pas introduit par le même déterminant que le groupe nominal, il en fait partie.

Or, la vie varie du point de vue de sa durée pour chaque être humain: dans ce cas précis, lorsque apas fait partie du GN, le sujet parlant attribue, grâce à l'emploi de apas, une propriété similaire pour la totalité des êtres humains malgré la différence qui peut subsister entre la durée de vie de chaque individu en particulier. Dans ce cas, apas ne sert pas à attribuer une propriété permanente à bios bien que, lorsqu'il ne fait pas partie du GNal, il sert à attribuer une propriété permanente à toute vie en particulier, autrement dit valable pour la totalité de sa durée.

Nous en déduisons qu'une expression linguistique ne sert pas à attribuer des propriétés permanentes à la référence bien que, comme nous l'avons remarqué au début du chapitre premier, l'introduction d'un GNal par un article ou par un autre déterminent similaire sert à attribuer une qualité d'unicité à ce qui en est désigné. Il s'ensuit que l'unicité référentielle ne peut passer par l'attribution de propriétés essentielles ou autres à ce qui en est désigné grâce au sens lexical des expressions employées.

A l'intérieur du GN l'attribution de la même propriété est distribuée à chaque vie humaine en particulier et globalement aussi, à toute vie humaine. Le sens varie donc légèrement car la seconde proposition n'implique pas nécessairement la première. Autrement dit, le second énoncé ne signifie pas que le fait d'être gouverné par la nature et par les lois est nécessairement le lot de la totalité de chaque vie humaine dans toute sa longueur.

Conclusion: les propriétés attribuées à ce qui est indiqué grâce à l'emploi d'un GN ne sont pas censées être permanentes pour ce qui est ainsi indiqué et par conséquent, l'unicité référentielle ne peut être fonction de l'attribution de propriétés grâce au sens lexical (concept) des expressions employées. Car l'unicité présuppose la maintenance de la différenciation absolue. A moins que ces expressions ne soient pas considérées référentielles. Or, nous avons montré que lors de l'emploi d'une expression linguistique pouvant être reprise par un pronom anaphorique il y a nécessairement référence à un objet présupposé unique et différenciable au sein d'une relation d'égalité qu'est la substitution d'une expression à une autre salva veritate. La difficulté résidait au fait de caractériser cet objet unique comme un objet du linguistique, -(passant par le sens des expressions employées)-, ou alors comme un objet de l'extralinguistique (ne passant pas par le sens des expressions employées). Or, nous avons vu que la référence des expressions coréférentielles est fonction de la perception d'un objet dans un ici et maintenant d'un acte d'énonciation par un seul sujet parlant mais, en même temps, d'un jugement subjectif et personnel que ledit sujet a porté sur cet objet. Une nouvelle question s'est posée: la référence étant fonction, ne fût-ce que partiellement, d'un concept est-elle censée être un objet de l'extralinguistique ou pas? Le fait que l'unicité référentielle n'est pas fonction du concept véhiculé par l'expression linguistique employée, puisque celle-ci s'avéra non permanente et donc non génératrice d'unicité, par définition, additionné au fait que la référence est néanmoins en partie constituée de ce concept, montre que c'est le concept même qui est créé à partir de l'objet perçu et non l'inverse. Par conséquent, c'est le sens linguistique qui passe par la référence et non l'inverse.

Résumé

Nous avons pu constater

1) que la reprise anaphorique est vériconditionnelle, autrement dit que la substitution d'une expression linguistique à une autre dans le discours est impossible si elle n'est pas effectuée salva veritate.

et par conséquent,

2) que la reprise anaphorique est une relation d'égalité qui sert à dire quelque chose sur quelque chose puisque cette substitution salva veritate n'est pas fonction du sens lexical des expressions employées.

En nous servant de l'exemple de la relation 1pomme +1pomme=2pommes,

nous avons montré 3) la présupposition d'unicité de ce dont on parle en nous servant de ces expressions.

Nous ajouterons à l'appui de cette dernière thèse les exemples de l'apposition et de la parataxe, lesquelles, parmi toutes les autres déterminations du nom , sont les seules à pouvoir s'y substituer salva veritate.

Par exemple, Leukimi, to akrwti'rion (Lefkimi, le cap), parataxe où l'on progresse du particulier et de l'identifié au plus général et

o koinos iatros therapefsei se, o chronos

c'est le médecin de tout mal qui te guérira, le temps, où l'on va du plus général au particulier.

Par conséquent, seule la possibilité d'identification particulière et d'attribution d'un nom permet la substitution d'une expression à l'autre salva veritate.

Car parmi toutes les autres déterminations du nom seules la parataxe et l'apposition peuvent être introduites par un déterminant comme le nom déterminé.

Et, pour finir, nous avons vu que

4) ce dont on parle n'est pas l'objet même perçu mais la "réception" mentale de cet objet par l'émetteur du message qui est individuelle (pas nécessairement partagée) puisque l'unicité référentielle qui est fonction de vériconditionnalité est détruite dans le cas contraire 'ex. "Oedipe voulait épouser sa mère".

Il ne s'agit pas de différentes façons de percevoir le même objet mais d'objets différents à part entière que nous avons qualifié d'objets de l'extralinguistique puisque le sens linguistique des expressions employées est fonction de ce dont on parle et non l'inverse. Il y a donc une présupposition de connaissance extralinguistique de ce dont nous parlons en employant ces expressions mais pas nécessairement d'objet du monde réel puisqu'il s'agit uniquement d'objets mentaux. L'hypothèse n'annule donc pas cette présupposition. Par exemple des propositions du genre "L'étoile la plus éloignée de la Terre est un corps céleste"

Par la même voie, une des plus chères croyances , le fondement des psychologies contemporaines, vient d'être démontrée fondamentalement erronée, une aberration de la logique même. Méthodes de psychanalyse à revoir.

Que toute pensée et que tout discours sont fondés à la base sur le déjà vécu.

Pour continuer, nous allons citer le livre de Georges Kleiber "L'anaphore associative" Editions PUF 2001 auquel nous allons revenir dès lundi. Pour le moment, je ne cite que deux exemples, les plus significatifs, me semble-t-il, parmi ceux qui ont déjà attiré mon attention dans ce livre:

p.125

"Jean est allé se promener dans l'après-midi. Le parc était magnifique" et

* "? Une femme s'est promenée dans l'après midi. Le parc était magnifique"

Dans le second exemple il n'y a pas de progression possible au particulier dans le vériconditionnel. Ce qui fait que la précision apportée dans la seconde proposition ("le parc était magnifique"), n'est pas vérifiable pour la seconde proposition pour un individu en particulier.

Le premier exemple obéit aux règles de vériconditionnalité du fait que d'habitude l'on se promène dans des endroits agréables à l'oeil et favorisant la détente et le bien-être. Par conséquent, oui, contrairement à l'avis de Kleiber, cette association obéit à la loi du stéréotype comme d'autres qu'il nie et que nous avons pourtant relevées. Or, ici l'emploi du nom propre, et donc la présupposition de vérification possible pour Jean, justifie l'emploi de l'expression définie "le parc" nous semble-t-il. Aucun parmi les exemples qu'il emploie ne justifie, à ce qu'il paraît, sa thèse de présupposition de connaissance particulière dans le monde extérieur au mental de l'émetteur du message de ce dont l'émetteur du message parle, ce qui exclurait de la référentialité l'hypothèse bien évidemment. Mais nous n'adoptons pas ce point de vue, c'est assez évident. Car, nous avons assez montré que la deixis, que Kleiber associe à la référence ne fonctionne en réalité qu'une seule fois à l'instar de la formation d'un signe linguistique dont le concept "extérieur" (purement aspectuel) est en soi un ensemble ne pouvant être défini que par la valeur d'objet de l'extralinguistique qu'il prend à chaque occurrence dans le mental de l'émetteur du message à chaque fois qu'il en parle ou qu'il y pense, sauf en cas de réajustement de cette valeur. Car, dans le cas contraire, je veux dire si la référence passait par la présupposition de la deixis, ceci signifierait que l'unicité référentielle passe par l'unicité de la "chose" extérieure au mental; or, nous avons montré que ceci est impossible. Sur ce point, par souci de déontologie scientifique -quoique cette dernière n'est plus de mise dans la plupart des cas en milieu scientifique et/ou universitaire, mais, enfin, pour rester fidèle à mes principes personnels-, je dois avouer que le Professeur Mr Slakta, bien que ayant initié le premier la thèse de présupposition d'une fonction déictique des expressions définies (introduites par un article défini et des noms propres), dans ses derniers entretiens m'avait confié que pour lui la référence était censée être un objet "pensé" et non un objet extérieur au mental de l'émetteur du message. Il me confiait par la même voie la tâche de le "prouver" en passant par la démonstration du fait que ce n'est pas la référence qui passe par le sens mais bien au contraire, le sens qui passe par la référence. Il me conseillait comme bibliographie le sophiste Gorgias. Alors, je n'y comprenais pas grand chose car je voyais où il voulait en venir mais ceci me semblait incompatible avec sa thèse jusqu'à ce moment du moins, de présupposition de fonction déictique des expressions référentielles. En outre, la bibliographie qu'il me conseillait me semblait de trop faible argumentation. Il me semble donc que durant cette dernière année de son exercice professionnel il avait changé de cap. A l'heure actuelle et juste avant la publication de cet article qui suscita un certain intérêt, suite à l'intervention des enseignants originairement attachés à la très conservatrice Sorbonne Nouvelle-Paris III, qui soutenaient la thèse de l'ambiguïté référentielle, thèse réfutée avec preuves à l'appui, dans le présent article, d'autres enseignants de Paris III en sont venus à réfuter la possibilité même de démonstration scientifique fondée sur l'empirisme logique des thèses de la Linguistique, de la Psychologie et même de la Sociologie, pourquoi pas des Mathématiques tant que nous y sommes? Ils ont prétendu que cette Philosophie n'était pas assez fondée sur l'étude de la langue en elle même et pour elle même et ont mis en application une sorte d'étude de borborygmes confus émis par des bandes enregistrées avec le prétexte que la langue parlée n'est pas aussi clairement articulée ni structurée que dans les exemples construits donnés dans le discours écrit. Par cette voie, ces théoriciens voient toute approche scientifique logique de ces questions vouée à l'avance à l'échec de même que toute l'oeuvre scientifique à la base de laquelle nous trouvons les Encyclopédistes, un peu naïfs, il est vrai, mais dans le fond les premiers qui fondèrent en Europe Occidentale une approche purement scientifique et non théologique de la philosophie et de ce que aujourd'hui nous appelons , grâce à ces grands hommes, les sciences humaines.

En réalité, ce qui fut montré dans le présent article n'est pas que la référence n'a aucun ancrage sur le réel et le vérifiable par observation, bien au contraire puisque le réajustement du concept, nous l'avons constaté, ne peut être effectué que grâce à la deixis en présence simultanée de deux interlocuteurs lorsque nous parlons de choses observables. Ce qui n'est pas toujours le cas. La question qui se pose est de savoir si à partir des choses observables avec une certaine régularité, sauf de rares exceptions, nous pouvons émettre des lois. Car telle est la démarche scientifique telle qu'elle fut conçue durant le siècle des Lumières par les Encyclopédistes. Il nous semble que oui, ceci n'est plus à démontrer. Or, la langue humaine est une "chose" observable avec des phénomènes revenant avec une certaine régularité comme les règles de grammaire et de syntaxe du grec ancien grâce à l'observation desquelles nous avons émis quelques lois exposées dans l'article ici présent. Nous ne voyons donc pas, ces règles existant lors d'une transcription "régulière" de la langue par des scripts ou des rédacteurs, celles-ci peuvent être mises en doute lors de l'observation à sens unique -car telle est la méthode d'observation appliquée dans ladite Université-, d'entorses faites à celles-ci à l'oral.
Modifications apportées le 27 septembre 2010

Nous reprenons les exemples

"Oedipe voulait épouser Jocaste" et

"Oedipe voulait épouser sa mère".

Lorsque nous apportons des précisions d'identification avec l'emploi d'un nom propre, nous constatons que la seconde proposition est mieux acceptée :

"Oedipe voulait épouser sa mère, c'est-à-dire Jocaste". Nous constatons donc que ce qui gênait était l'ambiguïté d'unicité référentielle entre l'expression descriptive "sa mère" et le nom propre "Jocaste". De là allons nous conclure que tout le problème réside en la seule attribution d'un nom propre et qu'il n'y a aucune autre présupposition d'objet de l'extralinguistique censé connu au delà? Pas si simple.

Reprenons pour cela l'exemple de l'étoile du matin, Avguérinos en grec, l'étoile du soir , Poulia en grec et Vénus, Aphrodite en grec. Un sujet parlant ne sait pas que Avguérinos et Poulia sont un et un seul astre, Aphrodite ce qu'un autre sujet parlant lui apprend en ces mots:

"Avguérinos et Poulia sont Aphrodite". Il est clair que là nous n'avons pas une addition de deux objets différents mais l'identification deux objets dont il est question en un et seul objet. Cette unicité d'identité ne peut pas provenir de la seule attribution d'un nom propre mais bien par la présupposition de connaissance extralinguistique de l'objet même.

Or, nous avions vu lors de l'étude de la possibilité de reprise anaphorique que celle-ci n'est possible que lorsque les conditions d'attribution d'une valeur de vérité sont respectées et que par conséquent la valeur de vérité d'une proposition contribue à la construction du sens. Si ce dont nous parlons est censé être unique il ne peut être assimilé à l'objet aperçu même, nous l'avons vu. Ainsi, prenons la proposition

"Avguérinos apparaît le matin" qui est vraie et la proposition "Poulia apparaît le soir qui est fausse".

Et, cependant, l'unicité de ce dont nous parlons est censée provenir de l'unicité d'un objet de l'extralinguistique et non de cette perception même ni de la façon dont chaque sujet parlant le perçoit ni du moment synchronique de sa perception. Donc, l'unicité référentielle provient de cette unicité même extralinguistique intemporelle et exempte d'attribution de nom propre en particulier ni d'autre propriété, donc de la seule identité de cet objet extralinguistique à lui-même, point c'est tout.

Nous en déduirons la dualité du signe linguistique. C'est en effet ce que Frege affirme en donnant l'exemple suivant:

"Kepler mourut dans la misère" ou

"La personne qui découvrit la forme elliptique des orbites planétaires mourut dans la misère"

Le fait d'affirmer que personne ne découvrit la forme elliptique des orbites planétaires ne revient pas à dire nécessairement que Kepler n'existât pas ni qu'il ne mourut pas dans la misère. Il en déduit que les expressions pourvues de sens lexical bien que désignant leur propre sens et non l'objet dans son essence même ne servent qu'à dénoter l'objet même qui ne passe pas par leur sens.

Modification apportée le 03-11-2010

Nous avons pu constater, grâce à nos précédents exemples, que, lorsque nous utilisons une description définie dans le discours, le discours même lui attribue une présupposition de connaissance d'un objet de l'extralinguistique et que ce phénomène n'est pas contradictoire au lien qui semble exister entre cet usage et la vériconditionnalité de l'unicité référentielle.

Après ces conclusions nous donnerons une nouvelle ouverture à cette approche avec l'étude du sens du discours symboliste.

Pour les symbolistes, le sens ne passe pas par le fond, autrement dit par le contenu sémantique pragmatique du discours mais par la forme, en d'autres termes par les moyens techniques du langage, les artifices du style. Pour les symbolistes ce sont ces artifices mêmes créent le sens.

Le symbolisme est un mouvement littéraire t artistique apparu en France et en Belgique vers 1870, en réaction au naturalisme et au mouvement parnassien.

CONCLUSION

16-11-2010

Comme vous l'avez sûrement compris en lisant cet article, l'axe principal de ce travail est l'influence de la conception du sens selon le philosophe mathématicien Frege sur l'évolution de la Linguistique et de la philosophie des Sciences. Les questions qui en découlaient étaient les suivantes:

Quel est exactement la relation entre la dénotation, le référence et le sens.

Celle-ci ne fut pas encore élucidée jusqu'au présent ouvrage.

1)Nous avons suffisamment montré tout au long de cet article que la dénotation, le mot "dénotation" pris dans le sens d' "objet connu du locuteur grâce à la connaissance de l'extralinguistique" précède le sens aussi bien d'un point de vue logique que psychologique. C'est ce que la possibilité de la reprise d'un nom propre par un pronom personnel montre. L'un et l'autre sont dépourvus de sens lexical propre en dehors de la présupposition de la connaissance extralinguistique d'un individu ou d'un autre objet. Ainsi, par exemple,

"Paul est entré dans le café "L'Eclair" de la rue Omonoia ce matin du 12 Novembre 1980 à 10H13"

"Il est entré dans le café "L'Eclair" de la rue Omonoia ce matin du 12 Novembre 1980 à 10H13"

2) Nous avons également montré que cette reprise, nommée "reprise anaphorique", n'est possible que lorsque les conditions de préservation de la valeur de vérité de la proposition sont observées. Car, dans le cas contraire, le sens de la proposition est modifié (cf. article ci-dessus).

Ce qui montre, en même temps, que

3) le sens est créé grâce à la dénotation,- (connaissance d'un objet de l'extralinguistique)-, puisque seule la présupposition de conservation de la même dénotation suffit à préserver la valeur de vérité et donc le sens d'une proposition.

Le professeur de l'Université de Caen feu Monsieur Slakta avait totalement évincé de son vocabulaire le mot "dénotation". Il avait évincé de cette façon toute transition mentale, toute l'étape mentale et/ou psychologique qui comprend les différentes étapes entre l'acte de perception de la dénotation (objet de l'extralinguistique tel qu'il tombe sous ses sens que nous appellerons

D(1,2,3,...n) ) et le fait d'en parler dans le discours en employant tel ou tel nom (ou expression linguistique: groupe nominal, nom propre, pronom personnel, démonstratif etc.). Pour ce professeur il ne faisait pas l'ombre d'un doute, ce dont le locuteur parle, ce à quoi il se réfère en utilisant telle ou telle expression linguistique était l'objet même perçu et connu de lui grâce à la connaissance de l'extralinguistque. Il réunissait ainsi les deux concepts en un seul nommé par lui la référence. Il n'a jamais employé d'autre mot pour signifier l'un ou l'autre. Je crois même que vers la fin de sa carrière il m'avait parlé de la référence comme d'un objet pensé (mental) ce qui signifie, vu qu'il n'a jamais fait mention à la dénotation, qu'il avait évincé le rôle de cette dernière dans l'acte même du discours comme si elle n'y participait pas. Ce qui explique le fait que, n'ayant probablement rien compris sur la variabilité du concept du signe, il a fait intervenir deux professeurs qui enseignaient par ailleurs à la très conservatrice et réactionnaire école de Paris III pour nous enseigner...l'ambiguïté de la référence! Sur ce, saisissant l'ampleur du malentendu et prise de panique, j'ai tiré ma révérence.

Nous avons donné un exemple très simple tiré des Ecrits logiques et philosophiques de Frege pour montrer que, effectivement, dans l'acte de discours et de la référence interviennent trois concepts: l'objet même tel qu'il est perçu et connu du locuteur nommé ainsi "dénotation" par Frege, à savoir ce à quoi le locuteur se réfère en utilisant une expression linguistique qui n'est pas l'objet même mais la façon qu'il a eu de le percevoir et de le "conceptualiser" de façon synchronique dans le temps et dans l'espace dans un ici et maintenant de perception et de connaissance de celui-ci mémorisé du sujet parlant . Le sens découle de celle-ci..

Nous avons étayé cette thèse en utilisant les exemples suivants:

"Avguérinos est l'étoile du matin"

"Poulia est l'étoile du soir"

"Vénus est l'étoile du matin" et

"Vénus est l'étoile du soir"

Par conséquent

"Avguérinos et Poulia sont Vénus".

De deux perceptions synchroniques du même astre dont l'identification en une et une seule étoile ne va pas de soi pour un locuteur ignorant dans le domaine de l'astronomie découle leur identification en un seul corps céleste lequel, dans sa chronicité, ne correspond à aucune image de perception synchronique matérialisée dans le temps et l'espace en particulier. Nous en avions déduit que la référence est une sorte de "conception matérielle" ou "matérialisée" de la dénotation. Il s'agit d'une des valeurs conceptuelles potentielles de la dénotation.

En effet, lors de la substitution salva veritate de différentes expressions au moyen desquelles le locuteur se réfère à une conception en particulier d'une et d'une seule dénotation (connaissance personnelle et subjective d'un objet de l'extralinguistique) nous avions constaté que le locuteur ne se réfère pas à l'objet même mais uniquement à l'idée qu'il s'est faite de cet objet lors d'une connaissance synchronique dans le temps et l'espace qu'il a eue de celui-ci. (cf. Oedipe voulait épouser Jocaste et Oedipe voulait épouser sa mère)

Nous ne pouvons pas substituer dans ce contexte les deux expressions Jocaste et l'une à l'autre sa mère salva veritate. Par conséquent, dans ce contexte, elles ne renvoient pas à la même dénotation. Car, nous avions remarqué que si les conditions de conservation de la valeur de vérité d'une proposition lors d'une telle substitution ne sont pas observées alors le sens de la proposition n'est plus le même. Or, le sens passe par la connaissance d'un objet de l'extralinguistique lequel n'est pas la référence comme le présent exemple le montre. Car même lorsqu'un objet de l'extralinguistique reste identique à lui-même, la référence qui est une conceptualisation potentielle d'une perception synchronique de cet objet peut varier. Par conséquent, le sens linguistique ne passe pas par la nature de cet objet même mais par le mode dont celui-ci fut perçu par un sujet parlant dans un moment synchronique dans le temps et l'espace. Or, la dénotation n'est pas non plus l'objet même mais le simple fait pour un sujet parlant de prendre connaissance en tant que Tel et Tel d'un objet de l'extralinguistique, ce dernier en lui-même n'existant pas en tant que concept dans l'acte du discours.

Nous constatons le rôle du mental dans l'acte du discours, de la conceptualisation de quelque chose qui n'existe pas autrement que comme un point identique à lui-même-et c'est cette identité seule qui le relie d'un point de vue conceptuel dans l'acte discursif à la référence-, dépourvu de matérialité dans le processus de l'acte du langage, même s'il est supposé pourvu de sa propre matérialité objectivement existante dans l'extralinguistique.

le paradoxe du menteur qui illustre la loi de l'incertitude quant à l'acceptation soit universelle soit individuelle et dite subjective d'une vérité: le fait de qualifier un énoncé de vrai ou de faux relève de l'incertitude :

Ainsi, un Tel et Tel dit:

"Je suis un menteur".

Si la proposition est vraie, en d'autres termes si Tel et Tel est menteur, la proposition est vraie. Or, si la proposition est vraie il n'est pas menteur, il dit la vérité. Faut-il qualifier cet énoncé de faux ou de vrai? Quelle est sa valeur de vérité?

Et cependant, nous avons montré que la reprise anaphorique est fonction, au moins en partie, de la vériconditionalité : la reprise de l'unique anaphore pour laquelle un énoncé peut être dit vrai.

Or, la notion de valeur de vérité même est soumise à la loi de l'incertitude.

4-01-2011

traduction: Nous pouvons montrer que le sens d'une phrase ne passe pas par sa valeur de vérité bien que nous ayons montré que le sens d'une phrase est altéré dans le cas où la reprise anaphorique n'assure pas la valeur de vérité initiale de la phrase dans laquelle le nom remplacé avait été utilisé.

Ce que montrent des phrases telles que:
"Je mens" ou
"Je suis un menteur"
Car, d'une façon paradoxale nous ne pouvons attribuer à une telle phrase ni une valeur de vérité ni son contraire. Puisque quelqu'un qui ment ne peut exprimer une vérité. Si donc nous attribuons une valeur de vérité à ces phrases, l'individu en question ne ment pas, il dit la vérité. Par conséquent, il ne ment pas.

D'autres exemples plus anciens empruntés au grec ancien ont montré l'unicité de ce dont nous parlons en utilisant des expressions linguistiques définies qui n'altèrent pas le sens de la phrase lorsqu'elles se substituent les unes aux autres.
La combinaison de ces deux dernières observations montre qu'une telle substitution et en général le sens d'une phrase ne passent pas par l'attribution d'une valeur de vérité à la phrase. Le sens et l'anaphore ne sont donc pas vériconditionnnels sensu stricto.
Par conséquent, l'unicité de ce dont nous parlons et la présupposition de la connaissance partielle et synchronique d'un objet de l'extralinguistique,- puisque la véritable essence de ce dont le locuteur parle ne peut être exprimée par le sens lexical des expressions linguistiques employées comme nous l'avons remarqué tout au long de cet article, ce qui nous amène à penser que ce dont il parle a une existence propre (ou est censé en avoir une) qui ne passe ni par le sens lexical des expressions employées ni par la connaissance subjective que le locuteur a de ce dont il parle,- également la seule condition de conservation du sens de la phrase. Puisque, une fois que cette unicité n'est pas transparente en raison d'une déficience d'une connaissance nécessaire de toutes les valeurs que cette même unicité peut prendre dans le discours entraîne une modification du sens d'un énoncé. Car il s'agit de ceci et non de la conservation de la valeur de vérité qui passe au second plan. Une seconde conclusion annexe à la première est que le sens des expressions employées n'attribue à ce dont le locuteur parle que des propriétés accidentelles (non essentielles)
Car, nous avons montré que la véritable essence de ce dont nous parlons est diachronique et ne passe pas par sa conception "matérielle" synchronique de la part d'un individu. Par conséquent, elle est indépendante de la connaissance que peut en avoir tel ou tel sujet parlant. Il s'en suit que le sens d'une phrase ne passe pas par l'essence d'un "objet" perçu de façon synchronique lorsque nous employons une expression définie mais par l'essence de la référence qui est une et une seule différente pour chaque référence: son caractère d'unicité qui ne peut être défini autrement que comme une unicité différente de toutes les autres (tel un point des mathématiques parfaitement abstrait et sans essence "matérielle" autre que celle-ci: d'être Un point différent de tous les autres car nommé.
Sur ce point je dois préciser que pour mon ancien directeur de mémoire et de DEA, Monsieur Slakta, en premier lieu il fallait montrer que la référence c'est le nom et secundo que le sens passe par la référence et non l'inverse (par conséquent que la référence est un "objet" de l'extralinguistique. Il me semble par ailleurs qu'il avait soutenu à un moment donné que les expressions linguistiques attribuaient toutes des propriétés accidentelles à la référence. Or, si par référence il entendait l'objet insaisissable et diachronique dont nous présupposons l'existence, ce n'est pas précisément de cet objet là que le locuteur parle mais à la fois de celui-ci et d'une de ses "matérialisations" synchroniques ce qui différencie la référence de l'objet de l'extralinguistique supposé exister dans ce cas. C'est comme s'il y avait une présupposition de deux "objets" de l'extralinguistique à chaque occurrence d'expression définie qui cependant n'en forment qu'une seule unicité. Ce n'est peut-être pas très clair comme explication mais les exemples utilisés montrent la justesse de cette thèse.

Μπορουμε να δειξουμε πως η έννοια μίας φράσης δεν περνά ούτε από την αξιολόγησή της ως αληθή παρά το γεγονός ότι είχαμε δείξει ότι η έννοια μίας φράσης αλλοιώνεται σε περίπτωση πού η αντικατάσταση ενός "ονόματος" από μία άλλη γλωσσολογική έκφραση αδυνατεί να διατηρήσει την αρχική αξιολόγηση της φράσης στην οποία χρησιμοποιήθηκε ως αληθή.

Αυτό δείχνει πχ μία φράση όπως η επόμενη:

"Λέω ψέμματα"

ή ακόμη

"Είμαι ψεύτης".

Ολως παραδόξως, μία τέτοια φράση δεν μπορεί να αξιολογηθεί ούτε ως αληθής ούτε ως ψευδής;.

Γιατί κάποιος που ψεύδεται δεν μπορεί να εκφράζει μία αλήθεια. Αν λοιπόν οι φράσεις αυτές αξιολογηθούν ως αληθείς, το άτομο εις το οποίον αναφέρονται εκφράζει μία αλήθεια.

Α’ρα δεν ειναι ψεύτης. Επομένως, οι φράσεις αξιολογούνται ως ψευδείς και όχι ως αληθείς και ούτω καθ'εξής.

Με παλαιότερα παραδείγματα που δανειστήκαμε από τα αρχαία ελληνικά δείξαμε επίσης την έκφραση μοναδικότητας αυτού στο οποίο αναφέρονται οριστικές γλωσσολογικές εκφράσεις που αντικαθιστούν η μία την άλλη στην ίδια φράση χωρίς να αλλοιώσουν την έννοιά της.

Ο συνδυασμός των δύο τελευταίων παρατηρούμενων φαινομένων δείχνει ότι μία τέτοια αντικατάσταση δεν συνδέεται αναγκαστικά με την αξιολόγηση της φράσης αυτής ως αληθή.

Αρα η διατήρηση της μοναδικότητας αυτού στο οποίο αναφέρονται αυτές οι εκφράσεις είναι και ο μοναδικός όρος διατήρησης της γλωσσολογικής έννοιας της φράσης αυτής.

Από την άλλη πλευρά, είχε δειχθεί ότι αυτό στο οποίο αναφέρονται οι αναφορικές εκφράσεις που μπορουν να αλληλοαντικατασταθούν σε μία φράση χωρίς να αλλοιώσουν την έννοιά της δεν υποπίπτει σε μία συγχρονική περιγραφή αντικειμένου. Είναι διαχρονική και μή περιγραφόμενη σε συγχρονικά "υλικά" πλαίσια. Είναι εννοιολογικά πλησιέστερη μίας αφηρημένης έννοιας από 'ενα υλικό περιγραφόμενο αντικείμενο.

Άρα είναι ανεξάρτητο της ίδιας γνώσης που μπορεί να έχει αυτού ένας ομιλητής. Αν και σε περίπτωση που μία περιγραφή του δεν αντιστοιχεί σε αυτήν την ίδια γνώση, η αναφορική αλυσίδα δεν μπορεί να συνεχισθεί καθώς δεν δύναται να αντιληφθεί την ταυτότητα του περί ού ο λόγος σε αυτήν την περίπτωση πριν από μία αναπροσαρμογή των γνώσεών του ως προς το αναφερόμενο.

Σε γενικές γραμμές μπορούμε λοιπόν να συμπεράνομε ότι η ουσία του περί ού ο λόγος είναι ανεξάρτητη της γλωσσολογικής έννοιας των χρησιμοποιούμενων εκφράσεων καθώς και της αξιολόγησης της φράσης ως αληθούς.

Nous lisons dans un article de définition de l'anaphore les suivants:

Le sujet des "descriptions définies"- qui s'expriment grammaticalement au moyen de phrases nominales introduite par un article défini, de noms propres et /ou des pronoms personnels-, préoccupa tout particulièrement la philosophie des langues. En particulier celles qui se présentent comme sujet du verbe de la proposition dans des propositions telles que

"L'actuel roi de France est chauve".

La proposition logique correspondante fut longuement analysée par des générations de philosophes dont les plus importants Russell (1905) et Strawson (1950). La question est de savoir si, à défaut de roi de France' la description définie "l'actuel roi de France" dénote l'existence d'un tel individu, dans lequel cas la proposition ci-dessus déclarative est fausse, ou si la description présuppose l'existence d'un roi en France, dans lequel cas ne réussit pas à faire référence et par conséquent la proposition ne peut être utilisée pour dénoter quelque chose et n'est ni vraie ni fausse. En matière de sémasiologie, la distinction entre une logique bi pôle (vraie-fausse) et une logique ambivalente (vraie-fausse ni vraie ni fausse) constitua le levier pour la distinction entre sémasiologie et pragmatologie, langue -système et langue-outil".

D'une part nous avons montré grâce aux deux précédents exemples que le fait de faire référence est sans rapport avec la valeur de vérité d'une proposition d'autre part nous observerons concernant ce dernier exemple de cet extrait que la proposition acquiert un sens si l'on "localise" la référence grâce à sa substitution à un nom propre préalable ou sous-entendue.

Par exemple, Tel et Tel1 croit pour une raison qui ne nous préoccupera pas que Georges Dupont est l'actuel roi de France. Auquel cas, si c'est Tel et Tel 1 qui énonce cette proposition un interlocuteur averti en déduira immédiatement que Georges Dupont est chauve. Ceci nous semble suffisamment clair. Auquel cas, si Tel et Tel continue son discours et dit

"Le chauve s'est promené ce matin aux Champs Elysées"

l'interlocuteur averti en déduira que Georges Dupont se promena le matin même aux Champs Elysées.

Autrement dit, nous observons assez clairement grâce à cet exemple que la transparence de la référence et par conséquent le sens d'un énoncé, (ou de la dénotation si l'on emprunte les termes de l'écrivain de cet article), ne passent pas par une description si définie soit elle mais forcément par l'identification de cette description d'un point de vue référentielle à un nom propre.

Est-ce que cela signifie que le seul usage d'un nom propre signifie construction de sens et communication et que par conséquent la présupposition de connaissance extralinguistique de ce dont il est dit "est chauve" n'y joue aucun rôle?

Non, si l'on se remémore l'exemple des trois façons de nommer la planète Vénus. Mis à part l'objet aperçu par chacun des deux interlocuteur il nous faudra admettre la présupposition d'existence d'un objet qui présente en même temps les caractéristiques des deux objets observés par chacun des deux interlocuteurs à savoir d'être l'étoile du matin et l'étoile du soir. Or, aucun astre ne peut présenter ces deux caractéristiques en même temps. Il s'ensuit que cet objet en soi n'existe pas matériellement mais uniquement mentalement. Or, il fut montré qu'il s'agit d'un objet de l'extralinguistique puisque son essence ne passe par aucune description définie d'astre -objet.

Alors, nous saisissons immédiatement grâce à ces exemples que ce qui importe dans la création du sens ce n'est pas la véracité de la correspondance d'un objet de l'extralinguistique à une description définie "pour de vrai" puisque ces descriptions ne fonctionnent que comme des noms propres pour désigner ce dont le locuteur parle et dit quelque chose "est chauve". Si et seulement si le fait d'être chauve attribué à celui dont il parle en le nommant comme il veut (par exemple "le roi actuel de France") est vrai nous pouvons qualifier cet énoncé comme pourvu d'une valeur de vérité.

Le sens ne passe donc pas par la présupposition de connaissance extralinguistique d'un individu réel ou hypothétique de la part des deux interlocuteurs,- (car nous avons vu que l'unicité anaphorique se doit être évidente)-, puisque la présupposition de la connaissance de l'unicité et son identification de la part des interlocuteurs passant par la substitution d'un nom propre à une description définie suffisent pour créer du sens. L'emploi d'un énoncé tel que "Le roi de France actuel est chauve" ne gêne pas d'un point de vue existentiel ou de croyance en l'existence de Tel et Tel mais d'un point de vue de non transparence de l'unicité anaphorique d'une description définie telle que "l'actuel roi de France" aucun nom du monde réel ne pouvant s'y substituer à moins que le locuteur lui en substitue un. Dans ce cas, le fait d'être chauve a une et une seule application précisée (nommée) à l'interlocuteur.

En d'autres termes, à chaque occurrence d'une description définie dans un énoncé compris par l'interlocuteur comme pourvu de sens nous avons nécessairement une présupposition d'existence d'une unicité anaphorique nommée (et non décrite) Telle et Telle sur laquelle et dit Ceci et Ceci. Comme aucune description définie ne peut décrire essentiellement (de façon utile ou significative pour créer sens) cette unicité anaphorique, il s'en suit que son essence ne passe pas par le sens linguistiques des expressions employés pour cet effet et que, par conséquent, il s'agit d'une unicité extralinguistique que nous appellerons "référence".

Il en va de même d'énoncés tels que "Dieu n'existe pas".

D'une façon générale, le sens d'une telle proposition est compris. Il s'ensuit que "Dieu" fonctionne comme un simple nom propre et crée une unicité anaphorique-référence d'autant plus que ni la présupposition de connaissance d'individu ni d'objet désigné par ce terme ni une croyance quelconque à son existence ne peuvent y intervenir comme il est dit de cette unicité anaphorique "n'existe pas". Sur ce dernier point nous examinerons une autre question posée par les courants actuels de la Linguistique. Nous en donnerons un bref aperçu grâce au passage suivant extrait d'un autre article sur la dénotation/référence:

"Malgré la confusion que l'emploi de ce(s) terme(s) ont provoqué causèrent , ils continuent à être considérés comme des notions de base en sémiologie. Selon différentes thèses ponctuelles ces notions furent considérées comme plus essentielles, -d'un point de vue logique et psychologique-, que le sens et pour d'autres ce fut l'inverse. Les arguments essentiels en faveur de la primauté de la dénotation (référence) sur le sens ont été fondés à des observations telles

que par exemple l'enfant qui apprend au départ ce qu'est une table grâce à son expérience extralinguistique grâce à son vécu. Autrement dit grâce à son exposition devant des objets du monde réel dénotés que la communauté linguistique nomme "tables". Etc.

Les arguments en défaveur de cette primauté de la dénotation sont étayés sur des exemples tels que la compréhension du sens de termes ou de phrases nominales qui sont privés de dénotation (dans le monde réel) comme par exemple Pégase, licorne, la première femme Premier ministre de Grèce, le premier homme qui a mis le pied sur la planète Mars.

D'autre part que les noms propres -lesquels d'habitude n'ont pas sens mais uniquement dénotation- ne sont pas pourvus de sens et des groupes de mots tels que les conjonctions par exemple qui n'ont pas de dénotation apparente ont un sens, que les dénotations des prépositions sont nombreuses et confuses etc. En ce qui concerne la sémasiologie il est plus utile de considérer que le sens aussi bien que la dénotation constituent ensemble les fondements du sens et que tandis que nous apprenons certains termes surtout grâce à la connaissance de l'extralinguistique et au vécu, d'autres termes nous les apprenons surtout de façon uniquement linguistique (de par leur seul sens linguistique) (par ex. Dieu, que).

Le fait de savoir si certains termes ont ou pas une dénotation (avec le sens de la mise en relation avec des objets du monde extralinguistique réel) n'a pas une signification déterminante de la façon dont ils sont considérés dans les théories actuelles de Sémiotique (par ex. théorie du modèle) car nous pouvons recourir facilement à des "univers probables/possibles"."

A partir de ce point il nous semble justifié de nous poser des questions quant à l'apprentissage du sens des mots.

Faut-il donc supposer, si c'est ce que l'auteur de cet article veut signifier, qu'une table véhicule de par sa propre nature matérielle l'usage que les communautés linguistiques en font ou alors que cet usage découle de la connaissance ou de l'invention de son usage de la part de la même communauté? Est-ce que l'usage que nous faisons d'un objet peut découler de par sa propre nature matérielle?

Si selon les coutumes d'une communauté linguistique donnée nous utilisons une planche appuyée sur quatre bouts de bois longilignes et verticaux comme support de vaisselle au moment des repas ceci ne signifie aucunement que cet usage est véhiculé par la nature essentielle de cet objet.

Nous aboutissons donc à la conclusion suivante, à savoir que l'acquisition de la notion "table" est aussi bien abstraite provenant d'une perception abstraite (car indépendante de la nature matérielle de cet objet) d'un objet en tant que Tel et Tel. Cette perception et cette notion même ne sont qu'une façon possible de le nommer. De cette conclusion en découle une seconde: qu'il n'existe pas de simple perception "sensitive" d'objet et que quand bien même elle existerait ce n'est pas ce mode de perception que contribuerait activement à l'acquisition d'une notion telle que "table", "chaise" etc. L'objet du monde réel tend alors à devenir une notion abstraite dans le discours.

La notion même d'unicité de tel ou tel objet du monde réel perçu grâce à nos sens est une pure abstraction, nous venons de le constater grâce à l'exemple de la planète Vénus. Car la perception de son unicité est indépendante des contingences matérielles d'un objet. Le geste déictique même pour ainsi dire "anodin" puisque le locuteur y associe la capacité de perception abstraite d'un objet du monde réel en tant qu'unicité anaphorique. Toute autre description aussi définie fût-elle ne constitue à partir de là qu'une attribution de propriétés accidentelles, non essentielles.

Nous reprenons l'exemple cité plus haut, à savoir

"L'actuel roi de France est chauve".

Son analyse linguistique montra que la présupposition d'existence de l'anaphore ne passe pas par le sens linguistique des expressions employées, ce qui signifie que l'anaphore n'est pas nécessairement présupposée dotée des propriétés attribuées par les sens lexical des expressions employées pour en parler.

Faudra-t-il pour autant en déduire qu'elle passe nécessairement par la présupposition d'existence d'un objet de l'extralinguistique perceptible grâce à nos sens dans le monde réel ou dans un univers fictif?

Le fait que l'anaphore semble passer par la deixis d'un objet censé exister indépendamment de la connaissance subjective qu'un locuteur peut en avoir signifierait-il donc la présupposition d'existence d'un tel objet perceptible grâce à nos sens?

Ces questions reviennent à s'interroger sur la nature de la deixis.

Un autre exemple contribuera, nous l'espérons du moins, à l'éclaircissement de cette question.

οτω καί τν πόλεων

en grec ancien: il en est ainsi de ces villes.

τν πόλεων: de ces villes

Or, en grec ancien cette expression correspond à un génitif partitif qui signifie plus précisément:

entre ces villes

Il nous semble donc après l'étude comparative de ces expressions en grec ancien et en français moderne que l'expression: de ces villes indique une sélection parmi toutes les villes possibles.

Le déterminent démonstratif qui implique la deixis de par sa fonction étymologique en latin implique une sélection parmi un ensemble de potentiels éléments similaires.

Nous pourrions étendre cette observation en l'appliquant à l'usage de tout déterminent démonstratif et à toute implication de la deixis dans le discours.

Notre conclusion est donc qu'une deixis équivaut à une sélection restrictive et, par conséquent, à une différenciation absolue de ce qui est ainsi "montré" par rapport à toute autre "entité" similaire d'une façon générique.

Une seconde conclusion découle de celle-ci: que la seule présupposition de différenciation absolue de ce dont on parle et de son unicité peut se substituer efficacement à tout mouvement déictique dans un univers réel ou fictif. A partir de ce point, nous trouvons l'introduction palliative de ces notions dans l'analyse du discours et de l'anaphore comme inutile car superflue.

C'est le Professeur Monsieur Slakta qui avait introduit ces notions d'univers réels ou fictifs pour y "introduire" la référence des descriptions définies pouvant se substituer à un nom propre. Même si cette présupposition d'insertion de ce dont nous parlons en utilisant ce type d'expressions est dans certains cas possible dans d'autres elle ne l'est pas comme en ce qui concerne "l'étoile la plus éloignée de la Terre" à moins que l'on ne considère cette étoile comme insérée dans un univers hypothétique. Or, mis à part le fait que cette thèse est sujette à controverse de façon qu'il devient très difficile de montrer la non limitation de son application à toute référence de description définie, cette insertion est inutile puisqu'elle peut être remplacée dans le rôle déictique de ces descriptions par la seule indication d'une sélection dans une classe générique d'"entités" similaires. Autrement dit, ce auquel le locuteur parle en utilisant une description définie est inséré dans un ensemble délimité par des propriétés véhiculées par le sens lexical de cette description en tant qu'unique et identique à lui-même élément de cet ensemble. Or, cette sélection effectuée au sein d'un ensemble d'"entités" présentant des propriétés génériques similaires décrit ce dont le locuteur parle comme une unicité absolue puisque l'ensemble même auquel il en fut inséré en tant que simple et unique élément est lui-même unique et sélectionné de la même façon dans un ensemble infini d'ensembles. Ce qui fait que ce dont le locuteur parle est une décrit comme absolument unique et non pas uniquement au sein d'un ensemble décrit par le sens lexical de la description définie employée. Par conséquent, peu importe l'ensemble auquel il est inséré grâce aux propriétés génériques qui lui sont attribuées par le sens lexical de l'expression employée: il est censé être quoi qu'il en soit absolument unique. En outre, et c'est pourquoi par ailleurs, le fait de pouvoir désigner ce dont on parle n'est pas censé passer par le sens lexical de la description employée comme l'exemple employé le montre aussi, mais bien par la désignation sans équivoque de son unicité. Celle-ci ne découlant pas par le sens lexical de l'expression employée ne peut être que de nature extralinguistique, autrement dit découlant de la connaissance extralinguistique de cette unicité par le biais soit de sa connaissance extralinguistique dans un univers connu du locuteur soit réel soit fictif (or dans ce cas cette connaissance étant partielle n'est qu'accidentelle autrement dit ne suffit pas à désigner ce dont on parle) soit par la connaissance même de son unicité qui ne passe pas non plus par une connaissance partielle /accidentelle de cette "entité". Elle est donc censée découler d'une connaissance extralinguistique de son unicité passant par la capacité de l'attribution d'un nom propre de même que de son identification préalable dans tel univers donné réel ou fictif cette identification même dans cet univers ne suffisant néanmoins pas pour définir l'essence de cette "entité". C'est pourquoi, la présupposition de son existence effective dans tel ou tel univers en particulier est sans importance en ce qui concerne la présupposition de son existence tout court. C'est dans ce sens que Kleiber parla de la référence en tant qu'une variable pouvant prendre valeur dans le discours dans tel ou tel ensemble en tant qu'élément unique et différenciable de cet ensemble sans pour autant signifier par là qu'il est censé être connu grâce à la connaissance de l’extralinguistique en tant que tel(en tant que revêtu de cette valeur). Par ce biais nous nous rendons compte de la valeur existentielle de Zéro (n'existant pas en termes de pragmatisme autrement dit sans valeur connue dans tel ou tel univers) qui n'équivaut pas en termes de logique à Rien.

17-01-2011

Des ensembles/ différences entre l'utilisation dans le discours d'un nom propre et d'un autre groupe nominal

Nous avons utilisé un exemple en grec ancien afin de fonder nos arguments précédents et notamment un groupe de noms communs au cas nommé génitif en grec et en particulier un usage dit restrictif du génitif.

Nous nous devons noter au passage que tout usage d'un groupe de noms au génitif en grec et en particulier d'un déterminant de nom, dénote l'appartenance d'une entité à une autre. Ainsi par exemple:

Le livre de Marie.

"de Marie" en grec est décliné au cas génitif car le livre appartient à Marie.

Il en va de même de l'exemple que nous avons utilisé:

οτω καί τν πόλεων

où "de ces villes" est au génitif (restrictif).

Autrement dit, cette tournure signifie que les villes auxquelles appartient la propriété "Telle et Telle"1 possède également la propriété "Telle et Telle" 2: La propriété (2) appartient aux villes qui ont aussi la propriété (1).

La propriété (1) délimite de façon restrictive un ensemble de villes auxquelles appartient cette propriété (1) et l'ensemble de notre exemple signifie que la propriété (2) n'appartient qu'aux villes qui constituent des éléments de cet ensemble.

Nous pouvons imaginer de la même façon la relation d'appartenance entre Marie et le livre dans l'exemple

"Le livre de Marie".

l'emploi du génitif lors de l'emploi du groupe "de Marie" qui détermine le nom "livre" signifie que ce qui est "dénoté" par le terme "livre" appartient exclusivement à Marie. Donc, par extension, tout usage d'un groupe nominal au génitif indique une appartenance et est restrictif.

Il s'ensuit que, de la même façon, le nom propre "Marie" délimite également un ensemble à un seul élément, à savoir l'individu nommé "Marie".

Car, si nous observons attentivement cet exemple, cette partie d'énoncé ne peut pas signifier que le livre dont il est question appartient à tout individu nommé Marie comme ce livre n'est censé appartenir qu'à une seule personne.

Par conséquent, un nom propre dans le discours ne délimite pas un ensemble grâce à des propriétés qu'il attribue à ses éléments grâce à son sens lexical (en l'occurrence "porter le prénom "Marie"". Que pouvons nous en déduire alors logiquement que ceci: que tout usage de nom propre laisse présupposer la connaissance extralinguistique de ce dont le locuteur parle?

Nous observons également une différence significative entre l'emploi d'un nom propre et d'un autre groupe nominal due justement à cette différence de délimitation d'un ensemble d'insertion de ce dont le locuteur parle:

considérons pour cet effet quelques exemples:

(1) (a) "Dieu n'existe pas"

ou (b) "Il n'existe pas de/ (aucun)Dieu"

(c) "Scott Fidjerald n'existe pas"

ou

(d) "Il n'existe pas / aucun Dieu"

en grec moderne les noms propres des énoncés(1) (a) et (1) (c) sont introduits par un article défini "o"="le" à l'opposé de ceux des propositions (1) (b) et (1) (d).

et

(2)

? ***"Le verre sur la table n'existe pas" ou

?***" Le livre de Marie n'existe pas"

En revanche, les tournures suivantes sont beaucoup plus usitées:

"Il n'y a pas de verre sur la table" et

" Marie n'a pas de (ce) livre"

En grec moderne c'est exactement pareil; ces groupes nominaux ne peuvent pas non plus être introduits par un déterminant en langue grecque.

Ou alors on tournerait autrement ces énoncés:

"Où est ce verre ?"

"Où est ce verre sur la table?" (?)

"Le verre sur la table dont tu me parles n'existe pas" (?)

Nous en déduirons que l'usage d'un nom propre semble être incompatible avec l'annulation complète de la présupposition d'existence de ce dont on parle. Cette annulation ne peut être que partielle: car nous pouvons utiliser les noms propres dans l'exemple (1) soit de façon à délimiter un ensemble (en les introduisant par un article défini) soit sans cette présupposition.

Nous en déduisons que même s'il y a une présupposition de non existence d'élément autre que 0 (zéro) dans les ensembles délimités par les noms propres introduits par un article défini (ou pas) la présupposition d'existence de l'ensemble que leur usage délimite ne peut être annulée.

Ceci est impossible lors de l'usage d'un autre groupe nominal ce qui confirme notre hypothèse selon laquelle les autres groupes nominaux délimitent et définissent l'ensemble d'insertion de ce dont le locuteur parle de par leur propre sens lexical, autrement dit en lui attribuant des propriétés de par leur sens lexical contrairement aux noms propres.

Or, nous avons également pu constater que seule la possibilité d'association d'un nom propre à une autre expression linguistique rend évidente l'anaphore de cette dernière. Il s'ensuit que l'anaphore est censée être une entité de l'extralinguistique connue du locuteur grâce à la connaissance de l'extralinguistique mais pas grâce à ses propriétés perceptibles qu'il peut à la suite décrire, uniquement grâce à l'expression et à la connaissance de son unicité qui correspond à la possibilité de la "nommer".

Car, quel est cet ensemble délimité par l'usage d'un nom propre dont l'existence présupposée ne peut être annulée lors de l'annulation de la présupposition d'existence d'éléments dans cet ensemble?

Nous avions constaté dès le début du présent travail que l'emploi d'un article défini introduisant un groupe nominal est associé à la présupposition d'unicité d'une anaphore vers laquelle est "orientée" l'attribution de propriétés au moyen de l'emploi du groupe nominal en question.

En ce qui concerne donc l'emploi d'un nom propre qui dans ce type d'énoncés peut être introduit par un article défini, nous pouvons en déduire que seule l'attribution de la propriété d'unicité ne peut être annulée dans ce cas, le nom propre n'attribuant aucune autre propriété par son sens lexical ce qui fait défaut aux autres groupes nominaux. Car ces derniers ne peuvent attribuer la propriété d'unicité à l'anaphore si la présupposition d'existence d'éléments dans l'ensemble délimité de par leur sens lexical est annulée.

Par conséquent, l'emploi d'un nom propre n'est lié à aucune attribution de propriétés à l'anaphore autre que celle de son unicité. Quand bien même toute autre attribution de propriété à l'anaphore aurait été annulée ou démentie, celle-ci n'aurait pas pu lui être enlevée. Par conséquent, le caractère d'unicité attribué à l'anaphore ne peut passer par une description sémantique linguistique. Elle ne peut donc passer par une connaissance subjective d'objet dans tel ou tel univers réel ou fictif. Car ces exemples montrent qu'il s'agit d'une "entité" extralinguistique dont la présupposition d'existence n'est pas liée à son insertion dans tel ou tel ensemble délimité grâce à l'attribution de propriétés génériques et/ou spécifiques. Par conséquent, son existence n'est pas liée à une connaissance subjective (sous tel ou tel aspect particulier) d'objet perceptible de l'extralinguistique ni à la valeur de vérité de l'énoncé où l'expression qui y fait référence est employée ni à son insertion dans tel ou tel univers réel ou imaginaire. Il s'agit donc d'une présupposition d'existence objectivement et universellement vraie d'une "entité" connue des interlocuteurs comme la même pour les deux. Il ne s'agit donc pas d'une identité quant à la perception de cette "entité" mais d'une identité référentielle (autrement dit le fait même de parler de la même chose et de savoir qu'ils parlent de la même chose). Laquelle est néanmoins liée à la mise en évidence dans le discours de son identité qui passe par l'attribution d'un nom propre et par la deixis même si cette deixis a initialement eu lieu dans tel ou tel univers en particulier réel ou fictif. Car chaque anaphore est absolument (et non relativement) différente et différentiable. C'est cela la présupposition de son unicité et rien d'autre. Les autres motifs de sa différentiabilité ne sont pas pris en compte dans ce processus étant purement accidentels.